Les BB: c'est gros, c'est too much

Patrick Bourgeois, sur la scène des Francofolies en... (Archives, La Presse)

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Patrick Bourgeois, sur la scène des Francofolies en juin dernier. Les BB y célébraient leur 25e anniversaire.

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En prévision du passage des BB à Sherbrooke afin de célébrer le premier anniversaire de La P'tite Grenouille, Patrick Bourgeois révèle certains secrets au sujet de l'écriture des plus grands succès de l'iconique trio des années 90.

Un tout petit mois et demi. C'est tout ce dont a eu besoin Patrick Bourgeois pour écrire les irrésistibles refrains qui transformeraient trois jeunes inconnus à l'héroïque chevelure en objets de désir de toute une génération. Fais attention? T'es dans la lune? Parfum du passé? Tous écrits, oui, en un petit mois et demi de grâce et de communication particulièrement fluide avec les muses de la mélodie velcro.

« Je pense que j'étais dû, explique le leader des BB. J'avais 24 ans et je me suis dit : ''Là, je vais pondre des hits''. On avait un chalet à Saint-Calixte et je suis parti m'enfermer là-bas tout seul avec le clavier que ma blonde venait de m'acheter. C'était un D -50, la nouvelle bébelle du moment. Les sons étaient écoeurants là-dessus et ce sont ces sons-là qui ont influencé les tounes. Le son de Parfum du passé, ça s'appelait ''Future Pad''. »

Il était dû, le Patrick, parce qu'il avait beaucoup galéré. À 17 ans, celui qui tenait alors la basse enregistre un premier 45 tours en compagnie de son groupe punk-new wave The Wipers. Le critique musical Claude Rajotte occupe la chaise de directeur artistique. Les deux chansons très british du quintette ont d'ailleurs été rééditées l'an dernier par la microétiquette de Québec Meanbean Records.

À 22 ans, Bourgeois part rejoindre son ami Germain Gauthier (compositeur de Diane Dufresne et de Martine St-Clair, entre autres) à Paris, ne le retrouve jamais, puis tombe sur la femme de Jacques Higelin, qui l'invite à vivre avec eux. « Un soir, en jammant avec Jacques, on a écrit une toune qui s'appelait Hooligan. C'est plus tard devenu le riff de Loulou. »

Le temps d'un spectacle dans une marina de Repentigny, le trio qu'il forme avec Alain Lapointe et François Jean s'appellera Les Requins Marteaux, puis sera rebaptisé Les Beaux Blonds par Marc Drouin dans la bédéesque comédie musicale Vis ta vinaigrette.

La valse des retours

« On a enregistré ça dans un sous-sol sur la rue Saint-André à Montréal pour 8000 $ », se rappelle Patrick Bourgeois au sujet du premier album des voyous aux coeurs doux, fulgurante locomotive de la BBmania. « Le premier coûte toujours à peu près 8000 $ et, habituellement, c'est celui qui vend le plus. C'est quand tu t'enfles la tête et que tu mets 200 000 $ sur un projet que ça foire. »

La tête enflée, Patrick Bourgeois dit s'en être préservé grâce à sa fille, née quelques jours avant le premier spectacle à Montréal des BB. « Ça m'a groundé. Tu y penses deux fois avant de faire des niaiseries, mettons. »

La lassitude du chanteur et des tensions internes auront raison du groupe en 1996, jusqu'à ce que débute huit ans plus tard l'inéluctable valse des retours. En 2004, l'album Bonheur facile, et son folk-rock correspondant assez peu au son traditionnel des BB, passe presque inaperçu. Il faudra que les Francofolies invitent le trio en 2008 que pour la machine à nostalgie se mette véritablement en marche.

« Je n'étais pas certain que ça me tentait, mais on a fait le show, et ça a marché en fou. Après ça, je voulais qu'on ferme les livres. C'était le moment parfait de quitter au sommet, sauf qu'on se faisait appeler par plein de salles. Ça ne me tentait pas tellement de m'y remettre, mais j'ai accepté de faire quelques shows, puis en 2010, la demande s'est estompée, alors les gars m'ont dit : ''Pat, fais-nous un disque! ''. J'ai créé Univers avec Fred Saint-Gelais [principal collaborateur de Marie-Mai] en 2011. »

Une chanson pour David Suzuki (presque)

En février dernier, un album de duos soulignant les 25 ans du groupe revigorait de nouveau la passion d'un public toujours enivré par les parfums du passé qu'exhalent ces hits qui font sourire, et qui en ont aidé certains à demander pardon à leur douce. « Quand des gros tough viennent me voir après les shows, j'ai peur qu'ils veuillent me péter la gueule, mais c'est toujours pour me dire que Donne-moi ma chance a sauvé leur couple. »

Conclusion : Patrick Bourgeois ne pourra jamais échapper aux BB, ni à leurs vieux succès, qui, comme de raison, triomphent des nouvelles chansons en spectacle. Ça te rend amer? « Je suis très à l'aise avec ça. Les meilleures tounes de la plupart des artistes se trouvent sur leurs premiers albums. C'est de l'art naïf au début. Et puis les BB, maintenant, c'est un comme un mouvement, c'est plus fort que les individus. » 

Les BB, plus forts que les individus, au point où le batteur François Jean ne fait pas partie de l'alignement actuel de la formation, pour des raisons que Bourgeois préfère ne pas commenter.

Dis Patrick, pendant qu'on t'a au bout du fil, aurais-tu la gentillesse de jeter ta lumière sur le sens un brin opaque des paroles de Seul au combat, que nous tentons de déchiffrer depuis des lunes? « C'est directement inspiré de tout ce qui allait mal sur la planète au plan environnemental. »

Le chevalier solitaire du refrain, ce serait donc une sorte de David Suzuki? « Oui, c'est un personnage qui veut sauver la planète de tout ce qui pollue. ''Moi qui suis l'amant de l'univers'', c'est ludique comme texte, c'est gros, c'est too much, mais ça a toujours été ça, les BB. »

À retenir

Les BB

Vendredi 14 août, 21h

La P'tite Grenouille

(154, Wellington Sud)

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