Oui, les jours seront contés!

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Renée Robitaille présentera son nouveau spectacle, SAPU!, à l'occasion de la 23e édition du festival Les jours sont contés.

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Pris de court par une enveloppe subventionnaire moins substantielle qu'à l'habitude, le festival Les jours sont contés envisageait l'amputation. C'était négliger la fervente et légendaire solidarité du milieu du conte, public et artistes inclus.

Contrairement à ce qu'on aurait pu penser en apercevant il y a quelques semaines dans le ciel des interwebs le SOS que lançait Les jours sont contés, ce n'est pas à cause d'une énième ponction dans les budgets institutionnels en culture que l'événement devait s'en remettre à la solidarité et au portefeuille du public, par le biais d'une campagne de soutien d'urgence.

À quelques mois de sa présentation, le festival apprenait néanmoins que la subvention qu'il reçoit habituellement du Conseil des arts du Canada compterait 4000 $ de moins qu'au cours des récentes années, creusant fatalement un trou béant dans un budget qui ne s'abreuve pas au même genre de compte en banque que celui du Cirque du Soleil. Notons que les décisions du Conseil des arts du Canada sont toujours rendues au mois d'août, contraignant les festivals de conte présentés l'automne à vivre d'espoir et à faire des plans sans toujours connaître les ressources qui seront à leur disposition.

Sophie Jeukens, directrice artistique de la Maison des arts de la parole, l'organisme derrière Les jours sont contés, ne voyait juste pas pantoute comment sauver la 23e programmation du festival qui se tiendra du 15 au 25 octobre prochain, sans en amputer une partie. La série de spectacles traditionnellement présentés en formule 5 à 7 dans les bars et les cafés de l'Estrie, devait sauter, faute de moyens suffisants pour payer les artistes.

« Sauf que lorsqu'on a contacté les conteurs pour leur dire que la série était compromise, ils ont tous refusé d'annuler leur participation. Ils ont presque tous insisté pour être des nôtres sans cachet, par amour pour l'événement », explique Sophie, encore soufflée par leur généreuse abnégation.

Si ce n'est déjà fait, le festival aura par ailleurs bientôt réuni les 2000 $ qu'il espérait récolter par le biais de sa campagne de soutien d'urgence, afin de se ménager un minimum de marge de manoeuvre.

« On ne veut pas trop chialer contre le Conseil des arts, qui a décidé cette année de subventionner de nouveaux projets et qui doit forcément grappiller à gauche et à droite. Mais je pense quand même que cette situation a permis à plusieurs de réaliser que les événements qui semblent faire partie des meubles comme le nôtre ne sont pas immortels. Il y a des gens qui nous ont envoyé des sous et qu'on ne voit pas forcément dans nos salles, mais qui trouvent, j'imagine, que c'est important ce qu'on fait », se réjouit-elle en précisant que tout l'argent supplémentaire que recevra la campagne de soutien servira à rétablir le cachet des artistes qui y ont renoncé.

La foi et la patience

Bien que la tempête que traverse Les jours sont contés ne puisse être précisément attribuée à des coupures en culture, elle s'inscrit dans un contexte où ce que l'on croyait jusqu'ici solide comme le roc se révèle de plus en plus fragile comme la glaise. En région, le Théâtre Centennial demandait récemment à ses amis de l'aider à sauver les meubles, tandis qu'à l'échelle nationale, la mythique compagnie de danse La La La Human Steps s'éteignait la semaine dernière, asphyxiée par des années d'anémie financière.

« Les temps sont durs, c'est troublant », laisse tomber Renée Robitaille, une des plus précieuses voix du conte francophone, qui présentera sa nouvelle création, SAPU!, le 17 octobre, pendant Les jours sont contés. Pour elle, c'est clair : l'art oral ne pourrait déployer sa faconde avec autant de puissance au Québec sans ces indispensables lieux d'épanouissement que sont les festivals de conte.

Mais? « Mais les gens sont submergés de sollicitations, le public se déplace de moins en moins, les institutions se désengagent et, oui, il devient difficile en tant qu'artiste de gagner sa vie. J'ai quand même l'impression que quelque chose va émerger de cette période de transition que nous traversons. Les gens se réorganisent, l'humain revient au coeur de nos échanges, on le voit dans les ruelles, on le voit avec des initiatives comme Airbnb. Peut-être que quelque chose de semblable va émerger en culture? »

Vous avez donc la foi, Renée? Vous ne désespérez pas? « La foi, oui, et surtout la patience. La vie et ses cycles sont plus puissants que nous. Je pourrais bien me débattre comme un diable dans l'eau bénite, mais je pense que c'est mieux de surfer doucement, de continuer d'être à l'affut. C'est comme ça qu'on va s'adapter. La gang de filles qui a repris Les jours sont contés [Sophie Jeukens et Marie Lupien-Durocher] fait partie des lueurs d'espoir qui sont dans l'air. Ces filles-là savent que tout ne va pas bien, mais elles sont dans la résilience, dans l'observation. Elles sont d'un dynamisme qui est nécessaire si on veut saisir les choses et les transformer. »

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