Catherine Desmarais : «Cendrine, c'est moi»

Catherine Desmarais inaugure les aventures de Cendrine Senterre... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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Catherine Desmarais inaugure les aventures de Cendrine Senterre avec Pour Girafes seulement.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

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Catherine Desmarais prend à rebrousse-poil les clichés du roman jeunesse dans Pour Girafes seulement, tome inaugural de la vie de Cendrine Senterre. Rencontre avec une éternelle adolescente.

« Catherine Desmarais est demandée au bureau de la directrice, Catherine Desmarais est demandée au bureau de la directrice », auriez-vous pu entendre il y a une quinzaine d'années dans les couloirs du collège pour filles que fréquentait la créatrice de Cendrine Senterre. Pourquoi l'adolescente devait-elle impérativement s'entretenir avec les autorités de son école? Parce qu'on la soupçonnait de souffrir de troubles alimentaires.

« Je pesais 90 livres, je n'avais pas de seins, pas de fesses, alors je comprends pourquoi on pensait que j'étais moi aussi victime de l'épidémie d'anorexie », se rappelle-t-elle.

Épidémie d'anorexie? C'est que, quelque part pendant la deuxième moitié de la décennie 90, l'école privée où étudiait l'auteure a réellement été frappée par une grave vague de troubles alimentaires, au point où sa direction allait devoir engager à temps plein un spécialiste en la matière. Au point où la maigreur naturelle de Catherine Desmarais devenait suspecte.

« Sauf que moi, je n'étais pas anorexique du tout! Je rêvais d'en avoir, des seins! s'exclame-t-elle. Comme Cendrine, je mangeais du Nutella à la cuillère. J'étais dans une incompréhension totale face à toutes les filles de l'équipe de basket qui ne voulaient pas devenir des femmes. »

Moment forcément marquant de son passage au secondaire, ce troublant épisode s'accaparera de la mémoire de la Sherbrookoise au moment d'entamer l'écriture de Pour Girafes seulement, premier tome des aventures de Cendrine Senterre, rouquine héroïne d'une nouvelle série de romans destinés aux 13 ans et plus (un deuxième tome est déjà en préparation). Les Girafes avec un g majuscule du titre, c'est le nom de l'équipe de volleyball de l'école, épicentre de cette sinistre course à la maigreur.

« J'ai écrit pendant tout mon secondaire et quand je suis arrivée au bac en littérature, j'ai complètement arrêté, raconte Catherine. Je ressentais la pression de faire quelque chose de singulier et d'être à la hauteur de mes collègues de classe, qui écrivaient tous très bien. Puis, j'ai eu un enfant, et pendant mon congé de maternité, je me suis dit que j'allais écrire ce qui allait sortir, sans penser au regard des autres. C'est cette histoire-là qui est arrivée, parce que j'ai toujours l'adolescence pas loin, ce qui fait que c'est difficile pour moi de parler de Cendrine sans parler de moi. Je suis la fatigante, la nostalgique chronique qui demande toujours à ses amies : "Te souviens-tu de la fois où?" J'ai la meilleure mémoire parmi tout le monde que je connais. Je perds tout le temps mes clés, mais je sais exactement ce que je portais le 14 février 1995. »

Que portais-tu le 14 février 1995, Catherine? « Une salopette vraiment laide avec un chandail bédaine Calvin Klein et des talons hauts. Ce roman-là, c'est une manière de faire de la place dans mon cerveau, de faire du ménage, comme mes amies me le suggéraient depuis longtemps. »

Du jus de raisin par le nez

Mettre en scène une jeune fille qui ne se mire pas dans le regard de l'autre masculin et qui observe d'un oeil moqueur les jeux de drague auxquels se livrent ses copines tient presque de l'hérésie dans un paysage littéraire jeunesse encore largement gouverné par les clichés du prince charmant sur qui mettre le grappin. Il n'y aura « pas d'histoire d'amour, ou peut-être un peu, et pas d'histoire de fille pas populaire qui devient populaire », prévient pourtant Cendrine à la fin du prologue de ce premier tome.

« Une école de filles a ses mauvais côtés, comme je le montre dans le livre, mais moi, ça m'a aidée à prendre ma place, à me sentir bien, ça m'a donné le droit de déconner à fond, sans m'inquiéter de ce que les gars allaient penser. Ce que j'ai développé le plus au contact de mes amies, c'est le sens de l'humour. Cendrine le dit : "Passer un midi sans rire jusqu'à se faire sortir du jus de raisin par le nez, c'est une vie trop triste." » De l'humour, il y a en a d'ailleurs beaucoup plus dans ce livre que sa prémisse ne le laisse présager.

Il y a aussi une douce délinquance dans ce regard sagace et un brin cynique que pose Cendrine sur l'hypocrisie de ses parents pétris de préjugés ou sur l'emprise malveillante de l'entraîneur de l'équipe de volleyball. Catherine Desmarais encapsule en quelque sorte dans son premier roman ce moment précis de l'adolescence où les adultes commencent à révéler leurs failles nombreuses.

« Il y a des maisons d'édition qui refusent qu'un roman pour adolescentes parle de cigarettes, d'alcool, de french, de sexe », note-t-elle au sujet de son désir de ne pas édulcorer. « Cendrine ne vit pas tout ça dans le livre, mais je montre quand même des filles qui se font vomir, comme les filles de mon école secondaire à moi se faisaient vomir. Je voulais parler de l'adolescence, la vraie. »

Lancement de Cendrine Senterre, Pour Girafes seulement

Mercredi 4 mars, 17 heures

Café Pierre, Jean, Jase

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