Salomé Leclerc: guitare héroïne

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Salomé Leclerc

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Dominic Tardif
La Tribune

(Sherbrooke) Salomé Leclerc se révèle au cours de la tournée de 27 fois l'aurore en sanguine guitariste électrique. Guitare héroïne? Osons le qualificatif. Coup de fil à celle qui trouve de la joie dans la mélancolie.

Première vraie pluie automnale de l'année. Le calendrier a beau prétendre que nous sommes en octobre, le ciel, lui, s'offre une répétition générale en prévision de novembre et de ses averses que l'on traversera transis non seulement par le froid, mais par l'imminence de l'hiver. Dans son local de répétition de Montréal, Salomé Leclerc ne pourrait pourtant être plus heureuse. «Je suis enfermée depuis plusieurs heures et je travaille sur toutes sortes de choses à la guitare. C'est l'fun les jours de pluie, tu ne te sens pas mal de ne pas sortir dehors», s'amuse-t-elle.

Que la chanteuse aime les petits vendredis gris n'étonnera sans doute personne qui a glissé dans son lecteur 27 fois l'aurore, son deuxième disque taillant dans le clair-obscur de relations plombées par la peur de lendemains lumineux ses plongées dans les ténèbres de la colère refoulée (Le bon moment), de la douleur qui paralyse et de la distance entre les êtres que rien ne peut abolir. Nous avions spontanément rangé la pochette dans le rayon «album de rupture» de notre discothèque, convaincu que ces mélodies d'une rare et fulgurante solennité autopsiaient ce qu'il reste d'un réel amour funeste. La principale intéressée rectifie le tir.

«Je m'inspire beaucoup de moi et de ce qui m'entoure, pour écrire, bien sûr, mais il se trouve surtout que j'aime beaucoup écouter de la musique mélancolique. C'est surtout de ça dont je m'inspire, de ce que j'écoute, et c'est ben, ben rare que j'écoute de la musique uptempo», explique en éclatant d'un rire solaire celle qui se méritait cet été le prestigieux prix Félix-Leclerc. Elle n'est vraisemblablement pas dupe de l'image d'amie du crépuscule qu'elle charrie.

Une image largement exagérée, faut-il préciser, tant il serait malhonnête de réduire à leur noirceur les chansons de Salomé, tant sa voix vénéneuse, et ses guitares sanguines, ripostent coup pour coup aux forces de l'ombre qui noyautent ses textes. Même complètement encerclée, même aux abois, l'auteure-compositrice ne cesse jamais de défier du regard, ainsi qu'avec sa tempétueuse six cordes électriques, ce qui l'assaille.

C'était encore plus manifeste il y a quelques mois dans l'enceinte de la Maison de la culture de Waterloo, où l'auteur de ces lignes, était foudroyé, à la fois ébahi et ébranlé, par l'authentique guitare héroïne qu'est devenue Salomé. Le haut du corps penché vers la salle, le pied au bord de la scène, elle scrutait la foule d'un oeil charbonneux, mais rempli par l'assurance de celle qui sait qu'elle trouvera bientôt une issue au labyrinthe dans lequel elle est enfermée.

Cette conversion à la guitare électrique participe d'un désir de tourner le dos au folk, que scellait ce 27 fois l'auroreà l'aura hypotonique. «Je suis passée de l'acoustique à l'électrique pendant la tournée du premier album [Sous les arbres, 2011] et je me suis rendue compte que ça faisait ressortir mon côté rock, mon côté plus affirmé, moins introspectif. Je me rends compte que je vais plus vers les gens, avec la guitare électrique.»

Écouter les deux bords

C'était son voeu à elle, que 27 fois l'aurore soit pressé sur vinyle. Pour l'amour de l'objet, oui, mais aussi pour contraindre ceux qui se le procureront à l'accompagner du début à la fin - des deux bords! -dans son voyage au bout de la nuit. «Je n'en suis pas encore, comme bien des gens, à acheter des chansons à la pièce, explique la mélomane. Quand j'écoute de la musique, j'écoute des albums. L'enchaînement du disque a été pensé avec en tête, l'idée d'un vinyle. J'ai soigneusement choisi la chanson qui termine la face a, celle qui termine la face b. J'aime quand les gens me disent qu'ils sont entrés dans leur bulle, qu'ils ont vraiment voyagé avec moi.»

Vrai qu'autant en salle qu'avec un casque sur les oreilles, 27 fois l'aurore ne récompense vraiment que ceux qui se laissent submerger, abandon sans lequel le dialogue qu'entretiennent entre elles chacune des pièces demeurera secret. «Il y a toujours une éclaircie/Du haut de toits de Paris», assure Salomé d'entrée de jeu dansArlon, mais ce n'est qu'en fin de course, dans la longue procession instrumentale concluant. Et si cette fois était la bonneque n'apparaît vraiment le soleil annoncé.

«C'est vrai qu'il y a une espèce d'espoir en dessous de cette couche de trombones-là, une sorte de lumière distorsionnée», observe-t-elle au sujet de cette chanson éthérée, gonflée par la confiance que les nuages se dissipent pour de bon.

La promesse d'éclaircie, au fond, c'est la phrase-clé de l'album, non? «Oui, mais peut-être pas du haut des toits de Paris. C'est souvent gris, à Paris!» Elle rigole. «L'image était belle, alors je l'ai conservée.»

 

À RETENIRSalomé Leclerc

Samedi 17 octobre à 21 h

Boquébière (50, rue Wellington Nord)

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