Tristan Malavoy : dialoguer avec ses morts

Dans Le nid de pierres, son premier roman,... (IMACOM, JOCELYN RIENDEAU)

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Dans Le nid de pierres, son premier roman, Tristan Malavoy revisite les lieux de son enfance, à Saint-Denis-de-Brompton.

IMACOM, JOCELYN RIENDEAU

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Tristan Malavoy entrelace rites amérindiens, mythologies intimes et mystères insolubles dans Le nid de pierres, un premier roman en forme d'hommage au territoire de son enfance.

Dans le trou béant laissé par la destruction de l'édifice voisin du centre de diffusion ArtFocus, sur King Ouest, Tristan Malavoy glisse, à la demande du photographe, sa tête entre deux arbrisseaux, avant de jeter son regard derrière lui, dans la crevasse se déployant à ses pieds, et au fond de laquelle sommeillent quelques pierres éparses. « C'est peut-être un cercle de pierres abénaquis », badine-t-il, pendant que l'ami Jocelyn lui darde le visage de son flash.

Cette crevasse ne recèle sans doute rien de plus précieux qu'une bouteille de bière vide et quelques mégots, Tristan le sait pertinemment, mais sait aussi que nous nous trouvons pas très loin du Mena'Sen, pas très loin de ces Grandes-Fourches où se rencontraient jadis les Abénaquis.

Il y en a beaucoup, des trous, dans Le nid de pierres, le premier roman du poète, journaliste et auteur-compositeur. Trou de mémoire, trou laissé par la disparition de l'autre, mais surtout, d'abord, un trou de boue, dans lequel s'enlisera en motocross son narrateur, Thomas, en sillonnant les sentiers de Saint-Denis-de-Brompton. Un incident qu'emprunte tel quel l'écrivain à sa propre jeunesse estrienne, et qu'il a érigé en « prétexte pour revisiter le territoire de mon enfance, pour faire une déclaration d'amour à ce pays, à ces forêts magnifiques auxquels je suis très attaché. »

De retour avec sa blonde à la campagne après avoir triomphé à Montréal en tant que scénariste d'une télésérie, Thomas, comme aimanté par un mystère noir, tentera de sonder ce ventre-de-boeuf auquel il avait péniblement arraché sa bécane. Fantômes et songes ressurgiront bientôt de son passé, et de celui de la communauté, révélant tout ce qui grouille de deuils non cicatrisés sous le voile de son petit bonheur. Sur cette prémisse très « roman pour jeunes trentenaires » - un couple revient s'installer dans son village natal - planera bientôt les volutes grises d'une énigme au parfum mortifère.

Quelle faim tiraille ce trou de bouette, qui semble avoir avalé bien plus qu'une moto ou une bottine? Mais que signifient ces passages d'une solennelle poésie, évoquant la naissance d'un jeune Abénaquis, que glisse Tristan Malavoy entre les autres chapitres, d'une tonalité plus réaliste?

« Insuffler de l'étrangeté à une scène, ça déstabilise le lecteur et ça le rend plus disponible à dialoguer avec les grandes questions que posent mon livre, celle du cycle des naissances et des morts, celle des amours qui peuvent faire bifurquer une vie au complet, celle de l'inspiration d'un artiste et de ses sources véritables », explique-t-il.

« Nous portons tous en nous des disparitions, avec lesquels nous dialoguons parfois bien, mais souvent mal. C'est un des grands drames de notre époque. Je ne veux pas tomber dans l'idéalisation des cultures autochtones, mais les Abénaquis entretenaient un rapport plus franc avec leurs morts. Le nid de pierres ouvre chez eux une porte de dialogue avec ce qui se trouve de l'autre côté. »

Un peu de magie, s'il vous plaît!

Après avoir enregistré deux précieux albums de folk azuré, écrit de la poésie et signé des centaines d'articles à l'hebdomadaire Voir et maintenant au magazine L'actualité, Tristan Malavoy renoue avec le rang 11 de son enfance à Saint-Denis-de-Brompton, avec cet étroit rapport qui le lie à la terre. Tout aussi dandy soit-il, l'homme de lettres a bel et bien passé plusieurs de ses après-midis de gamin dans la grange familiale, s'est plus souvent qu'à son tour laissé fouetter le visage par les branches à dos de motocross, connaît par coeur ce mont Girard, au sommet duquel il faisait bon gober des jujubes et charmer les filles. Il n'a jamais cessé d'être ébloui par « la magie du territoire et de ce qui se passe au fond des forêts. »

Malgré le flirt que nourrit son Nid de pierres avec le fantastique, Tristan Malavoy écrit donc surtout ici un roman sur la part d'inexplicable que porte en lui-même le réel. « Sans aller jusqu'à souhaiter que ma vie à moi soit pénétrée par l'étrangeté, j'aimerais qu'elle comporte un peu plus de merveilleux. On vit dans une époque terriblement rationnelle, terriblement comptable. Les rapports d'impôt prennent plus de place que la vigueur de nos croyances, que la vigueur de nos expériences spirituelles et artistiques. »

À retenir

Lancement de Le nid de pierres

Mercredi 25 novembre à 17 h

Centre communautaire de Saint-Denis-de-Brompton

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