Comme des poissons dans l'eau

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Noémie Verhoef

L'eau est aux poissons ce que la culture est à l'Homme. À la fois une absolue nécessité pour le développement de la vie elle-même et la chose la plus facile à oublier. Parce qu'on baigne dedans. Parce que son omniprésence est paradoxalement ce qui la rend éventuellement imperceptible, transparente qu'elle devient à l'oeil blasé de l'homme moderne. D'ailleurs, pour l'illustrer, maints artistes et autres travailleurs de la culture ont lancé l'initiative de la Journée sans culture qui se déroule aujourd'hui même, mercredi 21 octobre 2015.

Une journée sans culture, c'est quoi? Un temps de réflexion qui nous permet d'arrêter de se faire aller les nageoires juste assez longtemps pour réaliser que la culture, comme l'eau pour un poisson, elle nous porte. Elle nous oxygène l'esprit. Elle illumine notre monde de possibles tous plus brillants et multicolores les uns que les autres tout en permettant la cohabitation d'une variété impressionnante de peuples - ichtyens ou humains.

Mais une journée vraiment sans culture, ça voudrait dire de ne pas écouter la télévision - que ce soit pour écouter les nouvelles, un documentaire ou un film. Ne pas lire. De n'écouter ni la radio, ni de musique. Ne pas aller à la bibliothèque ou au musée. Ne pas s'acheter de vêtements ou la petite bricole tellement parfaite pour compléter le look du salon.

Si la rigueur vous tient vraiment à coeur, une journée sans culture, ça veut aussi dire ne pas parler, parce que les mots sont d'importants véhicules de culture, même si on ne les utilise que pour dénoter bêtement les objets du monde qui nous entoure. En effet, on peut à la fois dire que ce que vous avez entre les mains est un journal, mais si vous vous adressez à un anglophone et que vous utilisez plutôt le mot newspaper, vous faites référence au même objet, mais la charge sémantique du mot utilisé est alors différente - newspaper étant un mot qui met beaucoup plus d'accent sur le contenu de la lecture (les nouvelles qui s'y trouvent) et « journal » étant un mot qui met de l'avant la fréquence d'édition de ce type de publication (à tous les jours).Pas moyen de pointer un objet et d'émettre un son ou deux, tel un homme de Neandertal dans sa caverne, sans que la culture y soit pour quelque chose.

Et si en plus d'être rigoureux, vous avez la fibre philosophique, vous réaliserez aussi que la façon même dont on les pense, lesdites choses de l'extérieur, utilise ces mêmes mots et concepts qui suintent de culture de tous bords tous côtés - car ce qui structure nos phrases structure nécessairement nos pensées. Même pas moyen, donc, de philosopher tout seul dans notre coin, dans le confort de notre esprit, sans que la culture soit de la partie.

Il va sans dire, une journée vraiment sans culture, c'est une mission impossible. Tout comme une journée sans eau l'est pour les poissons. Mais à la différence de nos amis à écailles, nous disposons de l'intelligence et de la conscience nécessaires à réaliser qu'il faut à tout prix préserver, contribuer et apprécier cette culture qui fait notre richesse, tant individuelle que collective. Et que de ne pas le faire relèverait de l'auto-destruction.

Un merci tout particulier à Sylvie L. Bergeron de m'avoir informée de l'existence de la Journée sans culture. Ce faisant, elle a grandement contribué à ce texte.

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