L'hypnose des histoires qu'ils nous racontent

De haut en bas: Mylène Gilbert-Dumas, Éric Gauthier,... (IMACOM, JOCELYN RIENDEAU)

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De haut en bas: Mylène Gilbert-Dumas, Éric Gauthier, Elisabeth Tremblay. Écrivains, raconteurs d'histoires, amis.

IMACOM, JOCELYN RIENDEAU

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Ils sont écrivains, sont amis et se rassemblent souvent autour d'un copieux repas pour jaser de création. Afin d'avoir une idée de ce à quoi ressemblent ces soupers, La Nouvelle a réuni Éric Gauthier, Mylène Gilbert-Dumas et Elisabeth Tremblay, alors qu'ils s'apprêtent tous à lancer un nouveau roman.

La Nouvelle : Une deuxième vie, la série de romans de Mylène dont paraît ces jours-ci le tome 2, raconte la métamorphose d'une assistante dentaire qui, à l'aube de ses 40 ans, part pour le Yukon, où elle devient musheuse [meneuse de chiens de traineaux]. L'idée de la réinvention totale de soi est un des leitmotive dans ton oeuvre. Vous réinventer, c'est ce que vous avez tous fait d'une certaine manière en choisissant l'écriture.

Mylène : Ce qui m'intéresse là-dedans, c'est de montrer quelqu'un qui fait ce qu'il veut faire, et non pas ce que la société a choisi pour elle. La société trace toutes sortes de scénarios pour ceux qui la composent, mais il y a toujours des électrons libres pour dire : « Non, moi, je vais faire à ma tête! »

Éric : En 2002, j'étais ingénieur en logiciel et les firmes en informatique tombaient toutes comme des mouches. J'avais déjà commencé à faire un peu de conte dans des soirées. [Il mène en parallèle une double carrière de conteur et d'écrivain.] Quand je me suis retrouvé sans job, j'ai décidé de me lancer à fond au lieu d'aller porter des CV.

Elisabeth : Dans mon cas, ce sont davantage les circonstances de la vie qui m'ont poussé dans les bras du roman. J'ai un enfant qui est tombé malade très jeune et dont je dois encore prendre soin. J'écrivais déjà par plaisir et comme j'étais à la maison, c'était pas mal la seule chose dans laquelle je pouvais m'investir. [...] C'est un rêve que caressent beaucoup de gens, changer de vie, et j'aime beaucoup comment Mylène permet à ses lecteurs et à ses lectrices de vivre ça par procuration.

Mylène : Le plus fou, c'est qu'ils ne le vivent pas que par procuration! Il y a une femme qui m'a écrit récemment pour me dire qu'elle avait tout laisser derrière pour aller vivre au Yukon, après avoir lu Yukonnaise [son roman de 2012, dans lequel une esthéticienne quitte Québec pour Dawson City].La Nouvelle : Puisque que nous sommes dans le registre de l'exercice d'admiration, Elisabeth, dis-nous, qu'aimes-tu chez Éric?

Elisabeth : J'aime son humour pince-sans-rire. On ne sait jamais s'il est sérieux quand il nous parle, si ce qu'il nous raconte a de l'allure ou pas.

La Nouvelle : La remarque, Éric, pourrait aussi s'appliquer à La Grande Mort de mononc' Morbide, ton plus récent roman, dans lequel le fantastique fait irruption dans le réel. C'est une ode au pouvoir de l'imaginaire, qui peut transformer pour le meilleur et pour le pire l'existence. Alors que dans la série Sang de pirate d'Elisabeth [dont paraît le tome 2], on est dans le monde de la piraterie, oui, mais dans un monde néanmoins inventé de toute pièce. Le tome 1 comprenait même un glossaire!

Éric : C'est vrai que dans Mononc' Morbide, je procède par petites touches, on ne sait pas toujours ce qui relève du fantastique ou pas. Dans Montréel [son précédent roman], j'étais allé à fond dans le fantasy. J'aime l'imaginaire dans tous les dosages. J'admire entre autres chez Elisabeth, comment elle ne se gêne pas pour inventer à grande échelle. Ce que le fantastique a de plus beau, c'est que ça me permet de placer mes personnages dans des situations hors-norme, de les mettre à l'épreuve d'une façon qui ne serait pas possible en roman réaliste. J'aime l'insolite, parce que j'aime célébrer la vaste bizarrerie du monde.

La Nouvelle : Vous êtes de ces écrivains qui racontent des histoires. Ça vous procure quel genre de plaisir?

Elisabeth : J'avais besoin d'être ailleurs lorsque j'ai commencé à écrire et ça a fonctionné, je me suis senti ailleurs. Le plus beau, c'est que les gens qui me parlent de mes livres me disent qu'ils leur ont permis de sortir de leur quotidien, de se soustraire un instant à des situations difficiles.

Mylène : Je pense que le réel talent de celui qui raconte des histoires, c'est de savoir hypnotiser le lecteur. Il faut que tu parviennes à donner confiance au lecteur, qu'il soit convaincu que tu vas l'emmener quelque part, qu'il sache qu'il ne lit pas ça pour rien.

La Nouvelle : En tant que représentants du roman populaire ou du roman de genre, vous appartenez à une autre littérature, à côté de celle qu'on célèbre plus généralement dans les médias. Vous vous sentez parfois snobés?

Éric : Je trouve en tout cas qu'il y a des lacunes dans la manière dont on parle de littérature de genre. Il n'y aucune raison pour laquelle une oeuvre ne pourrait pas être à la fois une oeuvre de science-fiction et une oeuvre bien écrite. La littérature, pour moi, c'est une grande zone avec des pôles, plutôt qu'avec des cases étanches.

La Nouvelle : À quoi ressemblent vos soupers?

Mylène : Il y a beaucoup de vin. Généralement, on parle et on mange, puis on parle et on mange, puis on parle et on mange. Seule règle : c'est interdit de bitcher!

Elisabeth, en s'adressant à Éric : Je peux dire ce que tu nous offert comme cadeau à Noël? [Éric hoche de la tête.] Éric Gauthier, ce gars timide, nous a fait un conte érotique!

Éric : Mon 50 nuances de fuchsia s'en vient très bientôt.

À retenir

Lancement des nouveaux romans d'Éric Gauthier, Mylène Gilbert-Dumas et Elisabeth Tremblay

Jeudi 1er octobre à 17 h

Le Parvis (987, rue du Conseil)

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