ORGAN MOOD

Partir dans sa tête

Mathieu Jacques et Christophe Lamarche-Ledoux lancent Comme si... (Courtoisie, Léolo)

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Mathieu Jacques et Christophe Lamarche-Ledoux lancent Comme si nous étions libres, deuxième album d'Organ Mood.

Courtoisie, Léolo

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Organ Mood, utopie musicovisuelle imaginée par Christophe Lamarche-Ledoux et Mathieu Jacques, aimerait que vous regardiez à l'intérieur de vous. Outil suggéré pour mener à bien ce (grand) projet : Comme si nous étions déjà libres, deuxième album du duo, qui paraît aujourd'hui.

Pendant les assemblées du mouvement Occupy, un code de signes manuels était employé dans l'objectif de dégager des consensus en ayant le moins souvent possible recours au vote à proprement parler. Un singulier processus décisionnel auquel rend hommage Organ Mood avec Expérience cybernétique des signes de la main, pièce inaugurale de son deuxième album, Comme si nous étions déjà libres.

« Occupy a clarifié pour l'ensemble de la planète l'idée du 1 %. Les gens peuvent maintenant se situer personnellement par rapport à l'injustice sociale mondiale », souligne Christophe Lamarche-Ledoux, moitié musicale du duo d'origine sherbrookoise. « Ça a été d'une grande inspiration, surtout parce que c'était un mouvement horizontal. Ce sont les gens qui l'ont organisé, qui ont trouvé de nouvelles façons de travailler ensemble. »

C'est quoi le rapport avec la musique, avec les arts visuels et avec la création, champs d'activités dans lesquelles s'illustre Organ Mood? « Le rapport, c'est que nous aussi, on veut trouver des nouvelles pistes, de nouvelles façons de faire. » Exemple? « Pendant nos performances, on distribue des instruments aux membres du public pour qu'on joue tous ensemble. C'est encore nous, les artistes, qui contrôlons l'environnement dans lequel les gens vont créer, donc ce n'est pas parfaitement horizontal, mais c'est intéressant comme avenue. »

« Nouvelles pistes » : cette expression ressurgira à plusieurs reprises au cours de notre conversation avec Lamarche-Ledoux (aussi membre de Rock Forest). Nouvelles pistes, c'est même le titre d'un des morceaux de Comme si nous étions déjà libres, album présenté sous la forme d'un livre de 32 pages accompagné d'un vinyle.

Nouvelles pistes, répétons-le comme une incantation, parce que dès sa fondation en 2008, il fallait pour le duo aménager des espaces de liberté dégagés le plus possible des contraintes de la scène telle qu'on l'envisage traditionnellement. Grâce à des rétroprojecteurs à acétates, l'artiste visuel Mathieu Jacques couvrirait les murs d'une galaxie de couleurs, pendant que Christophe, plongé dans la transe de ses rythmes en boucle, traquerait des mélodies à valeur d'hymne.

« On voulait collaborer ensemble depuis longtemps, mais on ne savait pas de quelle façon. Je travaillais au Divan Orange [royaume montréalais de la musique émergente] et au cours des cinq années précédentes, j'avais vu 1500 concerts. Je trouvais que la scène était rendue trop formatée, que même les promoteurs s'attendaient à quelque chose de très précis de la part des artistes. Ça me saoulait. Mathieu et moi, on a décidé qu'avec Organ Mood, on jouerait ailleurs que dans des bars, qu'on ne ferait pas ce qui était attendu de nous. »

« Un message d'espoir et de construction »

Organ Mood n'est pas, non, qu'un simple projet musical ornementé d'images. En résidence d'artiste au sous-sol du Centre d'art actuel Bang de Chicoutimi, Lamarche-Ledoux et Jacques ont tramé Comme si nous étions déjà libres dans un processus quasi symbiotique, l'un derrière ses claviers, l'autre derrière ses caisses de lait débordantes d'acétates. Improvisation, recherche, exploration. On parlerait presque de jam-session, si nous avions affaire à deux musiciens. Objectif : que la portion visuelle de l'oeuvre ne puisse faire l'économie de l'écoute de sa portion musicale, et vice-versa.

Mais tout ce vocabulaire de la croissance personnelle dont vous habillez vos idées, c'est du sérieux, ou de la satire?

« L'optimiste et le positivisme, c'est une réponse à ce qu'on voit sur la scène musicale et dans l'art en général. Les gens parlent d'eux, de leur douleur. Plusieurs le font bien, mais reste qu'on se regarde beaucoup le nombril. On s'est dit qu'on devrait essayer de parler de ce qui est bon et beau en nous, qu'on devrait essayer de propager un message d'espoir et de construction », souligne celui qui remportait en mars dernier avec Rémy Nadeau-Aubin le Jutra de la Meilleure musique originale, pour la trame sonore du film Tu dors Nicole de Stéphane Lafleur.

Et pour trouver l'espoir, il faudra plonger profondément en soi. Contrairement à la vaste majorité des albums mis en marché, Comme si nous étions déjà libres ne commande pas que vous lui accordiez la totalité de votre attention. Tout le contraire : Christophe Lamarche-Ledoux ne pourrait être plus enchanté que si vous pensiez à autre chose pendant que dans vos oreilles s'insinuent ses lunaires lignes d'orgue. Son ultime ambition : que ses longues pièces hypnotiques vous conduisent au coeur de cette intime alcôve où se terrent vos rêves les plus précieux.

« Il y a beaucoup d'espace dans la musique d'Organ Mood, parce qu'on veut que les gens puissent partir dans leur tête, qu'ils puissent se regarder à l'intérieur, qu'ils puissent voyager dans les grands projets qui les habitent. On ne veut pas juste pour que tu penses à tes grands projets, on veut que tu te demandes comment tu vas faire pour les réaliser. »

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