Le Vent du Nord: du front tout le tour de la tête

Sylvain Trudel, de Musique à bouches, et Olivier... (IMACOM, JESSICA GARNEAU)

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Sylvain Trudel, de Musique à bouches, et Olivier Demers, du Vent du Nord.

IMACOM, JESSICA GARNEAU

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Les ambassadeurs mondiaux du trad québécois, Le Vent du Nord, et le plus viril des boys band des Cantons, Musique à bouches, se drapent de leurs plus beaux atours à l'occasion d'un événementiel programme double. Parlons Québec avec Olivier Demers, violoniste du VDN.

La conversation s'amorce sur un malentendu, dont l'auteur de ces lignes - mea maxima culpa - est l'unique responsable. Loup-garou aurait pu être écrit hier, fait-il remarquer, fier de sa perspicacité, à Olivier Demers, au sujet d'un des textes les plus caustiques de Têtu, huitième album du Vent du Nord, groupe phare du trad québécois.

« Hum..., c'est parce que ça a pas mal été écrit hier », répond poliment le violoniste et fondateur de la formation. « C'est Nicolas [Boulerice, son collègue] qui en signe le texte et la musique. » Oups. Note personnelle : à l'avenir, il faudra mieux consulter les pochettes de disques, avant une entrevue.

« Mais tu vois, c'est un bel exemple de comment on peut jouer avec notre folklore », poursuit-il, bon joueur. « Le loup-garou a toujours été dans notre imaginaire un païen qui ne fait pas ses Pâques et qui ne va pas à la messe. Nico a retourné ça et les méchants ne sont plus forcément ceux que l'on pense dans cette chanson-là », qui place au banc des accusés le clergé.

Ces quelques estimables contributions à l'immense édifice de notre patrimoine ne pourraient bien sûr aller sans cette compréhension profonde des codes de notre folklore irradiant lumineusement l'ensemble du vaste répertoire du Vent du Nord, essentiellement composé de chansons traditionnelles au sens strict.

« Sauf qu'après tout, même ces chansons-là datant d'il y a parfois des centaines d'années, dont on ne connaît plus les auteurs, ont quand même été écrites par quelqu'un. C'est avec cette conscience-là qu'on s'autorise nous aussi à en écrire », fait valoir le musicien au sujet des textes et musiques millésimés 2015 qui ponctuent Têtu.

Épiphanie post-référendaire

Après avoir passé son adolescence à s'abrutir les oreilles sur les scènes de « bars de bikers » au sein de groupes rock, Olivier Demers est foudroyé après le référendum de 1995 par une funeste épiphanie. À 18 ans, l'étudiant en musique au cégep mesure douloureusement, pour la première fois, l'étendue du fossé séparant sa propre culture musicale du patrimoine québécois.

« Je me rendais compte que j'étais en train d'apprendre du jazz, du country, de la musique traditionnelle américaine quoi, mais pas ma musique traditionnelle à moi, se souvient-il. Je me suis mis à repiquer au violon tout ce que je pouvais repiquer. Après avoir appris 1000 reels de violon, tu commences à avoir une idée de c'est quoi une tournure plus écossaise, plus irlandaise ou plus québécoise. »

À ces milliers de reels, Demers ajoute donc parfois ses propres mélodies, comme Entre ciel et terre, gracieuse pièce instrumentale évoquant les cycles de la vie, un des moments les plus étincelants de Têtu, album au titre en forme de bilan. Parce qu'il en aura fallu du front de boeuf, et tout le tour de la tête, pour défendre ce répertoire davantage hanté par les amants vendant leur âme au plus offrant et les orphelins désespérés que par les cuisinières polissonnes et autres truculents personnages auxquels la concurrence aime donner vie. Ça aura supposé des sacrifices, confie Demers, que d'avoir pris fait et cause pour l'indépendance du Québec. À l'instar des pièces Octobre 1837 et Lettre à Durham, petits cours d'histoire nationale et moments marquants du catalogue du groupe, la toute nouvelle Confédération ambitionne de ravigoter la mémoire oublieuse des Québécois.

« Si on avait voulu jouer la carte du gros party pour avoir des gigs, on aurait pu, mais ce n'est pas ça qui nous branche. Plus on vieillit, plus on a le goût de faire réfléchir. Ça nous a bloqué beaucoup de portes, notre engagement pour l'indépendance, mais ça va finir par en ouvrir. »

Big in Écosse

Ça en ouvre déjà en fait : en Écosse, par exemple, une des nombreuses contrées étrangères où Le Vent du Nord passe la majorité de son année. Ami du mouvement indépendantiste écossais, le quatuor aussi formé de Simon Beaudry et de Réjean Brunet a joué depuis quinze ans dans « tous les moindres centres d'art perdus au milieu d'un champ de moutons », et est systématiquement accueilli en roi aux Celtic Connections de Glasgow, par son fondateur, Colin Hynd, un indépendantiste notoire. Aux États-Unis, on s'étonne davantage qu'il existe encore au nord de l'Amérique un peuple parlant français au quotidien. « Ils n'en reviennent juste pas », assure Demers.

« Partout dans le monde, en Europe, en Scandinavie, dans le Canada anglais, on parle du Québec dont on rêve, de ce Québec qu'on aime tellement. Même si ce n'est pas tout qui va bien ici, il y a quelque chose de vital qui pulse au coeur de ce pays qui ne pourra pas toujours ne pas arriver, comme dirait Miron. Notre engagement nous pousse à continuer de créer des disques, à essayer de cultiver cette fièvre-là chez les gens qui nous suivent. Quand je vais en Louisiane, je me répète tout le temps qu'il ne faudrait pas que nous devenions les prochains Cajuns. »

À retenir

Le Vent du Nord et Musique à bouches

Vendredi 4 décembre à 17 h 30

Salle du Parvis (987, rue du Conseil)

Le spectacle présenté le même soir à 20 h affiche déjà complet.

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