Sortir le méchant

Guillaume Beauregard passe du social à l'intime avec... (Archives, La Presse)

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Guillaume Beauregard passe du social à l'intime avec D'étoiles, de pluie et de cendres, un premier album solo qu'il présente au Boquébière samedi.

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Guillaume Beauregard a pendant près de 20 ans craché avec Vulgaires Machins de généreuses et nécessaires glaires au visage de la machine. Il retourne sa colère contre lui-même sur un des plus braves albums de 2014, D'étoiles, de pluie et de cendres.

Parler de soi, ausculter ses failles. C'est le réflexe de bien des jeunes auteurs-compositeurs, pour ne pas dire de bien des jeunes créateurs. Exception à la règle: Guillaume Beauregard. Les premiers brûlots écrits il y a plus de 20 ans par celui qui deviendrait le visage de la mythique formation Vulgaires Machins avaient déjà dans leur ligne de mire des cibles aussi gigantesques qu'inébranlables: le capitalisme, le consumérisme, l'apathie généralisée d'une société anesthésiée par cette «culture de junkies» qui aime le mal.

«En sortant de l'adolescence, je découvrais tranquillement le punk et en même temps une façon de nommer une colère qui n'était pas toujours claire, mais qui se définissait beaucoup à travers la musique. Pour moi, d'aussi loin que je puisse me souvenir, écrire des tounes, ça servait à exprimer l'affaire que je n'étais pas capable d'exprimer autrement dans la vie de tous les jours. Mais ça ne m'avait jamais intéressé de parler de moi.»

Exprimer avec la musique ce qu'il n'était pas capable d'exprimer autrement dans la vie de tous les jours, c'est très exactement ce que Beauregard continue de faire sur D'étoiles, de pluie et de cendres, un premier album solo que l'on a beaucoup mis en opposition avec le passé punk de son auteur, et jusqu'à un certain point, avec raison. L'anéantisseur de dogme marque clairement une distance avec les rythmes marteaux-piqueurs et les guitares stridentes de VM pour se placer sous le patronage de Neil Young, de The Band et de Dylan (l'orgue de Dans le décor, grande chanson de vulnérabilité et d'espoir, pourrait avoir été joué par Al Kooper).

Mais à bien y regarder, la colère bout toujours aussi fort dans les veines de Beauregard, à la différence près qu'il la dirige désormais vers lui-même, plutôt que vers l'extérieur. C'est son propre visage que le trentenaire contemple dans le miroir et qu'il ne ménage pas lorsqu'il trace l'autoportrait d'un jeune homme veule, incapable de tenir ses promesses, de prendre ses responsabilités, d'être à la hauteur de l'amour de sa blonde.

« C'est vite devenu une évidence : pour que ça ait du sens pour moi, un album solo, il fallait que je sorte mes tripes, que j'aille jusqu'au bout, que je pose un vrai regard sur moi-même. J'ai toujours été obsédé par l'idée d'écrire des tounes qui servent à quelque chose, que ce ne soit pas une joke, la musique. La seule façon d'être complètement engagé à fond, d'être authentique dans ma nouvelle démarche, c'était de me mettre à nu, d'être vrai, de parler d'amour et de le célébrer. Je trouve que c'est réducteur de dire que l'engagement, c'est juste politique. »

Apporter ses idéaux jusqu'à la fin de la ride

Ça prenait du courage pour oser des arrangements aux antipodes du punk, comme le fait Guillaume Beauregard sur son premier album solo. Ça prenait aussi du courage pour se décrire en amoureux aux silences lourds et aux absences nombreuses. Ça prenait surtout du courage pour déballer ses contradictions sur la place publique, pour avouer que porter des valeurs de changement sur scène et les incarner dans la vie, c'est deux choses assez différentes, douloureux constat qui traverse D'étoiles, de pluie et de cendres.

« Il en faut de la motivation pour rester tout le temps, complètement, intègre. Il y a une façon dans la vie quotidienne d'être très engagé qui demande une énergie hallucinante. J'ai eu un petit garçon il y a un peu plus d'un an et je n'ai pas toujours le gaz qu'il faut dans la tank pour faire les bons choix sociaux ou écologiques. C'est difficile de réaliser que tes idéaux, tu ne peux pas tous les apporter avec toi jusqu'à la fin de la ride. »

Et c'est du choc entre la réalité et tes idéaux que naît cette amertume qui tapisse tes chansons? « J'ai trouvé ça rock'n'roll de pogner 30 ans et de me rendre compte que je n'allais pas finir ma vie dans un party sur la brosse à refaire le monde. À un moment donné, on évolue et tout ça n'a plus de sens. Je regarde le climat politique actuel et j'ai de moins en moins d'énergie pour me battre. Je ne te dis pas que je vais aller vivre en banlieue, m'acheter un char et une tondeuse, mais, aujourd'hui, je veux juste protéger mon petit bonheur. C'est l'amertume suprême pour moi de me rendre compte que j'ai passé 20 ans ben motivé, ben engagé, à me dire : 'À un moment donné, tout le monde ensemble, on va se réveiller', et de voir que ça va plus mal que ça n'a jamais été. Je trouve ça dur. »

Oh boy, c'est déprimant en pas pour rire ce que tu racontes, l'ami. « Je ne lance pas la serviette, mais si je veux garder une bonne santé mentale, faut que je décroche et je me recentre sur d'autres affaires, pour peut-être revenir encore plus en tabarnac avec un autre album de Vulgaires. » On sera là. On sera aussi là s'il devait décider de continuer à transformer son amertume en étoiles, en pluie et en cendres.

Vous voulez voir?

Guillaume Beauregard sera en spectacle le samedi 14 mars dès 21h au Boquébière.

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