Virer la cabane à l'envers

Raphaël Zweidler (à l'avant), Cynthia Trodechaud, Pierre-Luc Racine... (Photo Imacom, René Marquis)

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Raphaël Zweidler (à l'avant), Cynthia Trodechaud, Pierre-Luc Racine et Mathieu Binette (absent de la photo) préparent un Happen-In ce soir (mercredi 17 juin) et demain soir.

Photo Imacom, René Marquis

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Le peintre Raphaël Zweidler transforme pour deux soirs seulement sa maison en galerie d'art. C'est un Happen-In! On visite.

« J'ai-tu vraiment besoin de ça, moi, un divan? Tellement pas! J'ai-tu vraiment besoin de regarder la télé? Tellement pas! Me semble que c'est ben plus l'fun de même», philosophe le peintre et fabricant de meubles Raphaël Zweidler, accoudé sur une de ses grandes tables hautes en béton, dans le salon de sa maison bleue de la rue Short.

Plus l'fun de même? De même comment? De même avec des tableaux aux murs et des sculptures semées un peu partout. L'artiste a encore, au moment de notre visite, une bonne semaine devant lui avant de couper le ruban de son Happen-In, mais la pièce où trônerait normalement sa boîte à images ressemble déjà à la galerie d'art qu'elle ne deviendra vraiment que lorsque les visiteurs y entreront pour deux soirs seulement. « J'ai viré la cabane à l'envers! », s'exclame-t-il avant d'offrir un whisky au journaliste, qui décline l'offre, dans un rare élan de tempérance.

Mais qu'est-ce que ce Happen-In? Parlons d'un gros open house artistique pendant lequel les volcaniques toiles de Zweidler et celles, plus éthérées, de Cynthia Trodechaud, côtoieront les longilignes personnages d'acier du sculpteur Matthieu Binette au rez-de-chaussée de la « cabane » de notre hôte.

Pierre-Luc Racine, réalisateur de clips dont on s'arrache les services (Half Moon Run, Louis-Jean-Cormier, Marie-Pierre Arthur), projettera dans une pièce attenante des images à la patine onirique, qui magnifient souvent la nature. Après avoir assis sa réputation à Montréal, le Sherbrookois d'origine rentrait chez lui il y a deux ans avec le désir de consacrer plus de temps à ce qu'on appellera la « création pure ». « Je me laisse aller, je ne vise pas une forme définie », explique-t-il au sujet des films - quelque part entre vidéo d'art et court métrage - qu'il présentera pendant le Happen-In, et dans lesquels une lumière découpée, déviée ou filtrée se taille souvent le rôle principal.

Zweidler a bien sûr déjà ouvert les portes de sa demeure pendant la Grande Virée artistique de Sherbrooke, mais dans une énergie forcément moins électrique (et sans bar pour irriguer les convives). « Dans les années 70, c'était plus commun ce genre d'événements, cette façon de créer quelque chose sans trop d'idée préconçue. On se réunit les quatre pour voir ce qui va se passer. » Notre prévision : des dialogues entre les oeuvres s'engageront dans l'oeil des visiteurs, qui dialogueront eux-mêmes ensuite avec leurs amis et avec des inconnus, verre de gin tonic à la main.

Chercher le high

L'objectif plus ou moins avoué du quatuor : faire goûter à ceux qui mettront les pieds dans la galerie éphémère la douce transe qu'il tente d'atteindre en atelier. « C'est très physique quand je peins. Je marche, je bouge, je peux débuter dans un état de paix intérieure totale, puis terminer dans la colère complète. Mais ce qui est constant, c'est que je cherche toujours à entrer dans une sorte de zone, d'état parallèle, de high », explique Cynthia Trodechaud. Peu importe le diplôme de pharmacologie qui orne son mur depuis un an, la création occupe l'ensemble de son horaire, et de ses pensées.

Zweidler, lui, gagne sa vie en « faisant du marteau », pour reprendre son expression, ou, si vous préférez, en tant qu'entrepreneur en construction. « Ce qui m'importe, c'est la rencontre », répètera-t-il de sa voix grave et lancinante à plusieurs reprises au cours de notre visite.

Rencontre avec les gens chez qui il joue du marteau. Rencontre avec la rugueuse noblesse de la matière lorsqu'il assemble ses meubles en bois, béton et fourrure. Rencontre avec la fugace densité de l'instant présent lorsqu'il accumule les couches d'huile et de peinture en aérosol sur le canevas, embrasant la noirceur du monde d'incandescents labours de lave jaunes, rouges et oranges. « Le rouge, man, le rouge, c'est tout pour moi », lançait-il tantôt, la pupille presque dilatée, devant un de ses tableaux.

« Un propriétaire de restaurant portugais avec qui je m'étais mis chum m'avait demandé de renipper ses tables », se souvient-il au sujet de la naissance de l'artiste qu'il est aujourd'hui. « Il voulait qu'elles soient toutes différentes, alors j'ai utilisé une technique que j'avais développée pour la compagnie d'enseignes de mon père. En les faisant, j'ai compris que ces tables-là devenaient comme des tableaux. C'était beau, c'était fou. »

Le regard de Raphaël Zweidler vagabonde un instant. Sa bouche est entrouverte, son sourire, lumineux. Ça va Raphaël? « Oui, c'est juste que je repensais au rouge! Le rouge, man! C'est la plus belle affaire au monde. »

« T'es sûr que tu ne veux pas un whisky? », redemande-t-il à l'auteur de ses lignes, qui finit par flancher. Conclusion : Raphaël Zweidler sait recevoir.

À retenir

Happen-In

Mercredi 17 et jeudi 18 juin, de 17h à 22h

Au 555, rue Short

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