Les Trois Accords : fierté gaie

Simon Proulx, Pierre-Luc Boisvert, Charles Dubreuil et Alexandre... (COURTOISIE LEPETITRUSSE)

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Simon Proulx, Pierre-Luc Boisvert, Charles Dubreuil et Alexandre Parr, en compagnie d'une vraie de vraie licorne.

COURTOISIE LEPETITRUSSE

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Les Trois Accords chevauchent dauphins et licornes dans Joie d'être gai, ode à l'acceptation de soi et aux amours différentes.

Le périlleux art de la subversion en est un de dosage. Après avoir gracieusement transgressé le tabou d'un amour entre un jeune homme et une représentante du troisième âge sur J'aime ta grand-mère, Les Trois Accords franchiraient-ils la mince ligne séparant le bon du mauvais goût en célébrant leur Joie d'être gai, cinquième album dont la chanson-titre peut autant être entendue comme un jouissif pléonasme que comme le cri d'euphorie d'une personne homosexuelle?

« On s'est beaucoup posé de questions, on s'est beaucoup demandé si ça passait ou pas. Il y a des gens dans notre entourage qui aimaient ça et d'autres qui étaient plus dans le camp du ish », confie le chanteur et parolier du groupe, Simon Proulx, à qui on demande s'il a craint que son sémillant refrain soit assimilé à de l'inconvenante moquerie, voire à de l'homophobie (bien que l'on ne doute pas une seconde de son ouverture d'esprit).

« On ne savait pas si c'était jouer avec le feu, mais dans notre tête, c'était tellement juste beau qu'on ne voyait pas comment ça pouvait être mal reçu. On trouvait que c'était cool de faire une chanson qui peut être lue, oui, comme une chanson sur l'homosexualité, si on le veut, mais une chanson sur l'homosexualité qui ne serait que belle et positive. On sentait que c'était moins dangereux, parce que c'était juste beau. »

Bien qu'ils soient passés maîtres dans l'art de surgir là où on ne les attend pas, Les Trois Accords surprennent donc en adoptant sur plusieurs pièces de Joie d'être gai le point de vue d'un homosexuel, alors qu'en général, seuls les artistes eux-mêmes gais se permettent de creuser le sujet. Pourquoi, Simon, la question de l'orientation sexuelle te fascine-t-elle autant?

« Nous avons plusieurs amis qui sont homosexuels et qui le vivent très bien, mais force est de constater que pour certains, ce n'est encore pas très facile. Il y a encore plusieurs personnes qui vont nier longtemps cette partie d'eux-mêmes. Il y a plusieurs familles qui ne sont pas cool avec ça. Ça donne des histoires remplies d'épreuves à surmonter », explique-t-il au bout du fil, manière de dire que l'adversité est le terreau fertile des bonnes chansons.

On aura compris qu'en parlant d'homosexualité, Les Trois Accords poursuivent leur exploration des affres de l'altérité entreprise sur Dans mon corps. On aura aussi compris qu'ils signent ici le second chapitre, après J'aime ta grand-mère, de leur célébration des « amours différents », pour reprendre l'élégante formule employée dans Les dauphins et les licornes, la plus épique des chansons de Joie d'être gai. « Ce qu'on cache un jour déborde », y proclame Proulx, avant que ne culmine dans une orgie de harpe ce long envol vers la rédemption d'un narrateur marchant enfin dans la lumière d'un amour qu'il ne s'autorisait pas. La licorne du titre, fruit de l'union entre un cheval et un narval, pourra être considérée comme le symbole de tout ce qui, de merveilleux, peut jaillir d'une rencontre entre deux êtres unissant leur singularité.

Le fun du flou

Que Joie d'être gai soit l'album des Trois Accords assumant le plus son cousinage musical avec Weezer tombe sous le sens, Rivers Cuomo ayant toujours nourri une obsession (parfois troublante) pour les relations condamnées par une partie de la société. Alors que plusieurs mélodies dans le catalogue du groupe d'origine drummondvilloise évoquaient déjà le geek rock de la mythique formation californienne, jamais Proulx, Alexandre Parr (guitare), Pierre-Luc Boisvert (basse) et Charles Dubreuil (batteur) n'avaient-ils jusqu'ici embrassé avec si peu de retenue ces inclinaisons.

Les mots « album bleu » auraient, confie Simon, souvent été prononcés entre ses collègues et le réalisateur Gus Van Go. Le pont frôlant le pastiche de Dans le coin tiendrait ainsi davantage de l'hommage volontaire que de l'aveugle mimétisme. Les chansons évoquant les soins esthétiques, dont J'ai un massage pour toi, J'épile ton nom, Top bronzés et L'esthéticienne, seraient quant à elles à porter au compte des nombreuses discussions saugrenues qu'ont entretenues Gus Van Go et Proulx au sujet des produits de beauté.

Qu'ils évoquent l'homosexualité ou le bronzage, Les Trois Accords se plaisent donc toujours autant sur Joie d'être gai à faire mine de nager dans le futile tout en étant sérieux (et vice-versa), grâce à des textes invitant souvent au décodage. « Les images que je veux mettre dans les chansons sont la plupart du temps au départ très claires dans ma tête, mais il faut ensuite que je choisisse des mots qui sonnent bien, il faut que ce soit l'fun comment c'est dit, ce qui fait en sorte que ça devient parfois moins clair à la fin. Ça explique sans doute le côté un peu cryptique des chansons. Mais l'autre truc, c'est que c'est l'fun de ne pas mettre de pronom, de ne pas savoir si c'est un gars ou une fille qui parle. C'est l'fun, être flou. »

À retenir

Les Trois Accords

Jeudi 31 mars à 20 h

Théâtre Granada (53, rue Wellington Nord)

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