Jean-François Benoit : une fois, ça ne compte pas

Entre science-fiction, polar et réalisme, Jean-François Benoit poursuit... (IMACOM, JESSICA GARNEAU)

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Entre science-fiction, polar et réalisme, Jean-François Benoit poursuit avec Le dernier jour de l'Amérique le voyage dans le temps qu'il entamait l'an dernier dans Le dernier jour d'Adolf.

IMACOM, JESSICA GARNEAU

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L'agent spécial Julian Patrick a peut-être été abandonné par son patron, Jean-François Benoit, lui, ne le laissera pas tomber. Rencontre avec l'écrivain, qui poursuit son voyage dans le temps grâce à un deuxième roman, Le dernier jour de l'Amérique.

Plus les minutes passent, moins il apparaît probable que la discussion prenne bientôt l'allure d'une véritable entrevue. Jean-François Benoit semble de loin préférer raconter des anecdotes de voyages, se rappeler des lectures marquantes et parsemer ses phrases de citations d'écrivains, non pas comme s'il cherchait à faire rejaillir sur lui leur lumière, mais plutôt comme pour humblement relativiser l'importance de la place qu'il occupe dans l'écosystème littéraire. C'est l'évidence : l'homme de radio, même s'il devenait auteur en 2014 avec Le dernier jour d'Adolf, demeure d'abord et avant tout un assoiffé de connaissances, un lecteur vorace, un éternel élève à l'école des grands romanciers.

L'ex-animateur, qui quittait son matinal micro rouge en novembre et occupe depuis la chaise de directeur des programmes chez Bell Media à Sherbrooke, est assis au fond du Café Deluxe, restaurant figé dans le temps des Promenades King. Le genre d'endroit où l'on vous sert votre commande en vous appelant par votre petit nom et où l'on s'inquiète de votre santé lorsque vous ne terminez pas votre assiette.

Élégamment décontracté dans un veston bleu sur t-shirt gris, Benoit détonne drôlement dans le kitsch suranné de ce lieu couvert de tapisseries, mais, lui, s'y sent parfaitement à l'aise lorsqu'il vient y enfourner une poutine en observant les habitués. Intellectuel ayant toute sa carrière oeuvré sur les ondes de stations de radio populaires, le souriant communicateur n'aime rien de plus que les forts contrastes. Les cases étanches? Pas pour lui!

Il cite en exemple Stanley Kubrick. « On cherche à catégoriser les écrivains, mais les réalisateurs, eux, peuvent se permettre de faire des films complètement différents, sans qu'on leur reproche. On s'entend que Full Metal Jacket, 2001, l'Odyssée de l'espace et Barry Lyndon, ce n'est pas le même film. »

C'est ainsi, en voulant réconcilier ce qui en apparence s'oppose, qu'il se mesurait à l'écriture de son premier roman, Le dernier jour d'Adolf. Et c'est toujours ainsi qu'il envisage sa suite, Le dernier jour de l'Amérique.

« Ces jours-ci, elle dévorait les romans d'Agatha Christie. [...] Elle s'était aussi plongée dans la lecture des oeuvres du romancier américain Russell Banks », écrit-il, au sujet des livres qu'aime son personnage Zarah. Et si Jean-François Benoit venait subtilement de nous fournir les termes de l'équation derrière le genre de fiction qu'il préconise, rencontre entre de la science-fiction (le voyage dans le temps), des intrigues de polar et d'importants chapitres au style réaliste très « american novel »?

« Je l'avais dit à mon éditeur, que même s'il y a un élément de science-fiction, je voulais que mes romans soient ancrés dans le réel, que ça ait l'air vrai », explique celui qui signe chaque semaine une chronique dans La Nouvelle. « Il y a une partie de moi qui aime Isaac Asimov et Arthur C. Clarke, qui aime les livres avec des femmes à trois têtes et des vaisseaux qui volent au-dessus de Mars, mais ce n'est pas ce que je préfère écrire. »

Impossible pureté

Jean-François Benoit prend vraisemblablement beaucoup de plaisir à se prévaloir de sa prémisse - l'agent spécial Julian Patrick voyage dans le temps pour le compte d'une organisation aux intentions plus ou moins nobles - comme d'une poupée russe à l'intérieur de laquelle insérer plusieurs courts tableaux, sortes de petits romans historiques à l'intérieur de son grand roman.

Manipulé par son patron, qui l'avait dépêché dans l'Allemagne des années 30 pour tuer le Führer avant qu'il ne commette l'horreur que l'on sait, Julian Patrick écume désormais l'espace-temps afin de voler de grandes oeuvres du patrimoine mondial et les ramener dans le présent. Pris dans le San Francisco de la Beat Generation en début de roman, il subtilisera des manuscrits à un Jack Kerouac complètement torché et errera au Vesuvio Cafe, avant de se rendre à Montréal, à la rencontre de ses parents.

Une femme, Eva, tentera bientôt de le rescaper des griffes du machiavélique Goldstein, qui se révèle toujours dans Le dernier jour de l'Amérique comme un homme aux motivations complexes

et souvent contradictoires, à l'instar de tous les personnages de Benoit, pétris de désirs qui s'entrechoquent.

« La nuance est très importante pour moi, je n'aime pas les portraits manichéens. Tous mes personnages ont des valeurs à géométrie variable, une moralité douteuse. On revient au réalisme. J'entendais David Cronenberg récemment en entrevue qui disait : "It is hard to find a pure soul. Even pure evil is rare." »

De retour avec un deuxième roman en deux ans, Jean-François Benoit se détache de la masse de personnalités médiatiques qui font paraître un roman comme on coche un item sur une liste de fantasmes à égoïstement assouvir. « "Einmal ist keinmal", une fois, ça ne compte pas, c'est ça la phrase de Kundera dans L'insoutenable légèreté de l'être? Si tu veux montrer que t'es capable, faut que tu le fasses au moins deux fois. Des livres, je n'ai pas fini d'en écrire. »

À RETENIR

Lancement du Dernier jour de l'Amérique

Jeudi 3 septembre à 17 h

DT Bistro (4880, boul. Bourque)

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