Un peu niaiseux, les humains

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Après avoir oeuvré au sein de la formation Chinatown, Félix Dyotte signe un premier album solo.

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Félix Dyotte contemple avec une lucidité pleine d'autodérision la douleur que s'infligent les amoureux. Son premier album solo, élégant écrin de pop à la pudeur surannée, pose un regard sagace sur une étreinte condamnée d'avance.

La chanson la plus sombre du premier album solo de Félix Dyotte se nomme Ma vie au lit. Il s'agit aussi sans doute, étrangement, de la chanson la plus amusante du premier album solo de Félix Dyotte. Derrière ce projet un brin saugrenu que souhaite mener à terme le protagoniste - rester sous la couette jusqu'à la fin de ses jours - se trame une confession, celle d'un dépressif, cloué à son matelas par la douleur anxiogène d'une sanguinolente rupture. Légèreté et gravité sont ici fondues ensemble, à la fois indissociables et exclusives. La vie, quoi.

Contrairement à la kyrielle d'actuels bardes folk qui ne peuvent concevoir un refrain sincère sans déverser toutes les larmes de leur corps dans le trou de leur guitare, Dyotte parvient à traduire l'intensité des émotions de l'amour avec une sorte de salutaire distance et d'humour face à l'inéluctabilité du malheur qui s'abattra éventuellement sur lui (on finit toujours un soir par devoir « cracher son coeur »). Alors que d'autres préfèrent souvent épingler au mur, avec un poignard, les sentiments qu'ils chantent, Dyotte chérit plutôt un art de la suggestion, une pudeur surannée, une élégance dandy, nous rappelant par le fait même que s'ouvrir les veines n'est pas toujours la plus efficace manière d'émouvoir.

« Cette dualité-là me saute au visage maintenant que les gens m'en parlent », observe l'ancien membre de la formation Chinatown, qui accompagne également Pierre Lapointe sur scène pendant sa tournée Punkt!.

« Mes chansons portent sur des sujets très tristes, mais ce n'est pas tragique pour autant. Il y a toujours une candeur et une autodérision. Face à des thèmes de rupture, d'amour inconciliable et d'incommunicabilité, j'ai eu le réflexe d'aller dans le deuxième degré, de regarder ça de haut en me disant : "On est un peu niaiseux, les humains, à se complaire dans ces énergies négatives là, en pensant que vivre de grandes émotions lourdes, ça fait de nous des gens précieux." J'aime observer cet instinct-là chez moi, pour en faire un théâtre qui serait plus amusant que brun. »

« C'est toi qui la rends belle, la bassesse cruelle », souffle Dyotte de sa voix imperturbablement flegmatique à une amante dans Petite esthète. Il synthétise du même coup l'essence de son art poétique : polir le laid jusqu'à ce qu'il ait l'apparence du beau. « Oui, la vie est pleine de souffrance, dit-il au bout du fil. Mais la musique sert à créer une sorte d'artifice, pour négocier cette souffrance. »

Les gens sont extraordinaires

Enregistrées avec entre autres collaborateurs Philippe Brault (aussi vu aux côtés de Pierre Lapointe) et Francis Mineau (Malajube), les treize scènes douces-amères, très Nouvelle Vague, tissant cet album homonyme pigent leurs références dans une pop anglaise façon Kinks, dans la chanson française des années soixante et dans un certain goût pour le psychédélisme. Il y a chez Dyotte une posture rarement croisée au Québec, où soigner ses textes signifie trop souvent négliger la musique. Dyotte-le-romantique, lui, sait que rimes d'orfèvre et arrangements finement endimanchés vont main dans la main vers l'autel d'une chanson capable de tracer les contours d'émotions complexes et authentiques.

« En fait, on trouverait un peu plus d'honnêteté dans les textes de chansons si on acceptait que c'est de la fiction », souligne-t-il au sujet de son travail d'écriture, qu'il décrit en ne dédaignant pas le mot « personnage », que plusieurs de ses compatriotes refusent pourtant d'employer, lui préférant le vocabulaire de l'autobiographie.

« Si tu veux trouver de la sincérité, il faut que tu sortes de toi-même. Si tu passes ta vie à essayer d'écrire des textes qui reflètent parfaitement ton état d'esprit, tu vas être moins fidèle à la réalité. En acceptant de te détacher, tu trouves des choses qui sont de l'ordre du hasard et de la spontanéité, qui sont plus vraies que vraies. »

Dis-nous Félix, les gens sont ils aussi décevants que l'affirme celle dont tu relaies la vision chagrine du monde dans cette pièce péremptoirement intitulée Les gens sont décevants? « J'ai tellement d'amis qui ont entendu le titre et qui ont dit : "Oui, c'est vrai que les gens sont décevants!" Le truc, c'est que tout le monde est d'accord là-dessus. Quand tu te fais couper en voiture, les gens sont décevants, oui. Mais les gens sont également extraordinaires, parce qu'ils nous font vivre des choses extraordinaires. J'aurais aussi pu écrire une chanson qui s'appelle Les gens sont très, très biens. »

Félix Dyotte accompagne Pierre Lapointe lors du prochain passage de sa tournée Punkt!, mardi 19 mai à 20 heures au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke.

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