Sidney Aulis: tant qu'il sera deboutte

Sidney Aulis: 40 ans de rock'n'roll et de... (SPECTRE MÉDIA, JULIEN CHAMBERLAND)

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Sidney Aulis: 40 ans de rock'n'roll et de country.

SPECTRE MÉDIA, JULIEN CHAMBERLAND

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Avec sa Telecaster, son manteau à franges et sa voix d'ange cornu, Sidney Aulis fait danser les bougalous partout en Estrie depuis 40 ans, et pas toujours sur les scènes les plus princières. Portrait du plus tenace des cowboys des Cantons.

Au bord de l'autoroute 10, sur le chemin Saint-Roch, Le Shelby ressemble, vu de l'extérieur, au genre de bar dans lequel les personnages d'un film des frères Cohen écluseraient tranquillement un whisky avant que n'éclate subitement une rixe. À l'intérieur, en ce dimanche de fin d'après-midi, une poignée d'habitués sirotent autour du zinc leur grosse bière et fixent les téléviseurs retransmettant une course de motocross, pendant que les haut-parleurs crachent un hit de new country.

Dans les toilettes grandeur garde-robe du bar, qui lui tiennent lieu de loge, Sidney Aulis contemple d'un air grave l'image un peu fripée que lui renvoie le miroir, puis replace son gigantesque chapeau. « Est-ce que j'suis correct? » qu'il demande à Rolande Fortier et Stéphane Montmigny, deux amis et fans qui le suivent depuis dix ans - Stéphane porte un t-shirt et un manteau sur lequel est très simplement inscrit « Sidney Aulis, country singer », ainsi que le numéro de téléphone permettant de joindre le chanteur.

Né à Sawyerville dans la deuxième moitié des années 50 d'un père anglo et d'une mère franco, Sidney vit en 1964 la même épiphanie que l'Amérique du Nord au complet en voyant dans la télé familiale, au Ed Sullivan Show, quatre garçons de Liverpool secouer leurs cheveux. « Le lendemain, mes frères pis moé, on était dehors pis on se découpait des guitares dans du plywood », se souvient-il de sa voix caverneuse, pendant que ses doigts, qui pianotent sur la table, font carillonner ses nombreuses bagues. «Tu connais-tu le long jeu Help!? » Oui, oui. « Tantôt, m'a jouer I Need You de George Harrison. »

À 18 ans, sa connaissance encyclopédique du top 40 lui permet d'accompagner Denis et André Martel (plus tard membre du groupe Apocalypse) en tournée aux États-Unis. Il rallie à son retour un groupe de noces. « Dans ce temps-là, le mariage était plus à mode que le divorce! Tu faisais juste hoper d'une noce à l'autre, t'avais toujours un nouveau contrat à la fin de la soirée. Il est quelle heure là? » 16 h 30! « Ben tabarouette, faut j'aille jouer. »

« OK, la première chanson, ça s'appelle I Need You, c'est de George Harrison. » Le grand gaillard met en marche l'ordinateur qui lui fait office de groupe accompagnateur. « You don't realize how much I need you, love you all the time and never leave you », chante-t-il de sa voix étonnamment souple, presque angélique. Les franges élimées de sa veste en cuir blanc fouettent l'air pendant que devant lui, deux timides fêtards esquissent une danse plus zigzagante qu'en ligne. Un client visiblement éméché marche jusqu'aux bords de la minuscule scène et se penche vers la vedette pendant le solo de violon de Guitars Cadillacs, que reproduit la bande préenregistrée. « OK, lui il vient de me dire qu'il allait me donner 500 $ si je jouais du Elvis », blague Sid. « Faque on va faire un peu de Elvis. »

Se faire réveiller par du country

Il chante du rock'n'roll, il chante des hits dance comme What is love, mais Sidney Aulis a toujours chanté du country. « On se faisait réveiller avec ça quand j'étais petit! On habitait en campagne pis dès que mon père arrivait en haut de la butte, quand il partait pour la Carnation [usine de lait concentré], c'était immanquable, ma mère pognait le gros stéréo haute fidélité pis elle mettait ça à moitié. Tu peux me croire qu'on sortait de nos lits! Le party était pris. Il n'y avait rien de meilleur que de se lever avec du country. »

Sidney Aulis a tenu pendant 13 ans et demi l'affiche des dimanches après-midis de l'Hôtel La Patrie, avant d'être cavalièrement remercié. Il jouait encore récemment au Jay Pee, avant que le bar de la rue Alexandre ne se convertisse en taverne urbaine. Il a déjà travaillé dans une usine de vinyle avec Jim Zeller, a été employé chez Coke, a tenu son propre magasin d'instruments. Il ouvrait récemment à Lennoxville une salle de danse, le Sidney's Palace (269, rue Queen) et gagne sa croûte en tant que « président directeur des loisirs », plaisante-t-il, dans une résidence pour personnes âgées sur la 4e Avenue.

Ça ne te manque pas, d'être accompagné par un véritable orchestre? « Non! Avec l'ordi, personne se trompe, personne arrive en retard. Pis j'ai plus de problème avec mes drummers. »

C'était beaucoup de trouble, les drummers? « M'a te raconter une histoire que je devrais pas te raconter, OK? » OK. « On jouait à Lac-Mégantic pis une fille avait chanté la pomme à un gars pour descendre en char avec lui, mais quand elle est arrivée, elle l'a planté là. Elle voulait juste venir voir son chum, notre drummer. Le gars avec qui elle était descendue était en maudit contre nous autres. On était assis dans le noir pis il a pointé ses mains sur nous, comme s'il avait un fusil. On voyait rien, faque on pensait que c'était un vrai fusil. On s'est garrochés à terre. C'est drôle parce que la fille, elle travaille ici maintenant. Elle commence son shift dans une heure. Ah, elle est juste là! Hey Suzie [nom fictif], c'est vrai, l'histoire avec... »

Suzie : « Oui, j'avais cassé une bouteille de bière pis je lui avais mis en dessous la gorge pour qu'il lâche son gun. » Sidney : « Il avait un vrai gun? » Suzie: « Ben oui, c'était un fou! »

Les temps sont heureusement beaucoup plus calmes, presque trop tranquilles en ce début de soirée. Sidney cède sa place un instant à son fan numéro un, Stéphane, qui roucoule une jolie version de Only You. Accoudé au bar, le cowboy solitaire échange des regards entendus avec Suzie.

Sidney dépose sa paluche d'ours sur mon épaule. Je sursaute. « J'vas continuer à chanter tant que j'vas être deboutte », qu'il me jure.

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