The Dears: éternels insatisfaits?

The Dears célèbre cette année son vingtième anniversaire... (COURTOISIE, RICHMOND LAM)

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The Dears célèbre cette année son vingtième anniversaire avec la parution de Times Infinity Volume 1.

COURTOISIE, RICHMOND LAM

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En 2003, Murray Lightburn s'insurgeait fiévreusement sur No Cities Left contre cette vie qui ne remplit jamais ses promesses. Alors que son groupe, The Dears, célèbre son vingtième anniversaire, la figure de proue du rock indé montréalais goûte enfin à une forme de sérénité. Explications.

Le martèlement du couteau de chef qui frappe la planche à découper accompagne, au bout du fil, les réponses pleines d'autodérision du leader des Dears. C'est que c'est « pizza night » chez les Lightburn/Yanchak! Il y a quelques années encore, pareille idée, celle d'un Murray Lighburn en papa poule et heureux pizzaïolo amateur, appartenait pourtant à la plus surréaliste des fictions.

Avec End of a Hollywood Bedtime Story (2000) et, surtout, No Cities Left (2003), le chanteur au trémolo de crooner désespéré fournissait quelques-uns de ses plus marquants albums à ce « son de Montréal » qui verrait ensuite surgir des groupes dont vous avez peut-être déjà entendu parler comme Arcade Fire. Il fournissait aussi au désenchantement postadolescent une de plus grisantes trames sonores.

« It won't ever be what we want », affirmait alors Lightburn sur We Can Have It, mantra que reprendrait en choeur toute une génération d'inapaisables bêtes féroces de l'espoir. La phrase aux allures de slogan demeurerait longtemps la mélancolique clé de voûte de l'ensemble de l'oeuvre de ce perdant magnifique, constamment assailli par l'éternelle insatisfaction, par les fantômes de son passé et par la peur panique de trahir ses idéaux. La sulfureuse réputation de celui qui accordait des entrevues d'une franchise inédite (et souvent alimentée par l'alcool) à la presse internationale contribuera à figer l'homme dans un personnage d'aveugle et salutaire vengeur de toutes les injustices, mais parfois aussi d'insupportable frustré chronique.

Après avoir été promis aux plus grandes scènes mondiales (et les avoir un temps fréquentées), le groupe imploserait bientôt, laissant Lightbrun et sa compagne, la claviériste-chanteuse Natalia Yanchak, comme uniques gardiens du patrimoine des Dears. Les quelques albums qui suivraient ne décevraient jamais complètement, mais ne se nourrissaient vraisemblablement plus à la même impérative nécessité chez Lightburn de délayer son despotique spleen dans la fulgurance de refrains héroïques.

Vingt ans après la fondation de la formation, Murray Lightburn mitonne non seulement de la pizza

pour les petits Apollo et Neptune, il répète « I never want this to end / because there's nothing that compares to / when I'm hole up in here with you» sur I Used To Pray For The Heavens To Fall, morceau de bravoure de Times Infinty Volume 1, sixième album du quintette aujourd'hui complété par le guitariste Patrick Krief, le bassiste Roberto Arquilla et le batteur Jeff Luciani.

L'amour à long terme trouve dans la voix de Lightburn une intensité que le rock lui refuse la plupart du temps, sans que The Dears nie la part de doute que le réel engagement charrie au quotidien. No Cities Left montrait un vingtenaire pestant contre les promesses non remplies de l'existence; Times Infinity Volume 1 appartient tout entier à un trentenaire pas exactement serein, mais de moins en moins en colère contre cette vie, qu'il veut désormais chérir.

Alors Murray, aimerais-tu te prévaloir de cette tribune pour contredire celui qui, il y a douze ans, affirmait que rien ne sera jamais comme il le souhaite? « Certains de ces sentiments-là appartiennent au passé, mais plusieurs d'entre eux sont encore très présents en moi », répond-il, en anglais.

« Le truc, c'est que nous ne voulons absolument pas être ce groupe qui fait semblant d'avoir vingt ans jusqu'à la fin des temps. J'ai de plus en plus de cheveux gris, je ne bois plus du tout, ma vie a changé significativement, et je suis beaucoup plus heureux aujourd'hui [a shitload more happy]. Je suis beaucoup plus optimisme et c'est normal que ça se sente dans les chansons du groupe. En même temps, je vois le monde se désintégrer sous mes yeux, mais je suis bizarrement en paix avec ça. C'est cette tension que j'ai voulu définir sur l'album. [Un temps.] Wow! C'est amazing! »

Allô, Murray, ça va? Que se passe-t-il? « C'est mon fils. Il est en train d'essayer son costume de Batman, pour l'Halloween! C'est vraiment malade! »

La vie, selon Murray

Avec ces nombreux et manifestes clins d'oeil à No Cities Left, Murray Lightburn semble sur le sublime Times Infinity Volume 1 se moquer des états de douleur dans lesquels il pouvait à une certaine époque se complaire, mais aussi retourner comme un gant son obsession pour l'inéluctabilité de la mort, qu'il transforme maintenant en source de lumière. « In the end, we will die alone », répète Natalia Yanchak sur Ownward and Downward, la dernière pièce de l'album, mais son ton ne pourrait être plus apaisé.

« Je pense aujourd'hui plus que jamais qu'il y a deux règles dans la vie, affirme Lighburn. Un : prends soin ce qui est important à tes yeux. Deux : le pire peut arriver et tu dois t'y préparer. La loi de Murphy est vérifiable. Tu peux perdre à tout moment ce qu'il y a de plus précieux à tes yeux. »

Mais en regard de ce bonheur que tu vis aujourd'hui, que dirais-tu au Murray cafardeux d'il y a vingt ans?

« Je crois profondément qu'un homme, ou une femme, peut faire toutes les conneries qu'il veut avant 30 ans. Mais passé ce cap, you need to get your shit together, man! Je lui dirais donc sans doute d'être un peu plus chill. Le problème, c'est que ce gars-là me répliquerait sans doute : "Fuck off!" »

À retenir

The Dears et We Are Monroe

Samedi 7 novembre à 21 h

La Petite Boite noire (58, rue Meadow)

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