20 ans après le Birdhouse

Sébastien Philibert et Ugo Desgreniers, ex-membres de l'influent... (IMACOM, JESSICA GARNEAU)

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Sébastien Philibert et Ugo Desgreniers, ex-membres de l'influent groupe de Rock Forest, One Eyed God Prophecy.

IMACOM, JESSICA GARNEAU

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Dans le cabanon du père d'un de ses membres, One Eyed God Prophecy fomentait il y a vingt ans la déflagration que provoquerait son premier et unique album. Les guitaristes du groupe culte, Ugo Desgreniers et Sébastien Philibert, racontent comment un « band de quartier » a fait trembler la planète punk.

La rumeur veut que lorsque le mythique collectif post-rock montréalais Godspeed You! Black Emperor est monté sur la scène du Théâtre Granada en novembre dernier, un des ses membres ait lancé au micro être honoré de jouer dans la ville de One Eyed God Prophecy. One Eyed God quoi, dites-vous? One Eyed God Prophecy, parmi les groupes les plus influents à avoir émergé de Rock Forest, plus précisément du cabanon du père de son guitariste Ugo Desgreniers.

« On parle vraiment d'un cabanon là, pas d'un garage », insiste-t-il vingt ans plus tard. « On sortait les motoneiges et les outils et on jammait. Mes parents habitaient dans un quartier plutôt huppé, mais personne ne se plaignait. La maison d'Alex, le bassiste, était à deux rues de là, et quand il partait de chez lui, il savait si on avait commencé ou pas à jouer, tellement c'était fort. Tous les gars vivaient pas loin. C'était vraiment un band de quartier. »

Fervent animateur de la scène underground de l'époque, Desgreniers avait hérité de son frère Benoit, parti vivre à Montréal, son carnet de contacts et une mission idoine : continuer d'organiser comme son aîné l'avait fait pendant plusieurs années des concerts de punk.

À court d'endroits prêts à recevoir une bande de suintants ados et de tonitruants musiciens, le jeune promoteur transforme le cabanon de son paternel en authentique salle, surnommé le Birdhouse, capable d'accueillir quelque 70 personnes presque littéralement empilées les uns sur les autres. C'est là que One Eyed God Prophecy, alors sans nom, présentera en 1995 son premier spectacle.

« Sherbrooke était souvent la première ville où les groupes américains venaient après avoir passé les douanes, avant d'aller à Québec et à Montréal. Un soir, la tête d'affiche, Weston, était bloquée à la frontière et le premier band était déjà passé. Comme on avait deux ou trois tounes de prêtes, tu nous as dit : "Faut jouer." Je capotais ben raide », rappelle à Desgreniers son compatriote guitariste Sébastien Philibert, qui avait alors 17 ans. « C'était rempli de monde partout, même au deuxième étage, là où ton père mettait son bois. »

La tête dans le bass drum

C'est aussi au Birdhouse que Yannick Lorrain, de l'étiquette The Great American Steak Religion, propose à Desgreniers et Philibert, ainsi qu'au chanteur Dominic Poulin, au bassiste Alex Bibeau et au batteur Jean-Pierre Dionne, d'enregistrer ce qui demeurera leur unique album paru en 1996, désormais un item de collection.

Violents mitraillages hardcore interrompus par d'incisifs riffs métal, cris d'apocalypse, longs passages atmosphériques et monologues empruntés à la traduction française du film 1984 se liguent sur cette déflagration d'à peine plus d'une demi-heure. L'influence de ces sept titres marquera au fer rouge la suite du mouvement emo et metalcore.

« Quand Dominic a commencé à chanter, c'était vraiment juste parce que je le gossais depuis des mois », raconte Philibert. « C'est pour ça que sur presque toutes les photos du groupe, tu le vois en petit bonhomme, la tête accotée dans le bass drum, poursuit Desgreniers. Ce n'était pas pour avoir l'air cool. C'est juste parce qu'il était extrêmement gêné. Nous, on jouait face au batteur, parce que c'était un animal brutal à qui il fallait faire des signes quand on passait d'une partie à l'autre d'une chanson. C'est devenu notre marque de commerce. »

Desgreniers organise bientôt une tournée américaine à partir du téléphone familial, époque oblige, « en demandant au gars à qui je parlais le contact pour la ville suivante ». OEGP reçoit en Californie les 100 premières copies de son vinyle. Le groupe croit pouvoir tenir jusqu'à la fin de la tournée; tout s'envolera le soir même. Mais après avoir passé huit semaines à rouler dans sa vannette GMC orange et à jouer dans des salons de bungalows comme dans des salles de mille places (et dans une bibliothèque à Los Angeles, tel qu'on peut le voir sur YouTube), le groupe rentre à Rock Fo lourd de plusieurs tensions.

« Les répétitions ne pouvaient pas se terminer sans qu'Ugo lance sa guitare sur le mur et que JP se lève et quitte en passant littéralement à travers son drum », raconte Philibert au sujet de ses collègues, qui se sont depuis réconciliés. Un des derniers concerts de OEGP aura lieu à peine deux ans après sa fondation, dans les studios de CFLX, pendant un marathon de 24 heures de programmation en direct.

« Il n'y a pas moyen que je fasse un show sans qu'on me parle de One Eyed God Prophecy », assure Philibert, aujourd'hui membre d'Alam al-Mithal, en laissant planer l'espoir d'un concert retour.

Que l'on sorte tout de suite les motoneiges du Birdhouse!

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