André Marquis, une force marginale qui permet d'espérer

André Marquis revient à la poésie avec La... (IMACOM, FRÉDÉRIC CÔTÉ)

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André Marquis revient à la poésie avec La surface agitée des eaux.

IMACOM, FRÉDÉRIC CÔTÉ

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Pour échapper aux nombreuses raisons de baisser les bras qu'offre cette époque enténébrée, André Marquis renoue dans La surface agitée des eaux avec cet indispensable refuge qu'est la poésie.

« Les têtes tombent / au carillon des guillotines / ou en direct sur Internet / dans un décor minimaliste / protagonistes cagoulés / qui scénarisent l'horreur / d'un geste vif », écrit André Marquis dans une des suites les plus implacablement lucides de La surface agitée des eaux. L'écrivain contemple un monde menacé par le désastre, où l'oxygène se raréfie, au propre comme au figuré.

Il s'agit d'une des nombreuses images empruntées à RDI, bien que forcément sublimées, que contient ce livre. Alors que bien des poètes s'en tiennent à dompter les bêtes qui hantent leur vie intérieure, le Sherbrookois, lui, avance en poésie comme pour apprendre à supporter les intolérables événements que relaient les chaînes de nouvelles en continu, comme pour un peu chaque jour sauver son âme des assauts d'une époque désolante.

« Je trouve que l'humanité n'apprend pas beaucoup de ses erreurs, note le professeur à l'Université de Sherbrooke. La richesse n'est pas mieux répartie, on ne fait pas attention à notre planète, on ne fait pas attention à nos voisins. Je ne sais pas où on s'en va, mais on ne s'en va pas vers quelque chose de mieux. Avec Harper et Couillard, on n'est pas entre bonnes mains. C'est un peu vertigineux quand on regarde tout ça, alors j'ai décidé de me recentrer sur quelque chose comme la poésie, qui est un geste totalement inutile. Ça me plait de poser des gestes qui sont dénués de sens économique. »

Son plus récent livre, le roman Les noces de feu, date de 2008, mais son dernier recueil de poésie, pour sa part, remonte à 1997. Il faudrait l'Alzheimer de son père pour qu'André Marquis revienne à cette écriture versifiée qu'il n'avait jamais cessé de semer dans ses carnets, mais qu'il n'avait pas depuis un moment pris le temps d'organiser dans un recueil à proprement parler.

Parce que la poésie a toujours été l'outil de choix de ceux qui ambitionnent de nommer l'indicible, il était logique que l'homme s'y réfugie au moment où s'insinuait dans sa vie cette maladie face à laquelle les mots du quotidien n'apparaissent pas toujours adéquats. L'Alzheimer fournit d'ailleurs quelques-unes des images les plus fortes à ce livre : « Il n'est plus que l'empreinte de lui-même / deux traces de chaussure dans le ciment frais. »

« Mes proches savent qu'un jour, mon père a vraiment marché dans le ciment frais, raconte André. Sa maladie n'était pas encore diagnostiquée, mais les symptômes étaient de plus en plus difficiles à nier. Alors quand ils lisent ça, les gens de la famille partent à rire. Les autres trouvent ça tragique. » Autre bel exemple du pouvoir qu'a la poésie de transformer l'assommante banalité en salvatrice beauté.

Le sport, l'amour, la poésie

Bien que les ténèbres tapissent une bonne partie de ce livre, elles sont toujours en lutte avec ces précieuses sources de lumière que sont le sport, l'amour et la poésie. Parce qu'il y a oui, du sport, dans une des suites de La surface agitée des eaux dont chacun des textes se termine par une phrase qui aurait pu être prononcée pendant un match de soccer (André Marquis a longtemps été entraîneur d'une équipe de ballon rond).

Il y a aussi beaucoup d'amour dans ce recueil où se dresse comme un dernier rempart contre le désenchantement cette mariée qui « arpente les plages sablonneuses / de l'eau de mer jusqu'aux genoux / et aspire tout l'horizon bleu / de ses prunelles sauvages. »

« Des raisons pour ne pas bien aller, tu peux en trouver une pis une autre, observe l'écrivain. Alors, moi, j'ai décidé de travailler sur une sphère plus petite : à l'université avec les étudiants, avec ma famille, avec les jeunes autour de nous qui ont présentement beaucoup de mal à dénicher du boulot. J'ai arrêté de vouloir aider la planète au complet, parce que c'est trop décourageant. J'essaie de m'investir dans une sphère où je peux avoir de l'influence, pour ne pas être éternellement insatisfait. Il y a beaucoup de belles choses quand même dans la vie. L'amour, par exemple. » Une pause. « Je suis avec la même fille depuis 1979! Je l'accompagnais à son bal de finissants du secondaire. »

« Il importe d'avoir une force marginale / qui permet d'espérer », écrit André Marquis. On comprend que cette force, c'est à la fois la poésie et l'amour.

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