Saratoga : se chérir le mojo

Chantal Archambault et Michel-Olivier Gasse (Saratoga) transforment la... (SPECTRE MÉDIA, FRÉDÉRIC CÔTÉ)

Agrandir

Chantal Archambault et Michel-Olivier Gasse (Saratoga) transforment la Petite Boite noire en chaleureux salon le 11 décembre.

SPECTRE MÉDIA, FRÉDÉRIC CÔTÉ

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Saratoga célèbre sur les plus petites scènes de la province la plus grande et la plus belle affaire qui soit (oui, l'amour). Éloge de la simplicité volontaire et du mojo précieusement entretenu avec Chantal Archambault et Michel-Olivier Gasse.

« On m'a raconté qu'après un de nos shows, un gars qui n'était pas heureux en couple a décidé de laisser sa blonde, et qu'il est parti avec une nouvelle flamme », se souvient avec la fierté du travail bien accompli Michel-Olivier Gasse, en évoquant le genre de puissant effet que produisent les spectacles de Saratoga. Merveilleux pitch de vente, lui fait-on remarquer ironiquement.

« Non, mais ce que je veux dire, c'est que le gars se faisait chier dans son couple! » plaide notre homme devant sa pinte de 50. « Il a trouvé le courage d'arrêter d'être dans un amour à moitié. » La blonde de Gasse et collègue dans Saratoga, Chantal Archambault, s'en mêle avant que la conversation ne s'enlise, et propose un exemple un peu plus consensuellement inspirant.

« Il y a un couple de notre âge qui est venu nous voir et qui nous a dit que nos chansons leur avait permis de retrouver le mojo qu'ils avaient perdu après la naissance de leurs deux enfants, avec le manque de sommeil et tout. Ce que je veux dire, c'est que lorsqu'on a commencé Saratoga, on avait peur d'avoir l'air de flasher notre bonheur. On ne fait pas des shows ensemble parce qu'on est en amour, mais il se trouve qu'on est en amour. Ça transparait forcément dans nos shows et les gens en repartent avec un désir de partage. Et puis pour moi, l'amour, c'est large. C'est dans tout ce qu'on fait dans la simplicité. »

Vrai qu'il la zieute avec un regard ému sa Chantal, vrai qu'elle le contemple la pupille coquine son Gasse, mais toutes ces oeillades étincelantes relèveraient de la banale anecdote, du trivial potin, si les chansons de Saratoga ne célébraient pas avec autant de palpable sincérité, avec autant de lumineuse tendresse, avec autant de réelle volonté de partage, l'amour dans toutes ses manifestations. Tout ce qui réchauffait le coeur dans les refrains country-folk de Chantal en solo - leur comique impudicité, leur romantisme sauvage - et tout ce qui aiguisait notre sens de l'émerveillement dans les livres de l'écrivain Gasse (De Rose à Rosa) - leur capacité à s'émouvoir d'une corde à linge, leur douce insolence - se démultiplient et s'emboitent sous le règne de Saratoga, le duo qu'ils forment depuis février dernier.

Moments débiles

Michel-Olivier Gasse raconte un récent voyage à Lafayette en Louisiane. « Grâce à Sunny Duval [héros de la guitare et exégète des musiques de racines américaines], on a été invité à participer à une épluchette d'écrevisses. Un gars préparait dans sa cour arrière un espèce de méga stew avec des patates, des oignons, des épis de blé d'Inde, des saucisses, des champignons. Il y avait sept poches de vingt livres d'écrevisses! Il pleuvait, on avait nos imperméables sur le dos, mais on s'est torchés de bouffe. » Chantal ajoute : « On puait les épices, mais c'était un moment débile. »

Ce sont précisément des moments débiles comme celui-là, les écrevisses et l'odeur en moins, que la paire tente de provoquer en fuyant autant que faire se peut le circuit des salles officielles, auquel il préfère celui des salons et des lieux inusités. Grâce à ses petits besoins techniques (un seul micro autour duquel le Sherbrookois et la Valdorienne s'agglutinent), Saratoga voyage léger, lui avec sa contrebasse, elle avec sa guitare. Une simplicité volontaire leur permettant de recoloniser un territoire déserté par le showbiz québécois, celui des villages, et de défendre une idée malmenée par notre époque de pyrotechnie, celle de la musique comme feu de foyer abolissant les différences séparant ceux qui s'y réuniront.

« Tu t'en rappelles autrement quand tu vas voir un show dans le salon chez Jean-Claude qu'au Centre culturel de l'Université », observe Gasse. Chantal : « La semaine dernière, presque tout le village de Notre-Dame-des-Bois était dans le salon de la madame qui nous avait invités et elle me racontait qu'habituellement, le village ne se voit qu'au conseil municipal, pour se chicaner. »

« Oublie pas les voeux des premiers jours », se murmurent-ils donc, pour que tout ça dure longtemps et par-delà d'éventuelles tempêtes, dans Oublie pas, tendre valse tirée de leur premier EP de cinq titres paru en juin. C'est un peu votre On va s'aimer encore à vous, taquine-t-on Gasse, fidèle accompagnateur de Vincent Vallières depuis toujours.

Chantal : « J'aime dire qu'elle est un peu quétaine, cette toune-là, mais ça dérange Gasse »

« Oui, ça me dérange, parce qu'elle est précieuse. Les lendemains de chicane, ça m'est arrivé d'y repenser et de la mettre en action, la toune, de me répéter que j'étais là, avec Chantal, pour les bonnes raisons. On serait cons d'avoir écrit cette toune-là et de ne pas se rappeler qu'il y a quelque chose de vrai qui nous unit, qu'il y a déjà eu, et qu'il y aura toujours, un mojo entre nous deux. »

« Rien n'arrivera de pire que le meilleur », assurent-ils dans Saratoga, leur chanson-déclaration d'intention. On a le goût de les croire.

À retenir

Saratoga

Vendredi 11 décembre à 20 h 30

La Petite Boite noire (58, rue Meadow)

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer