Dear Criminals en Saturne

Vincent Legault, Charles Lavoie et Frannie Holder présentent... (Courtoisie Marilou Nadeau et Marin Blanc)

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Vincent Legault, Charles Lavoie et Frannie Holder présentent vendredi à la Petite Boite noire le plus récent EP de Dear Criminals, Strip.

Courtoisie Marilou Nadeau et Marin Blanc

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Dear Criminals danse l'angoisse joyeuse de la douleur cédant peu à peu sa place à la sérénité. Discussion ironiquement ésotérique, mais sincèrement soulagée, avec Frannie Holder et Charles Lavoie.

« Il n'y a jamais de moment précis où tu sens que tu entres dans Saturne. Ça arrive, c'est tout », blague au bout du fil Frannie Holder, à qui l'on demande d'identifier l'instant exact où Dear Criminals a cessé de n'être qu'une incartade que s'autorisaient à l'occasion des musiciens occupés ailleurs, pour devenir une histoire sérieuse, comme c'est le cas depuis peu.

On aura compris que la chanteuse ironise lorsqu'elle emprunte au vocabulaire de JoJo Savard, bien que ce clin d'oeil aux astres cache une authentique fascination pour le synchronisme avec lequel l'existence attend dans le détour, avec un crochet au visage ou une tape dans le dos, les membres du trio. Lors de notre dernière conversation en marge de la parution du ep crave (2014), autant Charles Lavoie que Frannie négociaient avec le vide du sol qui se dérobaient sous leurs pieds, lui vacillant sous les secousses d'une atomique peine d'amour, elle voyant pour la première fois le spectre de la mort s'immiscer dans sa vie, alors que sa mère se débattait avec le cancer. Le « crave » du titre ne désignait rien d'autre qu'un urgent désir que ça aille moins mal.

Un an plus tard, et avec un nouveau EP intitulé Strip sous la main, « ça va beaucoup, beaucoup mieux », assure Frannie. « I'm still weak », souffle-t-elle néanmoins avec son ami Charles dans le refrain de Slowdisco, auscultation de l'« angoisse joyeuse » propre au premier moment où l'emprise de celui ou celle qu'on aimait semble vouloir se dissiper, mais pas encore tout à fait.

« Push me now / Don't turn me on », implorent-ils pendant que des synthétiseurs carillonnent entre les silences d'un rythme synthético spasmodique. Les cinq autres titres du mini-album exhalent tous eux aussi le parfum mélangé du sexe triste et de la mort récente de relations depuis trop longtemps putrides. Tu es sûre, Frannie, que ça va vraiment mieux?

« Pour une raison que j'ignore, explique-t-elle, une raison complètement ésotérique, on est tout le temps les trois à la même place, en même temps, dans nos vies. Ça va mal pour tout le monde, ou bien pour tout le monde. Les dernières années ont été éprouvantes, je ne sais pas ce qui se passait avec Saturne! On va mieux maintenant, mais ce n'est pas parce que tu vas mieux que tu ne gardes pas certaines cicatrices. C'est ça le "I'm still weak" de Slowdisco. On a maintenant la sagesse de comprendre notre vulnérabilité. On continue à avancer avec ce bagage de déceptions, de souffrance et de tristesse, qui nous a façonnés. »

Comme Céline et Garou (sauf que pas vraiment)

D'abord fondé alors que Vincent Legault et Frannie Holder oeuvraient au sein du groupe hip-hop Random Recipe (qu'il a pour sa part récemment quitté) et que Charles Lavoie fusillait Sherbrooke de refrains fédérateurs avec la défunte formation lackofsleep, Dear Criminals devait demeurer

un appel d'air que s'offraient à l'occasion ses membres avant de retrouver leurs épouses légitimes. Trois ans, quatre EP et deux tournées en Europe plus tard, nos bandits chéris ne peuvent que conclure à l'échec total.

En avril 2016, ils monteront ensemble sur la scène de l'Espace Go dans Les lettres d'amour, une mise en scène de David Bobée selon un texte d'Ovide, avec la sublimement teigneuse Béatrice Dalle en figure de proue. Dear Criminals accompagnera ensuite la pièce en Europe, où ils se rendent déjà dans quelques jours pour une tournée qui les mènera en Italie, en France et en Belgique.

« Je parlerais surtout d'honnêteté », analyse Charles, en tentant d'expliquer comment et pourquoi Dear Criminals s'est imposé à ses camarades et à lui, malgré de modestes ambitions de départ. « On a fait ce projet-là parce qu'on avait besoin de le faire, jamais pour impressionner les autres. Cette honnêteté-là est tellement agréable qu'on a le goût de rester là-dedans. »

Mais c'est Frannie qui, en décrivant les séances d'enregistrement de Strip au studio La Frette, en France, trace le mieux les contours de sa relation avec Lavoie, une alchimie dont la formule échappe même à ceux qui en fournissent les principaux ingrédients.

« On a un ami qui récemment nous disait aimer le dialogue de sourds que Charles et moi entretenons dans le refrain de Slowdisco. C'est drôle, parce que c'est une des premières choses qu'on a enregistrées là-bas et ça ne fonctionnait pas du tout à notre goût. On est passé à autre chose en se disant qu'on y reviendrait à la fin de la semaine. En réécoutant nos voix quelques jours plus tard, on trouvait le refrain encore bizarre, même si personne n'était vraiment à côté du tempo, même si personne ne faussait. C'était comme si on ne chantait pas la même toune, ce qui, finalement, colle parfaitement au propos de la chanson, qui parle d'un amour qui s'étiole. Il y a quelque chose de magique qui s'est passé sans qu'on doive se l'expliquer. Si on avait chanté comme Céline et Garou, ça n'aurait pas marché. »

À VOIR

Dear Criminals

Vendredi 4 septembre à 20h30

La Petite Boîte noire

58, Meadow

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