Conards à l'Orange et utiles conneries

Le groupe ska-punk sherbrookois Les Conards à l'Orange... (COURTOISIE, JEFF DEE)

Agrandir

Le groupe ska-punk sherbrookois Les Conards à l'Orange lance début septembre un troisième album, Bave de robot.

COURTOISIE, JEFF DEE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

Quel est le rapport entre Dostoïevski, Richard Desjardins et un « vendeux d'pot »? Ils se côtoient tous sur Bave de robot, le troisième album des Conards à l'Orange, à paraître début septembre. La Nouvelle en discute avec le chanteur François Custeau et présente en primeur sur son site web le premier extrait, L'Autobus.

La question est classique, mais dans ce cas-ci impossible à contourner : que signifie le titre de votre troisième album, Bave de robot, demande-t-on au leader des Conards à l'Orange, François Custeau?

« C'est une image de mon cru que je trouve ben drôle pis ben belle. Faire de la bave de robot, c'est parler pour rien dire. On aurait pu tenter de trouver un titre représentatif de toutes les chansons de l'album, un truc pseudo-profond dans le genre L'oubli de mes désirs, mais ça aurait été faire de la bave de robot. »

L'explication est typique des vétérans du ska-punk sherbrookois, qui ont toujours craint plus que tout de passer pour moralisateurs, éventualité qu'ils ont systématiquement esquivée en faisant suivre leurs refrains les plus sérieux d'une décrispante dose de blagues absurdo-puériles et de jeux de mots.

Et pourtant, même si Les Conards ne se sont pas tout à fait métamorphosés en Vulgaires Machins, Bave de robot est certainement leur album le plus volontairement engagé, oscillant entre un ton franchement rageur (Comme du bétail) ou plus surréaliste (Le magasin des choses utiles, qui voit Custeau imaginer l'inimaginable, c'est-à-dire une boutique où l'on pourrait acheter des choses utiles comme des sourires).

Avec Devenir un bandit, le chanteur tire à boulets rouges contre la croyance de plus en plus répandue selon laquelle il suffit de mettre les efforts nécessaires pour réussir. « Pour moi, l'idée qu'on naît tous avec des chances égales, c'est un immense mensonge capitalisto-disneyen, explique-t-il. Quand tu vois des PDG de compagnie qui exploitent la planète devenir milliardaires pendant que toi qui n'as jamais fraudé personne, tu as de la misère à payer ton loyer, c'est difficile de ne pas virer fou. »

Le brûlot se double d'une charge à fond de train contre tous ceux qui s'élèvent au-dessus des autres grâce à des piédestaux d'hypocrisie et fustige cette société où celui qui n'est pas productif, le flâneur, ressemble de plus en plus à l'ennemi numéro un, voire un Malade mental, pour citer le titre d'une autre chanson.

« Ma vie, c'est trois activités : jouer de la musique, travailler pour avoir de l'argent et rien faire, confie Custeau. Rien faire, c'est mal vu, mais c'est un moment important, qui est nécessaire pour faire le plein et pour créer. »

On ne s'étonnera pas d'entendre le punk rockeur clamer sur Le vendeux d'pot que de négocier de l'herbe est le plus honnête métier du monde, ironique manière de rappeler que les bandits ne sont pas toujours ceux que l'on pense.

Cette palpable et nécessaire colère ne plombe pas complètement la capacité d'émerveillement des Conards et de Custeau qui, dans L'Autobus, chante son béguin pour une fille qui lit Dostoïevski en empruntant les transports en commun. Il s'agit du premier extrait de Bave de robot qui suit ce texte.

Quinzième souffle

Le journaliste derrière ces lignes fait l'erreur d'employer l'expression « deuxième souffle » pour décrire l'élan qu'a donné aux Conards à l'Orange l'arrivée dans leur parcours de Slam Disques. L'étiquette, une des plus importantes au Québec dans les rangs punk, propulse Bave de robot, alors que les deux précédents disques de la formation avaient été lancés en toute indépendance. Jérôme Boisvert, connu pour son travail avec Les Trois Accords, en signe la réalisation.

« C'est peut-être plus comme notre quinzième souffle », corrige François Custeau au sujet du groupe qu'il forme depuis le tournant des années 2000 avec Philippe Arbour (guitare), Jérémy Beaulieu (basse) et Félix-Antoine Simoneau (batterie). « Mais toutes les années, il se passe quelque chose d'assez réjouissant pour qu'on ait le goût de ne pas lâcher. »

Malgré les déveines, Frank se réconcilie de plus en plus avec l'idée d'une musique qui contribuerait à changer les choses sans forcément atteindre le sommet des palmarès, à l'instar de celle d'un Richard Desjardins. L'incorruptible Abitibien prête d'ailleurs son nom à un des pamphlets de Bave de robot.

La figure d'une autre belle tête de cochon surgit en fin de course, celle du père de François, l'auteur-compositeur Jean Custeau, parti trop vite il y a un an. Le fils évoque ce départ douloureux dans Le caca de mon passé, un titre d'une franchise qui, on peut l'imaginer, aurait fait sourire son paternel à la langue bien pendue.

« Le caca de mon passé, ce sont tous mes regrets. C'est un peu cliché; mais je me dis que j'aurais dû aller le voir plus souvent, mon père. Il a été sans compromis dans sa façon de faire de la musique et c'est sûr que ça me donne la force de continuer. Je pourrais travailler 40 heures semaine pour une compagnie, mais humblement, je pense que mes tounes, c'est ce que j'ai de plus beau à donner. »

À RETENIR

Lancement de Bave de robot

Jeudi 3 septembre, 20 heures

Théâtre Granada

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer