Simon I: comme Gilles de la Tourette

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Le premier album solo de Simon Proulx des Trois Accords pullule de ce genre d'images absurdes avec lesquelles son groupe a assis sa légende. Mais malgré tout, une impression persiste : et si le chanteur se révélait davantage derrière le masque de l'anglais?

« When your heart feels like a modern art sculpture », quand ton coeur se sent comme une sculpture d'art moderne. L'image est forte et poétique, un brin saugrenue, mais pas exactement taillée dans le même type d'absurdité suscitant l'hilarité grâce à laquelle Les Trois Accords frappent notre imaginaire depuis plus de dix ans. « When your heart feels like a modern art sculpture » : voilà une métaphore d'une véritable beauté, puissante parce qu'à la fois immédiatement compréhensible et totalement inédite.

« C'est une émotion sur laquelle on peut difficilement mettre d'autres mots. Tous les gens qui entendent ça comprennent que lorsque tu te sens comme une sculpture d'art moderne, c'est que ça ne va pas pantoute », observe le chanteur au sujet deDay Job (Modern Art Sculpture), une des plus réjouissantes réussites de son premier album solo, en anglais dans le texte, paru sous le royal pseudonyme Simon I.

Oui, Simon Proulx demeure dans la langue de Weezer ce pourvoyeur de textes surréalistico-potaches qu'il a toujours été dans celle de Paul et Paul. Écoutez-le, par exemple, adopter dans Face Cream le point de vue d'un garçon esseulé se couvrant le visage de lotion dans l'espoir de conjurer sa tristesse.

Mais malgré tout, une impression persiste, celle que sous la couronne de Simon I, le Drummondvillois donne à entendre un auteur moins prompt à se dérober sous les concepts et à camoufler sa vulnérabilité sous l'artifice d'une bonne blague. Rarement avait-il célébré l'amour avec aussi peu de faux-fuyants que sur Automatic. Le masque d'une autre langue t'a-t-il permis de te révéler davantage?

« Comme je ne suis pas mis de restrictions en écrivant les tounes en anglais, je me demandais si j'allais toujours avoir ce goût pour les images bizarres. J'ai constaté que c'est présent chez moi dans n'importe quelle langue. Sauf que j'ai procédé à un effort de simplification. Avec Les Trois Accords, je me rendais compte, surtout au début, que parfois personne ne comprenait ce dont on parlait. Lorsque quelqu'un nous demandait d'expliquer, ça pouvait devenir rapidement ridicule. J'ai voulu éviter ça. »

Violence embouteillée

Simon Proulx ne se rappelle plus si sa première chanson a été écrite en français ou en anglais. « Tout ce dont je me souviens, c'est que mon premier groupe, c'était moi et mon voisin d'en face, Stéphane. J'avais neuf ans. Il s'était fait une batterie avec des casseroles et moi, je jouais sur une guitare découpée dans un carton. »

Chose certaine : l'anglais a toujours résonné dans ses haut-parleurs. La langue des brûlots punk de son adolescence, ceux de Rancid, NOFX et Operation Ivy, se mêlerait éventuellement, par osmose, aux idées émergeant de son cerveau.

« Sauf que ça a toujours tellement été l'évidence que Les Trois Accords, c'était en français. C'était d'abord un projet pour faire rire nos amis, et nos amis parlaient français. Et puis c'est plus facile de créer quelque chose de singulier dans la langue que tu maîtrises le mieux. On traduisait même nos reprises. La première qu'on a faite, c'est une version de Bottled Violence de Minor Threat [groupe hardcore culte]. Ça s'appelait Violence embouteillée. »

Alors comment t'es-tu mis à l'anglais? « Le truc, c'est que lorsque je prends une guitare, je me transforme en enfant surexcité qui fait juste dire des choses automatiquement. » Un peu comme Claude Gauvreau? « Plus comme Gilles de La Tourette. Ce que je veux dire, c'est que parfois, ça vient en anglais sans que je sache trop pourquoi. »

En janvier dernier, Proulx entrait donc en studio pour habiller de guitares carillonnantes, très strokesiennes, les esquisses de refrains velcro accumulées au cours des cinq ou six dernières années. Seuls Gus van Go et Werner F, réalisateurs derrière les récents albums des Trois Accords, l'ont épaulé dans l'enregistrement de ce tonique disque solo, sur lequel le musicien au corps de jeune fille joue de tout.

La naissance de l'alter ego Simon I n'a cependant rien du ballon d'essai pour un éventuel départ de son groupe. Avec le succès critique et populaire de J'aime ta grand-mère, Les Trois Accords finissaient de confondre les sceptiques qui avaient marqué la formation d'une date de péremption dès qu'a retenti Hawaïenne. Une décennie plus tard, le feu de paille annoncé continue pourtant toujours de brûler.

« L'album solo, c'est un peu une soupape, pour mener à terme des idées sans devoir passer par le processus démocratique du groupe, qui est fertile, mais parfois lourd. Parce que pour vrai, il n'y a rien que je trouve plus cool que de jouer dans Les Trois Accords. Je me pince encore le matin. Je suis tellement content d'être dans ce band-là. »

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