Hêtre : deviens-tu c'que t'as voulu?

Marianne Moisan (à droite) et Ann-Catherine Choquette (au... (IMACOM, MAXIME PICARD)

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Marianne Moisan (à droite) et Ann-Catherine Choquette (au centre) incarnent la même femme à deux époques de sa vie dans Hêtre, une mise en scène de Lilie Bergeron (à gauche).

IMACOM, MAXIME PICARD

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Céline Delbecq interroge dans Hêtre l'indéniable part de fiction contribuant à la construction de notre identité. L'enfant qu'on a été est-il pour toujours de bon conseil? On en discute avec les comédiennes Marianne Moisan et Ann-Catherine Choquette, ainsi qu'avec la metteure en scène Lilie Bergeron.

Deviens-tu c'que t'as voulu? C'est la grande question que semble d'abord poser Hêtre, une pièce de la Belge Céline Delbecq au cours de laquelle une femme (incarnée par Marianne Moisan) rencontre l'enfant qu'elle a été (incarnée par Ann-Catherine Choquette). L'heure est aux bilans; il faudra regarder la réalité droit dans les yeux, au risque d'être ébloui.

« Cette femme-là vit une grande prise de conscience », explique la metteure en scène Lilie Bergeron au sujet de ce texte aux contours évanescents, qui privilégie l'évocation poétique aux dialogues réalistes, préfère le brouillage de pistes au tout cuit dans le bec. « À un moment donné, je me suis demandé : 'Est-ce qu'on raconte une histoire de résilience? ' »

La réponse : pas vraiment. Il y a certainement, oui, dans Hêtre, le monologue intérieur d'une femme sondant les nombreux écueils qu'elle a dû surmonter. Il y aussi une remise en question de cette idée reçue voulant que l'enfance soit le berceau d'une vérité pure, de notre authentique identité non altérée par le passage du temps.

Idéaliser la naïveté de ce qu'on était alors qu'on entrait dans la vie, n'est-ce pas se condamner à éternellement être déçu? « On pense qu'enfant, on se connaît bien, mais tout ce qu'on sait, au fond, c'est qu'on aime les fraises, qu'on n'aime pas le chocolat », blague Ann-Catherine, révélée l'automne dernier en irrépressible et rageuse rêveuse dans l'ultime pièce des Turcs Gobeurs d'Opium, Raconter le feu aux forêts.

L'enfance dont on se souvient une fois arrivée à l'âge adulte n'est-elle pas toujours, de toute façon, une sorte de fiction, une matière composite façonnée à partir de souvenirs réels et inventés? postule surtout Delbecq, en faisant vivre à son personnage ce qu'on pourrait décrire comme une épiphanie.

« Je serais curieuse de voyager dans le temps pour revoir certains des moments fondateurs de ma vie et les confronter avec l'image que j'en garde. Je suis sûre que ça n'a aucun rapport, observe Marianne. Même si c'est impossible de faire cette comparaison-là, je pense qu'il faut parfois s'offrir des moments de lucidité, il faut apprendre à faire le ménage. On peut être une adulte heureuse même si, comme le personnage de la pièce, on n'est pas devenue la chanteuse qu'on voulait être. On a le choix en tant qu'adulte de poser un regard tendre sur ce qu'on voulait enfant ou de porter nos rêves déçus comme un fardeau. »

Aller au théâtre à sherbrooke

Inauguré en 2008, le Centre des arts de la scène Jean-Besré héberge les quartiers généraux de la majorité des compagnies de théâtre et de danse de Sherbrooke. Outre quelques lectures publiques, rares cependant sont les occasions où le grand public y est convié. Raison simple : ce n'est pas pour ça que l'édifice a été pensé.

Pourquoi le Théâtre du Double signe présente-t-il alors Hêtre dans un des locaux de répétition, joliment garni d'environ 80 sièges, du CASJB?

« Il n'y avait carrément pas d'autre salle disponible pendant le mois complet dont on a besoin pour un spectacle [une semaine d'entrée en salle, trois semaines de représentation], regrette Lilie Bergeron. On a eu l'autorisation exceptionnelle de jouer ici, mais nous avons dû faire la preuve à bien des gens qu'il n'y avait pas d'autres endroits en mesure de nous accueillir. »

Répétons-le, puisqu'il le faut : il n'y a pas à Sherbrooke de vraie salle pour le théâtre. Le Double signe s'en remet habituellement au Théâtre Léonard-Saint-Laurent du Séminaire de Sherbrooke pour présenter ses productions, mais n'a aucune emprise sur son horaire (qui était, cette année, visiblement bien rempli).

Sans compter que Léonard-Saint-Laurent, pour qui aime vraiment le théâtre, ce n'est pas le Pérou.

Parlez-en aux gens de théâtre de Sherbrooke, ils vous diront tous que ses équipements sont désuets et que la salle compte trop de sièges, ce qui dessert souvent l'intimité essentielle à la création de moments de grâce. Un amateur de théâtre aux considérations un tantinet triviales (bien que non négligeables) soulignerait sans doute aussi qu'un théâtre sans bar, ce n'est pas un vrai théâtre.

« On est chanceux d'avoir Léonard-Saint-Laurent, sinon, on n'aurait rien, précise Lilie, mais ce n'est pas l'idéal pour vivre ce que j'appelle l'« expérience théâtre ». Quand on va voir une pièce à La Licorne ou au Quat'Sous à Montréal, on va au théâtre. Ici, à Sherbrooke, on ne dit jamais qu'on va au théâtre, on dit qu'on va voir un spectacle. J'espère que la situation qu'on vit avec Hêtre va finir de convaincre ceux qui doutent encore qu'on a besoin d'une vraie salle pour le théâtre. »

Hêtre

Du 11 au 28 mars

Centre des arts de la scène Jean-Besré

250, rue du Dépôt

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