Changer le mal de place

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Dominique Scali fait paraître un titanesque premier roman, À la recherche de New Babylon.

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Dominique Scali signe avec À la recherche de New Babylon un titanesque roman où l'on fuit la mort comme pour se fuir soi-même et où l'on espère étancher à l'Ouest une soif pourtant inextinguible.

On oppose souvent, de façon sans doute abusivement binaire, ce qu'on appelle le roman de l'imaginaire à un autre type de roman, davantage ancré dans des réalités contemporaines et connues de tous. Avec À la recherche de New Babylon, 500 pages imprégnées de poussière, de whisky et de sang, Dominique Scali s'inscrit indéniablement dans la première catégorie.

Campée dans le Far West du 19e siècle, cette fresque chorale réinsuffle une âme et une épaisseur aux clichés western dont le cinéma a longtemps fait ses choux gras. « Le désert, qui est la toile de fond du livre, illustre le paradoxe qui habite chacun des personnages. Le désert est plein de promesses, oui, c'est l'or, c'est la liberté, mais le désert représente aussi le côté stérile de leur quête. Ils sont toujours en fuite, ils ne sont pas véritablement libres », observe la jeune écrivaine au sujet de ses quatre protagonistes tyrannisés par une soif inextinguible d'aventures, dont cette Pearl Guthrie, qui ne déniche jamais le mari rêvé, ou ce Charles Teasdale, qui entretient un long flirt avec la mort.

En brossant avec un méticuleux sens du détail une époque et des villes au sujet desquelles les archives ne conservent pas toujours beaucoup de souvenirs, l'auteure assouvissait un désir de se téléporter ailleurs. Plaisir jubilatoire de la recherche, mais aussi de l'invention pure, auquel il fallait s'en remettre pour combler les trous. Elle glisse entre des chapitres à la narration d'une solennité surannée des phrases à valeur souvent aphoristiques, du genre : « J'aime pas les femmes parce qu'elles veulent m'éloigner de la mort et parce que je crois que j'ai besoin de la mort pour vivre. »

« Je ne voulais pas trop entrer dans la réalité psychologique des personnages, mais ces petites pensées-là permettent d'accéder à leur discours mental », souligne celle qui a passé une bonne partie de sa vie à Sherbrooke et qui se décrit comme une Sherbrookoise de coeur. « J'ai aussi essayé d'éviter certains pièges. Je n'utilise jamais les mots « cowboy » ou « saloon », qu'on associe aux clichés du Far West. J'ai fait de longues recherches pour que le roman corresponde à une réalité historique, mais ce qui m'intéressait, c'était de découvrir ce qui unit cette époque-là aux autres époques. »

À l'Ouest, rien de nouveau

Comme tous les bons écrivains de l'imaginaire, Dominique Scali remonte dans le temps non seulement par goût du dépaysement, mais aussi pour mieux nous parler de nous, pour mettre en relief en pigeant dans le passé les angoisses et les obsessions propres à notre ici et maintenant.

« Pourquoi est-ce qu'en ce moment tout le monde de ma génération écoute du folk, porte des chemises à carreaux et s'achète des meubles en bois brut? » répond la trentenaire quand on lui demande d'expliquer sa fascination pour les westerns. « C'est une quête d'authenticité qui est dans l'air du temps, je pense. Mais c'est difficile de dire pourquoi quelque chose se met à nous obséder. C'est sans doute que je pouvais projeter des éléments de ma vie dans celles des personnages. Les chercheurs d'or allaient d'une ville à l'autre en pensant que changer de lieu leur permettrait de se trouver et j'ai moi-même souvent eu l'impression de tourner en rond. »

Le roman de l'imaginaire pour Scali serait ainsi moins une façon d'échapper à elle-même qu'un simple désir d'habiller de costumes d'époque les questions qui l'habitent au quotidien. « Chacun des personnages est une façon de symboliser ce que je peux vivre. J'ai beaucoup voyagé dans ma vie, je suis par exemple allé au Mali en me disant : « Je vais mettre le pied en Afrique et je serai complètement changée, je vais être une nouvelle personne. » Ben non, ce n'est pas ça qui est arrivé! » Essayez de changer le mal de place et il vous poursuivra au galop.

À la recherche de New Babylon

Dominique Scali

Éditions La Peuplade

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