Tout ça grâce au Centennial

Jim Corcoran apportait la semaine dernière son soutien... (IMACOM, JESSICA GARNEAU)

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Jim Corcoran apportait la semaine dernière son soutien à la campagne de sociofinancement du Théâtre Centennial, qui espère épargner le pire à sa saison 2015-2016.

IMACOM, JESSICA GARNEAU

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Jim Corcoran professait la semaine dernière son profond attachement au Théâtre Centennial, une salle sans laquelle le Sherbrookois d'origine n'aurait peut-être jamais inscrit son nom dans le grand livre de la chanson québécoise. Le meilleur ami de Djeddhy Duvah offre avec la chorégraphe Louise Lecavalier son soutien à la campagne de sociofinancement de la salle de l'Université Bishop's.

Imaginez un instant un monde dans lequel les chansons de Jim Corcoran - Djeddhy Duvah, C'est pour ça que je t'aime, Perdus dans le même décor - n'existent pas. C'est un monde triste que vous contemplez, n'est-ce pas? C'est pourtant avec cette sombre réalité que nous, mélomanes, devrions douloureusement composer si ce n'était du Théâtre Centennial. Pourquoi donc? Laissons le principal intéressé, qui a fréquenté l'Université Bishop's de 1970 à 1973, expliquer.

« À cette époque-là, la musique, pour moi, c'était agréable, mais sans plus. Ce que je voulais, c'était faire un doctorat en philosophie. La musique n'était qu'un passe-temps, que de la récréation. Puis, je suis allé voir quelques spectacles au Centennial, dont Fleetwood Mac et Chicago. »

Grande révélation pour Jim, qui promenait déjà de boîtes à chansons en cafés son récital Corcoran sings Cohen, tiré des trois premiers albums du perdant magnifique. « Je dis en blaguant que je devrais remercier Leonard Cohen d'avoir payé mes études. J'ai chanté en public pour la seule raison que j'avais besoin d'argent pour étudier, pas parce que je nourrissais l'espoir de faire une carrière. Je trouvais ça plutôt superficiel et inintéressant, l'idée d'une carrière. Puis, c'est en entendant des artistes au Centennial que j'ai compris qu'être artiste était un moyen d'accéder à la liberté et à l'autonomie. »

Bien qu'il ne soit jamais monté sur la scène du Centennial, Jim doit son premier cachet à ses années d'études à Bishop's. Parlons d'un lucratif contrat. « J'assistais dans une résidence à un party de fête et il y avait une guitare qui traînait dans le coin. Je me suis mis à jouer. Mes amis étaient tous surpris, parce qu'ils ne savaient pas que j'étais musicien. Le responsable du Spectrum, la boîte à chansons du campus, était là et m'a demandé : "You wanna sing next Thursday?" J'ai répondu : "Non, je ne chante pas en public." Il m'a proposé 25 $, alors j'ai dit OK. »

Comme de l'eau potable

Victime de graves coupes budgétaires, le Théâtre Centennial lançait récemment une campagne de sociofinancement afin d'éviter le pire à sa programmation 2015-2016. Objectif : 10 000 $. Jim Corcoran et la chorégraphe Louise Lecavalier unissaient leurs voix la semaine dernière dans l'espoir que survive cet oasis de découvertes, précieux refuge pour les laissés-pour-compte des autres lieux de diffusion. Où irons-nous voir de la danse, où irons-nous entendre les figures de proue des musiques du monde, où irons-nous faire connaissance avec les meilleurs singer-songwriters du ROC, si le rideau tombe sur le Centennial?

« Les temps sont durs pour tout le monde et les diffuseurs répondent à des obligations de rentabilité, mais ils ne peuvent pas nous offrir que ce qui cartonne, plaide Jim. Ce n'est pas souhaitable pour une culture. On n'avance pas vite si on ne se gave que de ce qu'on connaît déjà. Il faut qu'il y ait des directeurs de programmation, comme Luce Couture du Centennial, pour faire preuve d'imagination, pour nous devancer, et pour nous proposer des choses qui contribueront à notre édification en tant que mélomane. Ces gens-là fouillent pour mettre en salles des artistes qui doivent être connus, plutôt que des artistes qui sont déjà connus. L'uniformité me désole. »

À la barre de son émission de radio À propos, Jim Corcoran a toujours été le porte-étendard du contraire de l'uniformité. Ses plus récents coups de coeur? Fanny Bloom et Benoit Pinette, alias Tire le coyote. « J'avais vu Fanny avec La Patère rose et elle m'avait impressionnée. Son premier album solo, je trouvais ça peu concluant. Je la sentais en questionnement, ce qui est tout à fait normal. En écoutant son deuxième album, je me suis dit : "Ah ben! La petite s'est amusée!" C'est merveilleusement pop, sans hésitation et sans crainte. Et il y a quelque chose qui m'a toujours fasciné chez Benoit Pinette. C'est quoi cette voix-là? Pour certains, il s'agit d'un obstacle. Pas pour moi, au contraire. Neil Young, Joe Cocker et Leonard Cohen n'avaient pas des voix typiques, eux non plus. »

Que répond Jim à tous ceux pour qui l'art en général devrait trouver sa rentabilité sans soutien public ni institutionnel?

« L'eau potable, c'est pas rentable. Il n'y a pas pourtant pas un politicien qui va oser suggérer qu'on fasse des coupures là. Dans ma tête, la culture, c'est de l'eau potable pour le coeur, pour l'imagination, pour l'esprit. Je sais que je suis romantique, que je suis rêveur, que ça fait soixante-huitard, mais j'irais jusqu'à dire que si on investissait autant en culture qu'en armement, la planète irait beaucoup mieux. »

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