Rien n'a résisté à Andy Warhol

Paul Maréchal a élaboré l'exposition Andy Warhol, graphiste... (Photo archives, La Tribune)

Agrandir

Paul Maréchal a élaboré l'exposition Andy Warhol, graphiste à partir de sa propre collection.

Photo archives, La Tribune

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Créer, c'est créer, peu importe le médium, rappelle l'exposition Andy Warhol, graphiste, présentée tout l'été au Musée des beaux-arts de Sherbrooke.

Surprise en passant la porte de la grande salle, au premier étage du Musée des beaux-arts de Sherbrooke. Les documents annonçant la présentation de l'exposition Andy Warhol, graphiste promettaient de révéler une face méconnue de l'homme et de son oeuvre. Le Andy que l'on retrouve ressemble pourtant drôlement au Andy avec lequel nous sommes familiers.

C'est que Warhol était déjà, dans ses illustrations de magazines qui occupent une bonne partie de l'exposition, l'artiste influent que la planète reconnaîtrait comme tel une quinzaine d'années plus tard grâce à ses boîtes de soupe Campbell et à ses Marilyn. Ses oeuvres de commande pour Vogue et autres Harper's Bazaar flamboyaient déjà comme des oeuvres à part entière, dans lesquelles se signale sa patte. Il préfigurait en ce sens la très contemporaine figure de l'artiste ne concevant pas de frontière entre les médiums qu'il emploie.

« C'est son plus grand héritage », observe Paul Maréchal, qui a assemblé l'exposition à partir de sa propre collection. « Il a montré la voie aux artistes en disant : ''Si vous pensez que vous pouvez vous exprimer avec un photocopieur et des photos Polaroid, ou en faisant de la publicité, allez-y. Le médium n'est pas un empêcheur à la création.'' »

Andy Warhol arrive à New York depuis son Pittsburgh natal à la fin des années 40, un diplôme des beaux-arts sous le bras. Il multiplie dès lors les contrats pour le florissant milieu des magazines. Son style est à la fois polyvalent et racé. « Il varie tellement les techniques que, sur cinq contrats réalisés au cours du même mois, on jurerait avoir affaire à cinq artistes différents. La variété de ses sujets est demeurée phénoménale tout au long de sa carrière. Il a fait des séries sur le Vésuve, sur les pierres précieuses, sur les animaux en voie de disparition. Je vois ça comme le signe d'une grande créativité. Rien ne lui résistait. »

L'illustration déclinant au début des années 60 face à la montée du photojournalisme, Warhol doit se réinventer. Il fonde en 1964 son atelier, la Factory, qui deviendra le carrefour des esprits les plus novateurs de leur époque, une vraie ruche où butineront des centaines d'employés. C'est à ce moment-là qu'il se transforme en artiste véritable?

« Les gens disent : ''Avant, il était illustrateur commercial et après il est devenu artiste'', et ce n'est pas exactement vrai, nuance M. Maréchal. Pour comprendre cette transition, il faut observer la période charnière de 1962-1963. Warhol prend à ce moment-là des étiquettes de soupe Campbell, donc de l'art graphique, pour en faire un tableau. Il prend ce qui est en quelque sorte de la publicité, et l'érige au rang d'art, et il continue, en parallèle, de faire de la publicité. Il faut voir son affiche pour Absolut Vodka, par exemple. On ne peut pas dire que ce n'est pas une vraie oeuvre. »

Warhol superstar

Le pape du Pop Art ne cessera donc jamais de remplir des commandes commerciales, par crainte de manquer d'argent - une de ses trois plus grandes peurs -, mais aussi parce qu'il n'y avait pas à ses yeux d'ignoble manière d'inoculer de l'art dans l'espace public. Il offrira au rock certaines de ses pochettes les plus iconiques : la banane jaune du cultissime Velvet Underground and Nico et la très suggestive fermeture éclair du Sticky Fingers des Stones, toutes deux bien mises en évidence au MBAS.

« C'est le plus grand défi pour un artiste d'illustrer une pochette de disque, de prendre l'oeuvre d'un autre et de lui rendre justice. Il faut livrer une interprétation artistique sans l'imposer, suggérer, sans montrer trop directement, notre vision de la musique. Des pochettes à l'approche conceptuelle, où le visuel n'a rien à voir avec le contenu, comme la banane, vous pouvez vous permettre ça seulement quand vous êtes une star. »

Ce statut de vedette servira Warhol, mais lui méritera aussi les quolibets de ceux pour qui un artiste doit éviter la lumière des projecteurs. Lui adorait respirer l'air raréfié du star system, frayer avec Jagger, Bowie et Elizabeth Taylor. Ses portraits de célébrités aux allures de portraits de cour, qui peuvent aujourd'hui passer pour frivoles, tenaient de la subversion à une époque où on ne commençait qu'à déifier acteurs et musiciens.

« Warhol a vu venir cette fascination, l'a pressentie. Il était lui-même très célèbre et il ne s'en rendait pas compte. Mais il comprenait les mécanismes de la célébrité. Il disait que lorsque vous êtes une vedette, vous devez toujours faire parler de vous, que la star n'existe pas s'il n'y a pas de produit à vendre. » Il serait sans doute satisfait de savoir que des milliers de gens débourseront 10 $ cet été pour admirer son travail.

À retenir

Andy Warhol, graphiste

Jusqu'au 27 septembre

Musée des beaux-arts de Sherbrooke

241, rue Dufferin

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer