Tout remettre en question

Le Sherbrookois d'origine Étienne Dupuis-Cloutier se hisse peu... (PHOTO LEPETITRUSSE)

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Le Sherbrookois d'origine Étienne Dupuis-Cloutier se hisse peu à peu parmi la liste des réalisateurs les plus sollicités de la province.

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En tant que réalisateur des albums de Fanny Bloom, Dumas, Rock Forest ou Alice, le Sherbrookois d'origine Étienne Dupuis-Cloutier contribue à façonner le son de la musique québécoise. Discussion au sujet de ce rôle capital dans la création d'un album.

Nous sommes quelque part en 2007. Étienne Dupuis-Cloutier vient d'arriver à Montréal, après ses études en musique au Cégep de Sherbrooke, et tripote dans sa petite cuisine la console d'enregistrement dont il s'est récemment muni. Le batteur devient réalisateur sans préméditation grâce à son frère Jérôme, qui cherche à mettre en boîte les premières chansons de son projet alors baptisé Le Citoyen.

Mais qu'est-ce que ça fait au juste, un réalisateur? « C'est différent pour chacun d'entre nous», de répondre le Sherbrookois d'origine qui navigue entre le monde de la pop d'auteur et celui de la marge, en chapeautant la création d'albums de Fanny Bloom, de Dumas, de Rock Forest ou d'Alice.

« Un réalisateur, ça peut être assis dans un divan et se contenter dire ce qui est bon ou pas. Ça peut aussi coécrire des chansons avec l'artiste, travailler étroitement avec lui dès le départ. Moi, je suis plutôt de la deuxième école. Je pars toujours du coeur de la chanson, j'aime qu'on s'interroge sur sa construction, pour ensuite trouver les bons arrangements, ceux qui vont le plus la faire briller. »

Bien qu'il n'ait jamais été aussi facile d'enregistrer sa propre musique en solitaire, Dupuis-Cloutier estime qu'un bon album peut difficilement faire l'économie d'un réalisateur qui dira ses quatre vérités à l'artiste qu'il guide. « Il y a certains projets très intimes, pour lesquels un réalisateur n'est peut-être pas indispensable, mais en général, c'est un rôle clé. Le réalisateur n'est pas là que pour s'assurer qu'on respecte l'échéancier, il est là pour faire en sorte que le message que l'artiste veut livrer soit clair et qu'il soit perçu de la bonne façon de la part des gens qui l'écoutent. Il faut confronter les idées, toujours tout remettre en question, surtout lorsqu'on veut que l'album rejoigne un grand nombre de personnes. »

Tout remettre en question, c'est l'exercice qu'il s'est plus que jamais imposé pendant l'enregistrement du deuxième album de Fanny Bloom, Pan, avec lequel la chanteuse et sa maison de disques aspiraient à franchir la frontière étanche des radios commerciales. Une mission accomplie grâce au premier simple Piscine. « Quand tu lis des histoires au sujet de la création d'un gros disque comme Yeezus de Kanye West, tu comprends qu'ils sont des dizaines de gars qui travaillent sur une chanson, qui mettent chacun des éléments en commun. On ne peut pas comparer la musique de Fanny à celle de Kanye, mais on désirait qu'il y ait plus de gens qui la découvrent, tout en conservant une signature artistique intéressante. Ça veut dire qu'il fallait faire écouter les chansons à plus d'oreilles, ouvrir le studio à plus d'opinions. »

Dans l'espoir d'un top 40 plus cocky

Même si Étienne Dupuis-Cloutier est lui-même passé par l'école, ce sont les jeunes faiseurs de beats autodidactes qui le fascinent surtout ces jours-ci. Sans jouer d'un instrument traditionnel, ces bidouilleurs de sous-sols mettent présentement le top 40 à leur main, grâce à leurs ordinateurs. « J'ai d'abord été inspiré par un réalisateur plus classique comme Daniel Lanois, mais en ce moment, ce sont tous ces kids qui jouent du laptop qui m'enthousiasment. C'est eux qui dessinent le nouveau son de la musique et c'est eux que vont chercher en fouillant sur SoundCloud les gros noms du hip-hop comme Drake. »

Après avoir coréalisé l'album homonyme de Dumas paru l'an dernier, EDC consacrera 2015 à tenter de tramer des idées de chansons qui lui permettraient d'infiltrer encore davantage le monde de la pop, sans renoncer à son goût pour une musique dont la rugosité n'aurait pas entièrement été gommée.

Il s'octroie ainsi une période de laboratoire en solo, après avoir beaucoup dirigé de chantiers. « J'aimerais que notre pop soit plus cocky, qu'elle ne soit pas toujours gentille et transparente, plaide-t-il. Aux États-Unis, on entend de plus en plus de hits radio qui ne sont pas forcément faits pour que tu ne ressentes qu'une seule émotion simple à la première écoute. » Il accompagnera aussi à la batterie cette année Ariane Moffatt pendant sa tournée 22h22, qui s'arrête à Sherbrooke vendredi.

Son ultime fantasme de collaboration? « Si je pouvais me ramasser dans une pièce où on travaille sur un album de Kanye West, je serais très heureux. Même pas besoin de piloter le projet, je veux juste être dans la pièce. »

Ariane Moffatt

Vendredi 24 avril à 20h

Théâtre Granada

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