Luc Cousineau: «Si on prenait le temps...»

Luc Cousineau lance son ultime album de nouveaux... (IMACOM, JOCELYN RIENDEAU)

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Luc Cousineau lance son ultime album de nouveaux refrains, Tant qu'il y aura une chanson..., et exhume des archives le disque qu'a enregistré en 1973 son groupe Cousineau.

IMACOM, JOCELYN RIENDEAU

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Accablé par la SLA, Luc Cousineau signe un ultime album, Tant qu'il y aura une chanson..., auquel il joint la réédition d'un étonnant disque enregistré en 1973. Rencontre avec un des esprits les plus libres de la chanson québécoise.

En 1967, Luc Cousineau et son groupe Les Alexandrins sont invités à jouer les musiciens maisons au Sel de la semaine. L'émission animée par Fernard Séguin reçoit le pape de la Beat Generation, Jack Kerouac, pour une de ses très rares entrevues en français.

« Pendant l'enregistrement, je dis à Lise [sa compagne de vie et de musique de l'époque] : "Faut qu'on aille se coller à Kerouac." Je savais qu'il était pour aller prendre un verre après. On est donc partis tous ensemble de Radio-Canada et on a fait la bamboula. J'étais complètement subjugué par l'individu. Il dégageait une bonhommie extraordinaire », se rappelle-t-il au sous-sol de sa maison enclavée dans la forêt, à Eastman. La sclérose latérale amyotrophique (ou maladie de Lou Gehrig) par la faute de laquelle il ne peut plus chanter, ni jouer de la guitare, n'assombrit pas le plaisir palpable qu'il prend à raconter les rencontres marquantes qui ont jalonné sa longue carrière, bien que les r jaillissent désormais de sa bouche comme des l.

« Je me souviens quand on est entré dans le restaurant avec Kerouac, mais je ne me souviens pas quand on est parti. On a parlé du côté bohème de la vie des artistes, de notre grande recherche de liberté. »

Sa liberté, Cousineau la trouvera en 1969, par le biais d'une proposition de Canada Dry, qui souhaitait utiliser le tube des Alexandrins Les copains dans une publicité vantant un de ses nouveaux produits. « J'avais été presque insulté qu'on me demande de prendre une des mes chansons pour vendre une boisson gazeuse. Il n'en était pas question. Mon père m'avait suggéré de leur proposer un pastiche de ma chanson. C'est ce que j'ai fait et la compagnie a été emballée. Quand j'ai vu les chèques, je capotais. »

L'auteur-compositeur découvre ainsi l'astucieux modus operandi qui gouvernera toute sa carrière : générer des sous en enregistrant des ritournelles publicitaires, pour mieux réinvestir ses cachets dans la création dégagée de toute contrainte d'albums visionnaires, libres, voire échevelés. C'est le cas du Cousineau 1973 qui reparaît ces jours-ci dans une pochette contenant aussi l'ultime album de nouveaux refrains, Tant qu'il y aura une chanson..., de Luc. Ultime, parce que ses capacités physiques continueront inexorablement de diminuer.

Ce disque oublié paru en 1973 brille comme un joyau trop longtemps gardé loin de la lumière. Ses solos en roue libre tracent les contours sinueux, mais aventureux, d'un groupe étonnamment en phase avec le reste de la planète (plus particulièrement avec le rock latin de Santana).

Une folle et belle époque

Comparer les photos de pochette de l'album des Alexandrins de 1967 (Luc y affiche une juvénile mine imberbe) et celle de son album réédité de 1973 (Luc porte la moustache, les cheveux longs et un habit rouge qu'il aurait pu emprunter à Captain Beefheart) en révèlent long sur la démente vitesse à laquelle la musique se métamorphosait à l'époque.

Il y en a des dizaines, des disques qui mériteraient d'être dépoussiérés, dans le répertoire de Luc Cousineau. Le dossier le plus urgent : celui de la trame sonore du spectacle Double jeu de Françoise Loranger, un des premiers ballons d'essai du psychédélisme québécois, joyau d'élucubrations hallucinées lancé par Les Alexandrins en 1969.

C'est d'ailleurs pendant une représentation de cette pièce que des étudiants avaient assailli la scène pour protester contre la guerre du Vietnam.

« Ils sont montés avec des poules dans des cages, se sont sacrés à poil, ont coupé les têtes des poules et ont vidé le sang sur eux », se rappelle Cousineau en rigolant. « Je trouvais ça très violent, mais en même temps, ils n'étaient pas là pour rien. La police est arrivée, on a montré la porte de sortie aux jeunes, ils se sont sauvés. Après ça, c'était l'anarchie, on se faisait crier bravo par certains et on se faisait huer par les madames visons. Je me suis mis à jammer, les jeunes dans la salle sont venus nous rejoindre. Ça a duré une bonne partie de la nuit. »

Nous évoquons avec Luc une de ses chansons les plus sereines, Si on prenait le temps, tirée de son album homonyme de 1979. N'est-ce pas celle qui résume le mieux votre philosophie de vie? « J'ai pris le temps, oui, mais malgré ça, j'ai eu besoin de faire beaucoup de choses. Si je ne suis pas en création, je suis malheureux. Avec la maladie qui me frappe, je suis bien placé pour conseiller à tout le monde de prendre le temps de vivre et, surtout, de faire des choses. Amanché comme je suis amanché, je pleurerais dans mon coin si je n'avais pas vécu comme j'ai vécu. »

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