QRBP: histoires de van

La caravane du Québec Redneck Bluegrass Project se... (Courtoisie Ma Ya Ya)

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La caravane du Québec Redneck Bluegrass Project se stationnera devant le Boquébière le 18 juillet.

Courtoisie Ma Ya Ya

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La fourgonnette dans laquelle devait tout l'été voyager le Québec Redneck Bluegrass Project est au repos forcé dans un garage de Magog. Mais il en faudra plus pour stopper la turbulente tribu.

Soulagement en entendant la voix de Dylan Perron à l'autre bout du fil. C'est que quelques jours avant notre conversation, le banjoïste du Québec Redneck Bluegrass Project était porté disparu sur la page Facebook du clan, après un spectacle au Plan B de Moncton que l'on devine bien arrosé. « Condor, si tu vois ce message, reviens-nous, tu nous manques! » pouvait-on lire (Condor étant le surnom de Perron).

Qu'est-ce qui s'est passé, Dylan? « Ah, hum, ouain... » de répondre laconiquement le fuyard. « Tout est rentré dans l'ordre. Je te passe Le Pad, OK? Il sort du resto là. »

« Perdre un gars, c'est pas mal un classique », apprendra-t-on plus tard de la bouche de Jean-Philippe Tremblay, alias Le Pad, porte-drapeau de la caravane du QRBP, celle-là même qui, selon la légende, laisse dans son sillage à chacun de ses arrêts un joyeux chaos de bouteilles vides et de spectateurs ivres. Question de faire bonne mesure, les sympathiques méchants moineaux pourraient aussi laisser derrière eux cet été une fourgonnette GM Savana 1995 à la transmission récalcitrante.

Mais d'abord, un peu d'histoire. « La Meute, c'était une 1989. Elle commençait à être vieille, faque on en a achetée une nouvelle», explique le chanteur au sujet de l'ancien véhicule du groupe, ainsi baptisé parce qu'il était constellé de « stickeurs de loup » (entendez-vous l'accent du Lac-Saint-Jean?).

« Faque cette année, on s'est acheté une 95! On avait fait faire des checkups avec des garagistes qu'on connaît et ils nous avaient dit : ''Vous pouvez faire le tour du Québec trois, quatre fois avec ça, il n'y aura pas de problème.'' Première affaire qu'on sait, la transmission lâche sur la 20. Il a fallu se rendre à notre show à Magog en remorque. On a été chanceux, il y a une fille qu'on ne connaissait pas pantoute qui nous a passé sa van pour se rendre à notre show à Tadoussac. Il y a un gars qui lui a ramenée à Magog, pis là on a trouvé une autre van pour faire le tour de la Gaspésie pis du Nouveau-Brunswick », raconte Tremblay, plus amusé qu'exaspéré, depuis Saint-John. « Voyons, lâchez-moé ostie! »

Ça va JP? « Les gars m'achalent pour que je monte dans la van, faut qu'on parte. Donne-moé deux secondes, OK? » OK.

Du hardcore acoustique

L'histoire a désormais été élevée au rang de mythe : en 2007, des musiciens québécois se retrouvent, instruments en main, à Kunming en Chine. Certains y sont d'abord et avant tout pour les études, d'autres simplement pour l'agrément. Le nom forcément ironique dont ils se draperont, Québec Redneck Bluegrass Project, emprunte sa causticité au punk de leur adolescence. Leur musique emprunte quant à elle au punk son âpreté, cette manière impétueuse de foncer à bride abattue dans un refrain. Même avec un accordéon, un harmonica et une mandoline, nos marginaux internationaux demeurent des disciples des Dead Kennedys et de Crass.

« Il y a une suite logique entre le punk et le bluegrass. Les deux, c'est dans le prélart », explique Le Pad (qui doit son suave surnom à sa coupe Longueuil). « Je fais du hardcore acoustique, du death metal pas d'pédale, du rock dans l'fond pas de distorsion », explique-t-il sur Je r'lève de brosse, résumant par le fait même son modus operandi.

Ses textes, d'une verdeur qui ferait rougir Plume et Bernard Adamus, tiennent la chronique d'un quotidien où le lever du soleil n'annonce rien d'autre qu'un interlude en attendant le début du prochain party (et encore). Chu ben plus cool su'a brosse, assurait en 2010 JP avec son implacable sens de la formule sur le premier album du QRBP, Sweet Mama Yeah! Cette fraternelle ode à l'ivresse demeure encore à ce jour quelque chose comme une déclaration d'intention, sauvage manifeste d'une tribu d'irréfrénables drop-outs.

« Je nous vois mal faire un show sans boire. Disons qu'on aime ben ça prendre un petit verre, même si on n'a plus 30 ans », explique le leader au sujet de ses rimes, qui semblent toujours tiraillées entre l'appel de son corps à s'assagir et un tyrannique désir de s'enfoncer plus profondément dans l'excès. Que l'yabe me suce, lançait-il néanmoins l'an dernier sur le troisième album de la formation à géométrie variable, Scandales et bonne humeur, narguant la Faucheuse avec l'arrogance de celui qu'un torrent de pastis, de bière et de whisky n'a pas encore réussi à noyer.

S'ils survivent à la quarantaine de spectacles inscrits à l'itinéraire de leur désormais traditionnelle tournée estivale, certains membres du QRBP rentreront cet automne en Chine. Quant à Le Pad, il ralliera son quartier général de Saint-Ambroise, dans la nature saguenéenne. Entre-temps, le groupe se sera arrêté au Boquébière, là où depuis quelques années, des centaines de fans assoiffés hurlent leurs refrains, L'coeur su'a main, l'foie dans l'autre (un autre de leurs truculents hymnes à la boisson).

Et la van dans tout ça? « Va falloir trouver le moyen de la tower jusqu'à Alma. »

Québec Redneck Bluegrass Project

Samedi 18 juillet à 21 heures

Boéquébière

(50, Wellington Nord)

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