Christiane Lahaie: une salvatrice sérendipité

Christiane Lahaie a trouvé à Limoges une nouvelle... (Imacom, René Marquis)

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Christiane Lahaie a trouvé à Limoges une nouvelle maison. Son plus récent livre se lit comme une lettre d'amour à sa ville d'adoption.

Imacom, René Marquis

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Son livre s'intitule Vous avez choisi Limoges, mais c'est plutôt Limoges qui l'a choisie. Christiane Lahaie raconte comment la femme fragilisée qu'elle était a un jour trouvé refuge dans la capitale de la porcelaine.

«Bientôt, j'entrerai dans mon véritable univers. Il ne ressemblera pas à la ville que j'habitais. Pourtant, je m'y reconnaîtrai», écrivait la défunte Aude dans Banc de brume. La phrase, que Christiane Lahaie place en épigraphe à son recueil de nouvelles Vous avez choisi Limoges, nomme de façon poétique ce que les scientifiques appelleraient la sérépenditié: découvrir par chance quelque chose qu'on ne cherchait pas. Sérenpidité: c'est exactement ce que Christiane Lahaie a vécu à Limoges. Elle y mettait les pieds simplement pour rencontrer un collègue spécialiste en géocritique; elle y a trouvé une nouvelle maison. La ville lui inspirera son premier livre depuis Chants pour une lune qui dort (2004).

«J'avais aussi choisi Limoges parce que Paris, pour moi, c'est too much, il y a trop de bruit, trop de monde», explique dans le silence de son bureau de l'Université de Sherbrooke la professeure en littérature. «Limoges me permettait de m'isoler. Ce n'est pas pour rien qu'on dit qu'on limoge quelqu'un. C'est vraiment le milieu de la France, le middle of nowhere! J'y ai rencontré là-bas des amis, des gens accueillants, ce qui est un tour de force, parce que les Limougeauds sont assez renfermés.»

Auprès de Liliane, la propriétaire de la somptueuse maison où elle habite désormais lors de tous ses séjours à Limoges, Christiane Lahaie soignera toutes ces vieilles blessures enfouies, qui s'étaient récemment remises à suinter. Une vraie de vraie dépression l'étranglait; il fallait se donner le temps de réapprendre à respirer sans entrave. «J'avais besoin qu'on prenne soin de moi, et c'est ce que Liliane a fait. Je n'ai jamais aussi bien dormi qu'à Limoges.» C'est beau, non, Christiane, que tu aies guéri de ta trop grande fragilité dans la capitale de la porcelaine?

«La porcelaine, c'est fragile, mais ce n'est pas l'image que ça projette, observe-t-elle. C'est uniquement quand tu commets un faux pas, une maladresse, que ça se brise. Il y a bien des choses dans la vie qui peuvent se briser, parfois à cause d'un petit geste qui semble anodin, mais qui va condamner les gens. Il y a une grande beauté dans la fragilité. Il n'a rien de plus laid qu'une grosse muraille. Ce qui est beau, c'est la transparence, c'est ce à quoi il faut faire attention, comme le coeur des gens.»

Entretenir ses ruines

La porcelaine offre d'ailleurs à Christiane Lahaie une métaphore qui coure tout au long des nouvelles de ce recueil examinant le quotidien - fragile - de Limougeauds issus de tous les milieux, de toutes les classes sociales. L'auteure épouse tour à tour le regard d'un assassin, d'une jeune musulmane ou d'une employée de fabrique de porcelaine, s'invite entre leurs deux oreilles.

«J'ai une empathie hypertrophiée. Je me demande souvent comment ce serait, vivre cette vie-là? Quand j'étais dans cette fabrique, je regardais les femmes qui patiemment, en silence, polissaient des pièces de porcelaine. Comment tu habites ton corps quand tu travailles comme ça à chaque jour? À quoi tu penses, qu'est-ce qu'il y a dans ta tête?»

Dans Oradour, ma douleur, l'écrivaine raconte la vie des travailleurs qui préservent ce qu'il reste de l'église d'Oradour-sur-Glane, incendiée en 1944 par les Nazis pendant un atroce massacre qui fera plus de 600 morts. «La région est encore traumatisée. J'ai voulu un jour en parler avec Liliane et elle m'a fait un petit signe pour me dire qu'il ne fallait mieux pas. C'est un événement tragique, indescriptible, mais il y a une beauté aussi dans cette idée d'entretenir ses ruines.»

Avec Vous avez choisi Limoges, Christiane Lahaie signe en quelque sorte une lettre d'amour à cette ville qui lui a permis de remonter à la surface, alors que le vide menaçait de l'engloutir toute entière. «Lors d'un de mes plus récents séjours, je marchais sur la rue avec mon mari Georges et une femme m'arrête en me demandant où se trouve le Damart, un magasin de vêtements pour femmes. Je lui explique rapidement que ce n'est pas ici, faut descendre là, puis tourner à gauche et c'est juste à votre droite. Georges n'en revenait pas. C'était comme si j'avais toujours vécu là.»

À retenir

Vous avez choisi Limoges

Christiane Lahaie

Lévesque éditeur

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