Mojo Wizard: le poil qui lève

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Mojo Wizard lance enfin un premier EP après deux ans d'attente.

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Mojo Wizard souffle sur les braises de quelques idées indissociables du rock, mais que l'on croyait pourtant sous le point de s'éteindre, comme le solo de guitare qui dresse le poil sur les bras, la chambre d'hôtel trashée et la vie menée sans craindre qu'une belle fille se pousse avec notre âme. Un premier EP sanctifie enfin, après deux ans d'attente, son statut de meilleur groupe rock en ville.

Guillaume Couture relève la manche de sa chemise pour me montrer la longue cicatrice rosâtre qui traverse son avant-bras gauche. Mais qu'est-ce qui, pour l'amour du bon Dieu, a bien pu se passer? « Oh boy! », s'exclame devant un pichet à moitié entamé le bassiste de Mojo Wizard, presque en choeur avec son guitar hero de collègue, Karim M'Sallem.

« La dernière fois qu'on est allés à Québec, on avait l'hôtel payé », explique-t-il, sans que je ne comprenne encore tout à fait le rapport avec sa blessure. « Je m'étais plaint aux gars avant le show, parce que je trouvais que c'était tout le temps moi qui buvais le moins. Karim a compris le message et il m'a fait prendre de la téquila. Quand on est rentrés à l'hôtel, tout le monde était vraiment reviré de bord. On a commencé à se battre entre nous, à se lancer des affaires, les matelas étaient à l'envers, il y avait du café partout. Je pense que Karim m'a poussé sur une table basse et que c'est comme ça que je me suis coupé. » Guillaume se tourne vers Karim, en quémandant du regard qu'il corrobore sa version des faits.

« Je suis prêt à admettre que c'est de ma faute, mais je ne pourrais pas dire comment c'est arrivé », lui répond-il, hilare. « À Québec, c'est toujours bizarre. La fois d'avant, c'était l'Halloween et on pensait coucher dans le char, mais il faisait trop frette. Une inconnue qui assistait au show nous a invités chez elle. Le lendemain, on se lève, on part, mais une fois au char, on se rend compte qu'on a oublié les clés chez la fille. Le problème, c'est qu'on ne se souvenait plus où elle habitait. On était encore endormis et on avait marché en regardant par terre. On a fini par retrouver notre drummer, qui avait dormi ailleurs, puis par retrouver le bon bloc et le bon appart, mais ça a pris trois heures. On cognait à toutes les portes, et le plus drôle, c'est que l'immeuble de la fille, c'était un espèce de projet spécial où des déficients intellectuels et des artistes cohabitent. »

Se lancer à tête baissée dans la nuit, sans peur de perdre son chemin ou de saigner du bras, c'est beaucoup comme ça que se comporte depuis deux ans sur scène Mojo Wizard, qui compte aussi sur Maxime Lussier, batteur au groove bombastique, et sur Rico Desjardins, leader shamanique partageant avec Jim Morrison une affection quasi mystique pour les émotions et les états limites. Chez lui, excès et vérité se fondent dans le même champ lexical.

Sur un premier EP de cinq titres, l'hirsute personnage chante, comme s'il tentait d'exorciser son propre coeur, l'amour passionnel qui se referme sur soi comme un piège (Passionnate Beast), l'amour contre lequel on troquerait volontiers son âme (Sweet Baby Death, au riff destructeur, très sabbathien) et l'amour qui fragilise à tout jamais (Wild Love, et son crescendo culminant dans l'apothéose d'un solo digne d'une supplique de la dernière chance).

Avec le soutien d'une section rythmique alliant la souplesse du serpent et la force du bulldozer, Karim M'Sallem taille dans l'ivresse et la fureur des solos appartenant à une race en voie d'extinction, mélange d'arrogance, d'agression, d'ostentation et d'ensorcellement. C'est quoi un bon solo, Karim? « Un bon solo, c'est pas trop de notes, pis c'est ben feelé. » Guillaume : « Faut que ça te lève le poil. »

Le coeur, ce beau trompeur

Formé il y a deux ans par Guillaume, qui réunissait dans un même local, d'abord juste pour voir, des musiciens aperçus lors de différents jams, Mojo Wizard deviendra rapidement le candidat numéro un au trône du meilleur groupe rock sherbrookois, laissé vacant par les défunts The Lost Skulls. Bien que les plus récents concerts des magiciens pointaient dans la direction du psychédélisme, les riffs de leur premier EP creusent, eux, des racines profondes dans le rock zeppelenien et dans le blues.

Prenez Red Machine, par exemple, au terme de laquelle Rico hurle, comme s'il s'enlisait dans la folie : « I guess you made me forget about your man. » On est presque dans l'imaginaire de Robert Johnson, non?

« C'est une histoire qui m'est arrivée pour vrai ça!, s'exclame Couture. Je fréquentais une fille, j'étais complètement fou d'elle, et j'ai oublié qu'elle avait un chum. Elle aussi je pense, elle l'avait oublié, le gars. Il était parti dans une autre province. Un soir, il est revenu sur un coup de tête, sans avertissement. J'étais dans l'appart de la fille. J'ai juste vu l'ombre du gars et j'ai entendu un gros "Tabarnac!" Il est parti en faisant des burns dans la cour. La Red Machine, c'est le coeur, qui te fait parfois oublier la réalité. » La Red Machine, c'est aussi le rock, qui fait bouillir le sang dans nos veines.

À retenir

Mojo Wizard et UUBBUURRUU

Vendredi 9 octobre à 20 h

La Petite Boite noire (58, rue Meadow)

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