Jaune : le privilège de vieillir

Jaune célèbre dix ans de route et de... (Courtoisie, Jocelyn Riendeau)

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Jaune célèbre dix ans de route et de refrains fédérateurs avec L'espace des jours II.

Courtoisie, Jocelyn Riendeau

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Dix ans après avoir pour la première fois montré sur scène son plumage, Jaune continue de chercher au creux du quotidien quelque chose de beau à fêter. L'espace de jours II, un cinquième album, prend la mesure du temps qui passe.

Steffy Blanchette s'interrompt au beau milieu de sa phrase et lève un doigt en l'air, avant que son visage ne s'illumine d'un sourire où s'emmêlent fierté et timidité. Que se passe-t-il? Ça ne s'invente pas : une chanson de son groupe, Jaune, envahit les haut-parleurs du Tassé, café de quartier de la rue du Conseil, où nous jasons en ce vendredi après-midi.

Elle est là, dans la franche adhésion du public (et des tenanciers de café), la réponse à la question que nous venons tout juste de lui poser : comment votre enthousiasme a-t-il survécu intact à ces dix dernières années de milliers de kilomètres avalés, de loges rarement princières et de mouvements de personnel plus nombreux qu'au dépanneur du coin? Pour Jaune, elles se trouvent dans l'indéfectible fidélité de leurs fans, les raisons de continuer de rouler sur les chemins de traverse de la musique québécoise, là où la garnotte se fait beaucoup moins rare que l'asphalte, mais où le soleil, lorsqu'il sort, resplendit comme nulle part ailleurs.

« J'ai envoyé le nouvel album il y a quelques semaines et je n'en revenais pas de recevoir des réponses de Havre-Saint-Pierre ou des Îles-de-la-Madeleine, s'étonne la souriante chanteuse. On n'est jamais allé jouer là-bas, mais les radios nous font tourner. »

Parce qu'il y a, oui, encore des radios au Québec n'appartenant à aucun grand réseau, libres de promouvoir ce qu'elles jugent digne de leurs antennes. Ce sont ces stations qui permettent à des groupes comme Jaune de tracer leur route en toute indépendance, sans aucune autre machine que leur propre huile de bras.

« Juste depuis la parution de L'espace des jours I [à l'automne 2013], on est allé deux fois en Abitibi », s'exclame Steffy, au sujet de la popularité de sa bande dans ce qu'on appelle « les régions ». Fondé il y a dix ans par la rousse leader avec le guitariste Raf Rioux, Jaune arrivait en queue d'une vague de groupes-avec-violon (Les Cowboys fringants, Mes Aïeux), mêlant country, trad et folk sous l'enseigne d'une québécitude festive et décomplexée.

La présence scénique survoltée de Steffy dessinerait rapidement la marque de commerce du groupe, aujourd'hui un trio comptant aussi sur le bassiste Jocelyn Phaneuf. « On a été beaucoup étiqueté comme un band d'énervés. J'ai toujours été comme chez moi sur une scène, mais je canalisais mal mes énergies. Ça a fait du bien de me recentrer au cours des dernières années. »

« Je t'aime pareil »

L'idée du temps qui passe et des avenues non empruntées tapisse ce cinquième album rempli de « Que serait-il arrivé si? » Dans Si je me souviens, une fille de café se demande ce que serait devenue sa vie si elle avait suivi jusqu'au bout de la route, en Californie, un ancien amoureux. Des chansons toutes signées Raf Rioux, dans lesquelles Steffy a néanmoins trouvé un écho aux angoisses qui l'ont récemment visitée.

« Disons que j'ai eu une grosse crise de la trentaine, mais ça va mieux, confie-t-elle. Lorsque j'étais plus jeune, je n'étais pas bien et en vieillissant, j'ai été envahie par une sorte de nostalgie de ce que j'aurais pu vivre si, pendant mon adolescence et ma vingtaine, j'avais été aussi bien que je le suis aujourd'hui. Maintenant, je réalise que c'est beau vieillir, que c'est un privilège. »

Les fidèles de Jaune décèleront dans le creux des couplets nouveaux des clins d'oeil à ceux du passé. Dans Le long de la Saint-François, par exemple. « Tu te rappelles de Frank le quêteux [extrait de l'album Au bout du vent], qui dépeignait la réalité des sans-abri à Montréal? On a eu la chance de participer à la Nuit des sans-abri à Sherbrooke, et en assistant à toutes les activités qui précédaient l'événement, j'ai compris que l'itinérance, même si on l'a moins dans la face, c'est une réalité présente aussi à Sherbrooke. »

Steffy dresse dans Moi non plus la liste de toutes les épreuves surmontées par un couple. Ou s'agirait-il des épreuves surmontées par un groupe? Parlons en tout cas d'une chanson-bilan. Mais « Je t'aime pareil », clame-t-elle malgré tout, quand arrive le refrain, avec une candeur que n'aurait sans doute pas reniée le Jaune d'il y a dix ans. Il y a de ces choses qui ne changent pas.

Lancement de L'espace des jours II

Samedi 16 mai, 20h30

(97, Wellington Sud)

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