Un texte court qui dure depuis dix ans

La directrice artistique du Festival du texte court,... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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La directrice artistique du Festival du texte court, Sophie Jeukens, invite quelques-uns de ses coups de coeur des précédentes programmations lors du spectacle de clôture de cette dixième édition.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

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Le Festival du texte court de Sherbrooke célèbre son dixième anniversaire en réglant ses comptes avec le passé et en accueillant ses chouchous.

Il en va ainsi des idées les plus fécondes, qui attendent souvent d'être alimentées par la douce ivresse des petites heures pour germer. « Le projet a poppé après le lancement d'un recueil des Plumes de l'ombre [défunt cercle d'écriture] », se souvient Sophie Jeukens au sujet de la genèse du Festival du texte court de Sherbrooke. « Tu sais, les plans de fous que ça peut faire, une gang d'auteurs qui a bu trop de bières? »

Une joyeuse bande dirigée par Thierno Souleymane Barry fondera ainsi le Festival international du texte court en 2005, avant qu'un trio formé de Jeukens, de Frank Poule et de Jean-François Vachon ne reprenne officiellement le flambeau deux ans plus tard (ils auront le bon goût de rogner le mot « international » du nom). Pourquoi avoir choisi cette expression peu usuelle qu'est « texte court »?

« Il y avait une volonté de s'ouvrir à tous les genres, d'inviter des gens à lire des nouvelles ou des extraits de romans, à partager des chansons », note Sophie, aujourd'hui directrice artistique de l'événement. « Au fil du temps, notre façon d'envisager le texte court a changé. Cette idée-là me permet maintenant d'aller vers des trucs qui sont à la limite de la poésie, de la performance et de l'art actuel, même si tous les spectacles sont conçus à la base à partir de mots par des artistes pour qui l'oralité est primordiale. »

Après avoir rejoint la famille de la Maison des arts de la parole (qui chapeaute aussi l'événement Les jours sont contés), le Festival du texte court deviendra le point de chute sherbrookois d'une nébuleuse d'artistes appartenant à ce que Sophie Jeukens appelle la poésie performée, manière d'habiter la scène qui n'a que très récemment bourgeonné dans le Québec francophone. Elle cite en exemple Queen KA.

« À travers la poésie performée, elle a trouvé ce qu'elle voulait faire. Elle avait envie de livrer des textes sur scène, mais pas nécessairement dans un personnage. Ses textes sont des poèmes, mais ils emploient une langue assez simple, qui est souvent boudée par le milieu de la poésie. Elle était un peu à cheval entre deux mondes. Ce qu'on nomme la poésie performée, c'est l'équivalent franco du spoken word, qui existe au moins depuis les années 50 chez les anglos de Montréal. Dans le monde franco, il y a toujours eu une tradition de la lecture publique avec le recueil dans les mains, très liée à la culture du livre, et ça freinait l'émergence de cette forme-là, qui est vraiment créée pour la scène. »

Perdre connaissance pendant un show de poésie

Sophie Jeukens s'est prévalue de cette dixième édition pour régler ses comptes avec le passé. Oui, le Festival du texte court avait bien tenu en 2011 une nuit de la poésie à la Salle du Parvis. « Mais on a été mis dehors par le gardien de sécurité à 5 heures du matin, avant le lever du soleil. On a dû sortir dehors, sous la pluie battante. C'était demeuré dans mon coeur un rendez-vous manqué. »

Aucun gardien de sécurité ne pourra samedi troubler cette nouvelle nuit de la poésie. Des dizaines de poètes se relaieront dès 22 h dans la salle briquetée de la Maison des arts de la parole, jusqu'à ce que le soleil se lève sur Wellington Nord. Certains artistes européens apparaîtront à l'écran grâce à la magie des interwebs.

La directrice artistique réunira dimanche quelques-unes des stars des précédentes programmations lors d'une carte blanche tendue à Queen KA, Claudine Vachon et Sébastien Dulude, qui a créé la commotion lors de ses deux précédents passages à Sherbrooke.

« Dulude aime pousser ses limites corporelles. En 2012, il a fait une performance durant laquelle il calait de l'alcool fort en lisant un poème sur son père. À la fin, il était saoul mort, limite capable de poursuivre la soirée avec nous. Je me rappelle lui avoir lancé : ''C'est intense, tu fais une performance et tu en subis les conséquences pendant des heures.'' Je me souviendrai toujours ce qu'il m'avait répondu. Il m'avait dit : ''À chaque fois que tu fais une performance, tu en subis les conséquences pendant des heures. Tu n'as pas besoin de caler de l'alcool fort pour qu'une performance te rentre dedans. Performer un poème devrait toujours te faire cet effet-là''. »

L'an dernier, le téméraire personnage se transperçait le doigt avec un hameçon, prémisse à une lecture légèrement sanguinolente. « Quelqu'un s'est évanoui pendant sa performance!, se rappelle Sophie. C'est fou, quand même, quelqu'un qui perd connaissance pendant un show de poésie! »

Son plus beau souvenir? « Le festival de 2012 se déroulait pendant la grève étudiante. Ça avait été dur, parce que je sentais tout le monde très déconnecté de la volonté d'avoir un festival de poésie. Le soir de la première manif de casseroles à Sherbrooke, Nicolas Rivard, Yan St-Onge et Sébastien Dulude ont présenté une performance à trois inspirée du mouvement. Il n'y avait personne au début de la soirée et ça arrivait petit à petit, après la manif. Ces artistes-là m'ont donné la certitude que le festival répondait à des enjeux réels, que la poésie peut canaliser ce qui se passe dans la vraie vie. »

Le Festival du texte court de Sherbrooke

Du 28 au 31 mai

www.festicourt.org

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