Édwar 7 : chanter ne veut pas dire se taire

Simon Bilodeau, Julien Thibault, Tania Lapointe-Dupont et Marcus... (IMACOM, JOCELYN RIENDEAU)

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Simon Bilodeau, Julien Thibault, Tania Lapointe-Dupont et Marcus Quirion forment Édwar 7. Le groupe lance un deuxième EP, Est-ce que tu m'entends?

IMACOM, JOCELYN RIENDEAU

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Est-ce que tu m'entends? demande Édwar 7 sur le ton de l'avertissement. Avec son deuxième EP, le groupe sherbrookois refuse de joindre les rangs nombreux de ceux pour qui chanter veut dire se taire.

« Je suis un révolté », lance Marcus Quirion d'Édwar 7. Le guitariste aurait pu me signaler qu'il a un nez au milieu du visage, nous aurions tout autant été dans le registre de l'évidence, tant chacune d'une des tirades pleines de bouillante colère, de nécessaire autodérision et d'acerbe ironie qu'ils offrent en guise de réponses à mes questions semble soulever en lui une tempête, comme en son meilleur ami, le bassiste Julien Thibault. Ils signent tous les deux, mais chacun de leur côté, les chansons du groupe. Tania Lapointe-Dupont (voix) et Simon Bilodeau (batterie) écoutent leurs compatriotes en opinant du chef ou en apportant parfois une nuance, lorsque leurs propos flirtent avec l'excès.

Mais qu'est-ce qui révolte tant Marcus? Bien des choses. Tentons quand même un exemple. Cet été, Édwar 7 était invité à jouer à l'extérieur lors d'un festival de rue, en formule acoustique. Une fois sur place, les quatre musiciens sont trimballés à gauche et à droite, avec les égards que l'on réserve habituellement à un banal élément de décor. On leur demandera même à un certain moment de faire moins de bruit.

Le soir même, de retour chez lui, Marcus se fend sur Facebook d'un volcanique réquisitoire passant non seulement à la moulinette de son exaspération les organisateurs de l'événement, mais tous ceux pour qui la musique n'est qu'un insignifiant divertissement à jeter après usage. Tania foudroie d'un regard grave son ami lorsque j'évoque l'incident, comme pour s'assurer qu'il n'en remette pas en une couche, même si elle adhère à l'essence de ses propos.

« On fait de la musique tellement intense et sincère, explique Marcus, et pendant cet épisode-là, je n'avais pas l'impression d'être ça. Quand des gens qui nous engagent pour jouer de la musique nous disent : "Installez-vous là, mais s'il-vous-plaît, ne faites pas trop de bruit", ça me rend fou. »

Édwar 7 devrait de moins en moins être victime de ce genre de petite avanie, après la parution de Est-ce que tu m'entends?, deuxième disque dont le titre, on l'aura compris, devrait moins être compris comme une question que comme un avertissement. Alors qu'en avril 2014, les cinq titres de Des murmures à crier annonçaient surtout la naissance d'un groupe à garder à l'oeil, ce nouveau EP signale l'avènement d'un réel et pénétrant regard sur une génération ayant trop peu voix au chapitre, qui ne sait se sentir en vie qu'en s'étourdissant de plaisirs faciles (fiévreuse Tu donnes un sens à ton corps), ou qui regrette qu'une crise soit nécessaire pour que naisse le dialogue social (épique Les voix ensemble).

Rayon X d'un Québec disloqué de sa jeunesse, que cet album? « On est effectivement peu de jeunes dans un Québec vieux, dirigé par des gouvernements qui coupent tout ce qui pourrait nous aider, des affaires banales comme la culture et l'éducation », observe, en ironisant, Marcus.

« On a regardé le film Corbo [au sujet du felquiste Jean Corbo] récemment, se souvient Julien, et j'haïs les bombes, mais c'était un Québec, celui-là, où les jeunes voulaient à ce point être entendus qu'ils mettaient des bombes. J'ai parfois le goût d'une bombe à moi, une bombe qui ne serait pas une vraie bombe, mais qui serait quand même explosive. » Devrait-on lui signaler que le EP de son groupe en contient quelques-unes?

De la tête au ventre

Les vingtenaires d'Édwar 7 se défendent bien - et avec raison - de parler au nom de leur génération. Réalisé par Dominique Massicotte, Est-ce que tu m'entends? prête moins allégeance à une certaine jeunesse qu'à la sincérité du miroir braquée droit, sans faux-fuyant, sur la détresse de ceux qui les entoure. Voilà pourquoi Marcus, Julien, Tania et Simon aiment à employer le mot « rock'n'roll » pour décrire leur musique, qui résonne certes avec l'incandescence du feu de Bengale, mais qu'on rangerait plus spontanément dans la catégorie « chanson rock » qu'aux côtés d'un vinyle d'AC/DC.

Julien : « Marcus et moi, on s'est dit beaucoup dit pendant notre année à l'École de la chanson [ils sont de la cuvée 2014-2015] que le rock'n'roll, ce n'est pas un style de musique, c'est une façon de faire la musique. Bob Dylan, il rockait autant avec son band qu'avec sa guitare acoustique. Pour nous, le rock'n'roll, c'est une revendication, c'est une énergie. »

Le rock'n'roll, c'est peut-être, aussi, le courage de ne pas se défiler quand vient le temps de se poser des questions difficiles. Qu'est-ce que j'ai encore?, répète ainsi Julien comme un douloureux mantra dans la chanson du même nom (la seule qu'il interprète lui-même), auscultation obstinée, et courageusement dénuée de métaphore, d'un malaise auquel il ne peut se soustraire.

« Le spleen qui m'habite, c'est ce qui me fait stagner par moments. C'est ce qui fait que je me perds dans mes idées, que j'ai parfois besoin d'une perche pour qu'on me ramène dans la réalité, mais c'est aussi ce qui me fait avancer. »

Il ajoute, en regardant Marcus : « J'ai un bon ami qui dit souvent que les meilleures chansons doivent voyager de la tête au ventre et que si ça ne communique pas, il ne se passe rien. » De toute évidence, il se passe ici quelque chose.

À retenir

Lancement de Est-ce que tu m'entends?

Mercredi 14 octobre à 17 h

Boquébière (50, rue Wellington Nord)

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