Navet Confit: mdr?

Navet Confit lance LOL, son septième album, à... (Archives, La Presse)

Agrandir

Navet Confit lance LOL, son septième album, à la Petite Boite noire samedi.

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Navet Confit aimerait bien nous faire croire qu'il ne fait que cabotiner et qu'il est mort de rire, mais ne leurre personne. Sous l'épaisse couche d'ironie dont il recouvre LOL, son septième album, se cachent toujours de ces spleenétiques mélodies dont il a le secret.

Incroyable, mais vrai : le plus incorruptible et le plus prolifique des musiciens alternatifs québécois a déjà tenu la barre des émissions du week-end dans une station de radio AM d'Amqui. Navet Confit n'était alors pas encore Navet Confit et, du haut de ses 20 ans, débitait avec un sourire dans la voix les prévisions de la météo, les annonces communautaires des filles d'Isabelle et les avis de décès, avant de lancer le dernier tube de Marc Anthony. « La pire affaire que j'ai annoncée, c'est une bénédiction de ski-doos, qui allait avoir lieu à la messe du dimanche », se souvient-il 15 ans plus tard. « J'ai aussi fait des remotes dans des magasins de sport : "Bonjour, ici Jean-Philippe Fréchette, les raquettes de tennis sont à moitié prix!" »

L'anecdote a quelque chose d'ahurissant compte tenu de ce qu'est devenu Navet Confit, et d'autant plus ahurissant à l'écoute de La radio commerciale, une des plus politiquement incorrectes salves que contient son septième album, LOL, dont les paroles se résument pour l'essentiel à : « La radio commerciale me donne envie de fumer du crystal dans mon vomi. » Le clin d'oeil évident au MTV Makes Me Want to Smoke Crack de Beck, propulsé par un riff calqué sur celui d'Aneurysm de Nirvana, adopte la posture hostile, très années 90, du trublion vitupérant la culture de masse. Une attitude qu'ils sont de moins en moins à embrasser, même en marge, à mesure qu'avouer aimer le top 40 devient un passage obligé vers la coolitude.

Tu as encore de l'espoir en regard de ce peut la radio commerciale pour la vraie musique, Navet? « Ça me laisse complètement indifférent, en fait. Ce qui me choque, ce n'est pas que ça existe, mais que je sois obligé de l'écouter quand je vais à l'épicerie. J'ai vraiment l'impression que la radio commerciale, c'est une insulte à l'intelligence humaine, autant les chansons que les publicités. »

Si Navet Confit n'a jamais tenté de lustrer ses riffs languides sur l'autel d'une éventuelle diffusion radio, son importante oeuvre recèle néanmoins plusieurs pépites de refrains délicieusement nonchalants, dont ceux d'Automne, de Louis-José Houde ou de Ton sac de natation. Mais plutôt que de capitaliser sur cette précieuse capacité à sculpter dans la distorsion des mélodies velcro empruntant au grunge et au rock indé à la Pavement, le jeune vétéran semble s'entêter depuis quelques années à volontairement dérouter, à intentionnellement désorienter. En 2013, il téléversait en même temps trois albums sur Bandcamp : LP4 - La vérité sur Noël, LP5 - Thérapie, et LP6, au sous-titre trop long pour que nous le retranscrivions ici, mais dans lequel Navet promettait d'accrocher pour toujours sa guitare s'il n'en vendait pas 500 copies. Le gag? LP6 était disponible gratuitement! « Mais il y a quand même plus de 500 personnes qui l'ont téléchargé! »

Une tape dans' face, avec plein d'amour

Avec LOL, septième album à la pochette « merveilleusement laide et chargée » représentant entre autres un chat se prenant en selfie, Navet Confit multiple encore une fois les doux gestes de rupture. Exemple? Mannequin de magasin, une des pièces les plus insidieusement mélancoliques de son répertoire, ne revient pas moins qu'à trois reprises, alors que des brûlots comme Combien de cafés? se nourrissent à une rage punk qu'on ne lui connaissait pas.

Autosabotage, insouciance ou simple refus de rentrer dans le rang? Un peu des trois, sans doute. « J'avais l'impression que les gens avaient peur de me booker dans des salles normales, donc je me suis dit : "Je vais leur donner ce qu'ils pensent que je fais", alors j'ai fait des chansons punk comme Combien de cafés?, qui ne dure même pas une minute, juste pour faire peur au monde », explique-t-il plus ou moins ironiquement dans une des capsules suavement baptisées « Le Navet se confie », disponibles sur YouTube.

« Dès que tu dépasses un peu dans la marge, il y a plein de programmateurs de salles au Québec qui pensent que tu fais du punk, ce que je n'ai pourtant jamais vraiment fait, précise-t-il en entrevue. Le lol, c'est pour ça qu'il est là, pour souligner à quel point ça n'a pas rapport que je sorte certaines de ces chansons très juvéniles là. En plus, lol, cette abréviation-là, c'est datée, c'est une expression que tu n'utilises pas, au risque de passer pour un mononcle. Mais le lol de mon titre, c'est aussi une invitation à réfléchir, à constamment remettre en question ce qu'on entend. Plusieurs des textes ont l'air drôle en surface, mais ne le sont pas en réalité. Oui, il y a une couche de comique, mais il y a aussi un spleen - pas une tristesse, juste un spleen ambiant et constant - sur le disque. »

« Aux Francofolies en 2014, on a joué le même accord, pendant 8 minutes au début du show », se souvient-il, comme pour souligner à quel point il vaut mieux ne pas retenir son souffle en attendant son album pop. « C'est une manière de dire : "Si tu trouves ça choquant là, tu n'aimeras pas le reste du show, alors va-t'en tout de suite." J'aime mieux qu'il y ait moins de gens, mais que ceux qui sont présents apprécient. Toutes les formes d'art qui n'essaient que de plaire me font décrocher. Oui, tu t'adresses à des gens et tu dois en être conscient, mais il ne faut pas que tu te con-tentes de les flatter. Une tape dans face, avec plein d'amour, c'est important parfois. »

À retenir

Navet Confit

Samedi 26 septembre à 20 h 30

La Petite Boite Noire (58, rue Meadow)

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer