Le gentleman Vincent Peake

Vincent Peake fait revivre son groupe stoner rock... (Archives, La Presse)

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Vincent Peake fait revivre son groupe stoner rock Floating Widget samedi au Murdoch.

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Figure emblématique du rock alternatif des années 90, Vincent Peake rallume les vrombissants amplis de la formation stoner rock Floating Widget. Occasion idéale pour jaser avec le plus grand gentleman de la marge québécoise.

Il ne semble heureusement pas autant habité par les démons de l'autodestruction, mais il y a quelque chose de Lemmy chez Vincent Peake. À l'instar du leader à la voix de garnotte de Motörhead, le chanteur et bassiste québécois demeure, près de trente ans après le début de sa carrière, le visage même de l'incorruptibilité, fait d'armes d'autant plus soufflant qu'il n'a jamais cessé de se mêler au monde, de multiplier les projets (demeurer intègre dans son salon, c'est facile).

En plus de parfois réaliser des albums (dont le plus récent du groupe punk-trad Carotté), l'ubiquitaire personnage culte compte parmi l'alignement toutes étoiles d'Aut'Chose, tient la basse depuis douze ans déjà chez Grimskunk et ressuscitait récemment son groupe stoner rock Floating Widget.

Au bout du fil, Vincent Peake ne pourrait être plus fidèle à cette réputation de gentleman qui le précède, attitude héritée de sa mère, dit-il, mais aussi de la scène hardcore qui l'a profondément façonné. Après s'être fait pulvériser les oreilles adolescent au Forum lors de concerts d'Iron Maiden ou Judas Priest, et après avoir singé à la guitare les riffs de ses sataniques héros avec son batteur de frère Danny dans le sous-sol de la maison familiale de Longueuil, le « ti-cul de banlieue » devient vraiment celui qu'il est aujourd'hui dans les salles all ages de la métropole. Grosse claque.

« Le premier show hardcore que j'ai vu, c'est D.R.I., la tournée Dealing With It!, en 1986. Ça a changé ma vision de c'était quoi faire de la musique. Avoir une proximité comme ça avec le band, parler aux membres, acheter de la merch directement du chanteur, je ne pensais pas que ça se pouvait. Ces gars-là vivaient comme des bohèmes, se promenant d'une ville à l'autre. Ils n'avaient pas beaucoup de cash, mais il y avait de quoi de magique là-dedans. Ça m'a permis de comprendre que c'était faisable. »

Étudiant au cégep en sciences administratives (!), il use ses souliers pendant un été comme runner sur le parquet de la Bourse de Montréal, le temps d'accumuler l'argent nécessaire pour se munir d'une basse et d'un ampli. Schizophrenic Muff Divers naît l'automne suivant, puis se métamorphose rapidement en Groovy Aardvark.

Le groupe conjuguera pendant près de vingt ans prog et hardcore, en plus de fournir au rock alternatif des années 90 quelques-uns de ses albums les plus puissants (Vacuum), et de flirter avec le grand public grâce à quelques improbables succès (Boisson d'avril, enregistré avec Yves Lambert et Michel Bordeleau, et Le p'tit bonheur, hurlante relecture du classique de Félix Leclerc).

À bout de souffle et en manque de soutien, Groovy se sépare en 2005, puis se réunit en 2012 à l'invitation des FrancoFolies. Chaque été ramène depuis sa petite série de concerts, auquel Peake consent essentiellement pour le plaisir (le groupe sera du Rockfest de Montebello le 20 juin). « On n'a pas de maison de disques, pas d'équipe. On est libres comme un pet dans l'air. On aimerait faire des nouvelles tounes, mais on a de la misère à trouver le temps de se voir juste pour pratiquer. »

Toucher au nirvana

Fin quarantaine, Vincent Peake compte parmi les rares opiniâtres oeuvrant en marge à ne jamais avoir fait passer la musique au second plan. On devine les sacrifices. Ça t'est arrivé de vouloir tout abandonner?

« Ben oui. Pas souvent, mais oui. Le sacrifice ultime, m'a te le dire, c'est l'amour. C'est difficile de garder des relations intactes. J'ai la chance aujourd'hui d'avoir une blonde qui m'aime, mais j'en ai vécu en masse des peines d'amour, parce je me faisais confronter à un choix du genre : "C'est moi ou la musique." Et je comprends. C'est dur de faire des plans à long terme quand tu n'as pas de sécurité financière, quand tu ne sais pas où tu seras dans cinq ans. Le rêve d'avoir une famille est difficile à envisager quand tu vis comme moi sur une vague d'année en année. Mais je ne peux pas arrêter de jouer de la muse, parce que je vais être malheureux. »

Le chanteur à la voix tout aussi rugueuse que tranchante remettait sur pied en octobre dernier Floating Widget, groupe d'un seul album (Praise to the Riff Monolith). Alors qu'il était assis derrière les tambours lors de son premier tour de piste (de 1999 à 2004), Peake occupe désormais le devant de la scène au sein de cette réplique montréalaise aux monstres du stoner rock comme Kyuss et Fu Manchu.

« J'aime l'effet de bourdonnement, d'hypnose du stoner rock. Le métal, ça te martèle la tête, alors que le stoner, ça t'enveloppe. Jouer du stoner, c'est un dépassement de soi physique et spirituel. Je n'ai jamais autant senti que je touchais au nirvana qu'avec Floating Widget. »

Floating Widget, The Velvet, Super-Sluts et The Hoarse Choir

Samedi 13 juin, 20 heures

Le Murdoch

180, Galt Ouest

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