Anthony Lacroix: osez l'Est

Le poète Anthony Lacroix présente vendredi Le quartier... (Photo Imacom, René Marquis)

Agrandir

Le poète Anthony Lacroix présente vendredi Le quartier de ton corps, point culminant de sa résidence à la Salle du Parvis.

Photo Imacom, René Marquis

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Il y a une poésie dans l'est de Sherbrooke qui ne demande qu'à ce qu'on la révèle, insiste Anthony Lacroix. Le meneur de claque de la scène littéraire conclut sa résidence à la Salle du Parvis en parcourant Le quartier de ton corps.

Anthony Lacroix «aime ça rough», c'est lui qui le dit. Il «aime ça rough» en poésie, s'entend. «Si je n'avais pas lu Patrice Desbiens ou Jean-Sébastien Larouche, explique-t-il, je n'aurais jamais su qu'on pouvait être irrévérencieux ou qu'on pouvait sacrer dans un poème. Je n'aurais jamais su que n'importe quoi est digne de devenir de la poésie.» N'importe quoi est digne de devenir de la poésie, même l'est de Sherbrooke qui, la dernière fois que nous y avions mis les pieds, n'était pourtant pas exactement le plus élégant quartier en ville.

Tout ça commence, comme c'est souvent le cas avec les bonnes idées, par une blague lancée en l'air. Au fil d'une conversation Facebook qui dégénérait doucement, Richard Vachon, directeur du Parvis, propose à Anthony Lacroix de devenir le premier poète en résidence de la salle de la rue Conseil. Parce qu'il aime et habite déjà le quartier, l'auteur accepte d'emblée, mais pour diverses raisons, devra renoncer à son projet d'habiter littéralement dans l'alcôve de l'ancienne église.

L'ambition de puiser dans l'histoire de l'Est la matière première d'une série de textes subsistera néanmoins. La présentation du Quartier de ton corps conclut vendredi cette résidence qui n'aura finalement été que virtuelle, Lacroix ayant au cours des derniers mois alimenté un blogue sur le site du Parvis, sorte de carnet de création du spectacle multidisciplinaire mettant aussi en vedette la dessinatrice Paula Cloutier, la danseuse Roxanne Rouillard et la bodypainteuse  Valerie Whissell.

«Quand on voit des vieilles photos de Sherbrooke, on voit beaucoup le centre-ville, mais assez peu l'Est, la rue Conseil, sa cathédrale», observe-t-il au sujet de l'aspect social et historique de son projet. «Il y a aussi que l'Est, c'est l'histoire de ma famille, de mon père qui y a grandi, de mon grand-père qui y a été pompier, de ma grand-mère qui a été secrétaire à l'Hôtel-Dieu et qui a conservé des vieilles photos d'époque. Elle m'a raconté plein de choses que je ne savais pas.»

Comme quoi? «Elle m'a parlé de la rue des tuyaux par exemple. C'est comme ça qu'on appelait la rue de L'Assomption, parce que les tuyaux de chauffage sortaient des maisons. C'était très pauvre et ma grand-mère, lorsqu'elle prenait l'autobus, descendait quelques pâtés de maisons plus loin, pour ne pas qu'on sache qu'elle vivait là.»

La poésie, une communauté

Vous avez assisté à un spectacle de poésie, à un micro ouvert, à une soirée de slam au cours des dernières années? Vous avez - c'est 100 % sûr - déjà respiré le même air qu'Anthony Lacroix. Fondateur des Éditions Fond'tonne, fougueux performeur et enthousiaste meneur de claque de la scène littéraire, ce pur produit de la scène Slam du Tremplin est de tous les combats, de toutes les fêtes.

«J'ai toujours beaucoup lu, mais avant d'assister par hasard à ma première soirée de slam, j'haïssais ça écrire. J'étais en secondaire 4», se rappelle-t-il, avant d'évoquer ceux qu'on pourrait qualifier de Saint-Trinité de la poésie orale locale.

«Ça m'a flabergasté de comprendre en écoutant Sophie Jeukens qu'on pouvait raconter une histoire et creuser dans sa vie personnelle, en faisant des poèmes. Ça m'a flabergasté de comprendre grâce à David Goudreault qu'on n'avait pas forcément à taire ses préoccupations sociales. Et il y avait l'énergie de Frank Poule, qui ne correspondait pas à l'idée que je me faisais du poète.»

La poésie est depuis à la fois son carburant, sa bataille et l'heureux prétexte qu'il brandit pour aller à la rencontre de l'autre. Ne vous étonnez pas, si vous achetez un recueil sur le site internet de Fond'tonne, que l'éditeur Lacroix vous propose de vous le livrer lui-même, en main propre.

«Pour moi, la poésie, c'est l'occasion de créer une communauté. Quand je reçois une commande de Rimouski et que je sais que je passe par là bientôt, c'est sûr que je veux aller prendre un café ou une bière avec le lecteur. Je finis toujours par repartir de ces discussions-là en ayant découvert des choses sur la littérature, sur la vie, sur l'humain.»

On aura compris que Lacroix connaît son Miron et que sa posture a quelque chose de celle de l'auteur de L'homme rapaillé, pour qui la poésie devait s'inscrire dans le quotidien, s'insinuer dans tous les foyers. À l'hermétisme prévalant toujours au sein de certains cercles, le Sherbrookois oppose un total désir d'ouverture. «L'autre fois, après le lancement du recueil du Nicholas Giguère, mon père, qui n'a pas lu plus que dix livres dans sa vie, m'a dit : ''Faut que tu m'en réserves une copie.'' Il n'y a rien qui me fait plus plaisir que ça.»

À retenir

Le quartier de ton corps

Vendredi 26 juin, à 20h

Salle du Parvis

987, rue du Conseil

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer