Jasette avec-pas-de-filtre en compagnie de Mariana Mazza

Mariana Mazza participe samedi au spectacle-bénéfice du GRIS... (Archives, La Presse)

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Mariana Mazza participe samedi au spectacle-bénéfice du GRIS Estrie.

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Si vous voyez Mariana Mazza faire un doigt d'honneur, c'est peut-être qu'elle est en colère. Ou pas. Mais n'allez surtout pas lui dire qu'elle a du sable dans le vagin. Jasette avec-pas-de-filtre en compagnie de la verbomotrice humoriste, à quelques jours de sa participation au spectacle-bénéfice du GRIS Estrie.

Il y a deux semaines, au cours du Gala Les Olivier, Mariana Mazza dressait un doigt d'honneur à Sugar Sammy, qui venait tout juste de comparer sa présence scénique à une branlette qui s'éternise. Un contingent de pudibonds déverserait dans la minute suivante tout son fiel sur les réseaux sociaux, taxant Mazza d'une ribambelle d'épithètes toutes moins élégantes les unes que les autres.

Avait-elle réellement été piquée au vif par la vanne? Pas pantoute, préciserait-elle sur sa page Facebook le lendemain. Il s'agissait seulement de jouer le jeu, expliquerait-elle, de donner de l'élan à la blague de son collègue. Incident anodin, vous dites? Oui, sans doute.

Reste que quelques jours plus tard, les réactions courroucées de plusieurs internautes pouvaient difficilement ne pas être portées au compte du rapport trouble, c'est le moins qu'on puisse dire, qu'entretient encore une partie de notre société avec la colère au féminin. Même feinte. « Un gars qui est frustré, c'est parfaitement correct, observe Mariana. Ça passe complètement inaperçu. Dès qu'une fille se fâche, faut qu'on la pointe. Ça ne peut jamais être simple. »

Cet été, la volubile humoriste se métamorphosera en linguiste sur la scène d'un Gala Juste pour rire animé par François Bellefeuille, le temps de décortiquer une des expressions les moins jolies du petit dico québéco-trash : avoir du sable dans le vagin. La locution, d'origine non identifiée, sert habituellement à discréditer une représentante du sexe féminin plus ou moins irritée, plus ou moins exaspérée, par une situation.

C'est quoi le problème avec cette phrase-là, Mariana? « Quand une fille pète une coche, notre réflexe, c'est jamais de penser qu'elle a raison ou, à la rigueur, qu'elle a passé une mauvaise journée, qu'elle a reçu une mauvaise nouvelle. Notre réflexe, c'est de penser qu'elle fait exprès, qu'elle est allée sur une plage, qu'elle a mis du sable dans son vagin et qu'elle a ensuite pété une coche contre tout le monde. La femme fait tout le temps exprès pour casser le party. Qui a inventé cette expression-là, sérieux? C'est qui, les gens qui ont continué à l'utiliser? C'est absolument misogyne, et le plus triste, c'est que du moment qu'une fille dit : "Bon, voilà, ceci est misogyne", des gars répondent : "Voilà, elle est frustrée, elle a du sable dans le vagin." C'est ça, le cercle vicieux. »

Faire bouger les choses

Dès ses premières présences sur la scène du concours En route vers mon premier Gala Juste pour rire, Mariana Mazza se comporte en risque-tout, vadrouille furieusement la scène avec une indomptable impétuosité et une apparente absence de filtre entre son cerveau, son coeur et ses cordes vocales. Dans un des numéros qui la situerait d'emblée dans une catégorie à part, la vingtenaire racontait comment elle a déjà été arrêtée pour ivresse au volant. C'était déjà en soi courageux que d'ainsi avouer l'inavouable, de déboulonner un tabou. Il y avait déjà là une forme d'engagement dans la mise à nu totale. Mais, aujourd'hui, « le désir de faire changer et de faire bouger les choses est de plus en plus grand », affirme-t-elle.

« Comme il y a beaucoup plus de gens qui se déplacent pour aller voir un individu parler dans un micro que de gens qui prêtent attention à ceux qui manifestent dans la rue, c'est peut-être mon travail de citoyenne de dénoncer des choses. Pour moi, brasser de la merde, ce n'est pas sacrer, ce n'est pas envoyer chier, ce n'est pas provoquer, c'est parler de sujets que les gens n'osent pas affronter. »

Mariana Mazza, nouvelle représentante d'une génération d'humoristes qui, sous l'influence du stand-up américain, s'engagent? Oui, bien que non pas avec la balourdise d'un Guy Nantel. Parlons plutôt d'un appétit pour les grandes questions. Parlons d'un refus obstiné de l'insignifiance. « Je vais vous raconter mon anecdote, pas parce que ma vie est plus le fun que la vôtre, mais parce que ce que j'ai vécu, c'est relié à beaucoup de phénomènes sociaux », résume-t-elle, en nommant au passage ses camarades Simon Gouache, Simon Delisle, Guillaume Wagner et Adib Alkhalidey.

Tenter de faire changer, tenter de faire bouger les choses, ça commence pour Mariana Mazza pas plus tard que ce samedi, lors du spectacle-bénéfice du GRIS Estrie, lors duquel les toujours très appropriés Tony et Paul du duo Sèxe Illégal paraderont aussi dans leurs costards bleu poudre. Elle promet un petit numéro spécialement rédigé pour l'événement et pour l'organisme, qui oeuvre à démystifier l'homosexualité et la bisexualité dans les établissements scolaires.

« On va rire, han! On ne va pas arriver sur scène en criant : "Il faut arrêter d'être homophobe!" »

Spectacle-bénéfice du GRIS Estrie

Avec Sèxe Illégal et Marianna Mazza

Samedi 23 mai, 19h

Salle Alfred-Desrochers du Cégep de Sherbrooke

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