Rebienvenue dans la Guérilla

Pascal Larrivée, Stéphane Mackenzie, Janick Lavoie et Martin... (IMACOM, MAXIME PICARD)

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Pascal Larrivée, Stéphane Mackenzie, Janick Lavoie et Martin Beauregard : édition 2015 de Guérilla. Le groupe reprend du service vingt ans après sa fondation.

IMACOM, MAXIME PICARD

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Ce moment-là est bel et bien arrivé, plus question de reculer : Guérilla reprend le porte-voix et rebranche ses amplis pour marquer le vingtième anniversaire de sa fondation. Rencontre avec le groupe sherbrookois ayant le mieux conjugué rock déflagrateur, rimes mitraillettes et libératrice révolte.

La question était prévisible, la réponse, évidente. Êtes-vous toujours aussi en colère qu'il y a vingt ans, demande-t-on aux membres réunis de Guérilla? « Nous le sommes probablement plus », laisse tomber le guitariste Janick Lavoie, sourire en coin. Le chanteur Stéphane Mackenzie et le bassiste Pascal Larrivée opinent du bonnet. Aussi assis à la table : Martin Beauregard, premier batteur de l'histoire du groupe. C'est lui qui complètera l'alignement du Guérilla reformé, bien qu'il n'ait joué sur aucun de ses albums.

Ils le sont probablement plus, en colère, oui, parce que les raisons de s'indigner ne se sont pas estompées, au contraire, depuis le concert d'adieu de la formation en 2003. Une écoute rapide de ses deux disques, Manifeste (1998) et Plus question de reculer (1999), convaincra quiconque doute encore de la lourde propension de l'histoire à hoqueter.

Exemples? L'écart entre les riches et les pauvres n'a que continué de se creuser depuis La cible. Le profilage policier que dénonçait Oppression sans pression ne concerne plus que les marginaux, mais maintenant tous ceux qui ont la témérité de vouloir manifester leur mécontentement dans la rue. La vitriolique mauvaise foi de l'animateur Gilles Proulx, que fustigeait le pamphlet Figure de proue, a essaimé partout sur les ondes de la radio de Québec. « On a essayé d'adapter le propos de celle-là et de trouver un jeu de mots avec Éric Duhaime », blague Lavoie.

Fondé en 1995 pendant la campagne référendaire, Guérilla conjuguera rap, rock et révolte, trio d'armes qui leur méritera de nombreuses comparaisons avec Rage Against the Machine. Guérilla : Manifeste, sans doute leur brûlot le plus connu, insérait le manifeste du FLQ dans le canon d'un bombastique riff de guitare et d'une balaise ligne de basse.

« C'était décevant et encourageant en même temps », se rappelle Pascal Larrivée, au sujet du résultat serré du 30 octobre 1995. « Il y avait un bon bout de chemin qui avait été fait, et pour moi, c'était important de tabler là-dessus. J'aurais fait de la musique pour d'autres raisons, mais ça, c'était un projet qui m'emballait, d'alimenter la ferveur. »

Intrinsèquement indépendantiste, résolument à gauche, profondément insoumis; Guérilla aurait été le groupe maison tout désigné du Printemps érable 2012. « C'est là qu'on a commencé à parler d'un retour, se souvient Stéphane Mackenzie. Je me voyais tellement faire des shows, ça me brûlait. J'en ai joué, de la casserole. »

Janick : « J'allais régulièrement aux manifs de nuit. Je trouve qu'il manquait quelque chose, que les artistes sont restés loin de tout ça. On en entend plusieurs aujourd'hui qui chantent l'environnement, mais ça ne t'engage pas trop, dire que tu espères un monde plus vert. »

La justice sociale au-dessus de la légalité

C'est donc dans la rue, pendant le Printemps érable, mais aussi en assistant au Rockfest de Montebello, que Macken retrouverait d'abord le goût de dépoussiérer son mythique porte-voix. La grande kermesse punk-rock-métal a récemment été le fer de lance d'une vague de résurrection de groupes appartenant à ce qu'on appellera la génération Polliwog (du nom du festival rock alternatif par excellence de la décennie 90). Groovy Aardvark, Overbass, Arseniq 33, BARF et Banlieue Rouge ont tous déjà rugi ou rugiront cette année au Rockfest.

C'est pour sa part au Rockaganza de Drummondville (le 25 juillet) et lors d'un important festival montréalais (dont on ne peut révéler le nom) que Guérilla reprendra du service. L'étiquette Slam Disques rendra bientôt disponibles en ligne les albums du groupe, depuis longtemps introuvables. Aucun retour en studio n'est pour l'instant prévu.

S'il a fait les beaux jours du défunt Bar Les Graffiti, Guérilla compte aussi parmi les groupes de sa génération à avoir le plus joué en Europe, lors de trois tournées s'étant arrêtées en Italie, en France, en Belgique ou en Espagne, et lors desquelles il a partagé la scène avec Lofofora et Mass Hysteria.

« La justice sociale doit être placée au-dessus de la légalité », hurlait Macken sur Mille neuf centre quarante-neuf, tonitruant hommage aux grévistes de l'amiante. Voilà une idée - la justice sociale au-dessus de la légalité - que nos dirigeants semblent de plus en plus mépriser, si on se fie à l'actualité.

« Le 1er mai, j'ai fait la grève et elle a été considérée illégale », raconte Larrivée, qui gagne son pain comme prof. « Il y a des sanctions qui planent toujours sur nous à cause de ça. C'est grave d'être obligé de se battre juste pour pouvoir dire qu'on n'est pas d'accord avec ce que le gouvernement fait. »

Chose sûre : les meilleures munitions sont les mots et aucune loi spéciale ne pourra faire taire Guérilla.

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