Zebda: «Allez, on est vivants!»

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Le groupe toulousain Zebda montera sur la Grande scène extérieure du Sherblues & Folk, le mercredi 8 juillet à 20h.

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Les pas sont petits, mais néanmoins réels, assure Zebda. Le légendaire groupe toulousain, qui depuis 30 ans combat l'exclusion avec l'arme du groove, tombe la chemise pendant le Sherblues & Folk.

Pour une oreille distraite, il ne pourrait s'agir que d'un pétillant hymne au déhanchement et à la fête. « Des petits pas de danse, des petits pas de danse funky », scande Zebda dans le refrain du premier extrait de Comme des Cherokees, son sixième album paru en 2014.

Mais à bien y entendre, ce n'est pas strictement la danse que célèbre ce groove porté par une guitare que n'aurait pas reniée Nile Rodgers de Chic. Ce sont les petits pas que franchit doucement, tranquillement, mais sûrement, l'humanité que chante le mythique groupe toulousain. La métaphore derrière Les petit pas ne pourrait mieux décrire le modus operandi de la belle bande de potes qui s'active à montrer que se remuer les fesses et rêver un monde moins con ne sont pas des activités mutuellement exclusives.

« Il y a un proverbe arabe qui dit : le chemin n'existe que par les pas que nous faisons. Notre chemin à nous est fait de petits pas depuis qu'on a eu la chance d'accéder à cet outil extraordinaire qu'est la musique », raconte au bout du fil le chanteur Mustapha Amokrane, alias Mouss. « On a pu dessiner notre avenir, même si nous étions des enfants d'ouvriers issus de l'immigration algérienne. Cette chanson est là pour dire que même lorsqu'on a rien, on a aussi, au moins, son corps pour agir. »

En 1995, Zebda subvertissant sur Le bruit et l'odeur une déclaration raciste du président Jacques Chirac, qui avait ainsi désigné, en employant ces deux vilains mots, les désagréments supposément engendrés par la présence d'une certaine immigration en France. L'album, à la fois empreint de colère et d'un désir de colmater les brèches fissurant le tissu social, annonçait les crispations identitaires culminant aujourd'hui à la fois dans la montée de l'intégrisme religieux et dans celle de l'extrême droite. Difficile de ne pas avoir froid dans le dos en le réécoutant à l'aune des attentats de Charlie Hebdo ou de ceux d'Isère (qui ont eu lieu après notre conversation avec Mouss).

« Si on avait enregistré un album sur les propos racistes d'hommes politiques importants pendant que Sarkozy était au pouvoir, on aurait fait un double, blague le chanteur. Le progrès de l'intégrisme chez les jeunes des banlieues, c'est le résultat de toutes ces fois où la République a fait défaut en termes d'inclusion, de logement et d'emploi. Le bruit et l'odeur, c'était le début de ça. On y a forcément repensé lors des attentats de Charlie Hebdo. Nous avons été horrifiés, bien sûr, et on est à 200 % derrière la liberté d'expression, sauf qu'il faut réaliser qu'on n'est pas tous égaux face à la liberté d'expression. Ce n'est pas tout le monde en France qui a les mêmes moyens, les mêmes possibilités de s'exprimer. Suffit de regarder la composition de l'Assemblée nationale pour le constater. »

Tomber la chemise, plutôt que dans le cynisme

Lors des dernières présidentielles, Zebda appuyait François Hollande, se rangeant pragmatiquement derrière le candidat le plus à gauche. À l'espoir de lendemains qui chantent succéderait rapidement le désenchantement et, trois ans après son accession au pouvoir, le président peine à accomplir ce pour quoi il s'est fait élire.

« On n'a jamais entretenu d'illusions sur de ce que devient le Parti socialiste lorsqu'il prend le pouvoir. Sa nature est libérale, le parti ne représente pas la gauche qu'il devrait représenter. Il faut le dire, parce que la désillusion des gens peut être dramatique. Ce système qui promet beaucoup, mais qui ne livre jamais ce qu'il promet, a la responsabilité de la montée du Front national. Voter devient pour bien des gens une façon de gueuler. »

Que faire pour conjurer le désengagement? Applaudissons, dit Mouss, l'émergence d'une nouvelle classe de dirigeants, « pas des professionnels de la politique », se manifestant par exemple en Espagne dans l'ascension du Parti Podemos. Et continuons de danser, de tomber la chemise quand la joyeuse occasion se présente, comme le prescrivait le groupe avec son tube de 1998.

« C'est beaucoup mieux que de tomber dans le cynisme! insiste-t-il. On a la chance de vivre dans un pays qui nous apporte un confort, on le réalise en pensant à tous ces migrants qui essaient de traverser la Méditerranée au péril de leur vie. La réalité, c'est que les choses sont ultra complexes et que nos chansons ne sont pas des discours, nos concerts ne sont pas des meetings. Nous cherchons simplement sur scène à atteindre une harmonie momentanée durant laquelle il peut se passer quelque chose qui fait du bien à l'âme et au coeur. Ce qu'on dit, c'est : ''Allez, on est vivants! ''.

À retenir

Zebda

Mercredi 8 juillet, à 20h

Sur la Grande scène extérieure du Sherblues & Folk

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