Whiplash: faut-il souffrir, pour bien tenir le rythme?

Le batteur Sébastien Hinse plaide pour un retour... (IMACOM, RENÉ MARQUIS)

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Le batteur Sébastien Hinse plaide pour un retour d'une certaine rigueur dans l'enseignement de la musique.

IMACOM, RENÉ MARQUIS

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En nomination dimanche pour cinq statuettes au gala des Oscars, Whiplash oppose dans un duel parfois sanglant la tyrannie d'un directeur de big band au désir d'excellence d'un jeune batteur prêt à tous les sacrifices pour s'élever au-dessus de la masse. Discussion autour de la relation prof-élève en compagnie du batteur sherbrookois et membre de la formation Grüv'n Brass, Sébastien Hinse, avec qui Dominic Tardif a vu le film.

Dominic : Le personnage du prof qu'incarne J.K. Simmons impose à ses étudiants un régime militaire, leur lance des insultes homophobes, les monte les uns contre les autres. On nage en pleine violence psychologique. Tu en as croisé, des tortionnaires comme lui au cours de ton parcours scolaire?

Sébastien : « Je n'ai jamais rencontré de profs aussi extrêmes, mais à Sherbrooke, il existe encore dans les départements de musique quelques vieux personnages intimidants. Je me souviens de mon premier cours de stage band, au programme de musique du Cégep de Sherbrooke. Le prof m'avait dit exactement la même chose, sur le même ton, que le prof dit au batteur dans une des premières scènes du film : « You're dragging! » [Tu traînes de la patte.] Je ne me souviens pas d'avoir vu qui que ce soit pleurer comme dans le film, mais je me souviens d'avoir vu des gars ébranlés, fragilisés. Le prof dont je te parle ne sacrait pas contre nous, mais il avait un de ces visages quand on le décevait... On entrait dans le local de répétition avec les mains moites. Quinze ans plus tard, je n'ai pas terminé ma réflexion par rapport à ça. »

Dominic : Le film lui aussi nous laisse sur une réflexion. Même si la majorité des comportements du professeur sont condamnables, son étudiant finit quand même par révéler tout son génie quand il est poussé dans ses derniers retranchements.

Sébastien : « On discute souvent de ça entre musiciens. No pain, no gain, est-ce que c'est vrai? À quel point a-t-on besoin de souffrir pour devenir bon? Personnellement, j'avais besoin de me faire botter le cul, ça m'a aidé, ça m'a amené ailleurs. C'est ça qui est difficile à admettre, parce qu'on a le goût de dénoncer ces comportements-là. Le prof qui m'a le plus appris, c'est le prof qui m'a le plus fait souffrir. »

Dominic : Est-ce que tu mets en application cette vision-là de l'enseignement de la musique quand tu donnes des ateliers dans les écoles secondaires?

Sébastien : « J'ai l'impression que dans les écoles, on est encore en réaction face à ce genre de profs très autoritaires. Sauf que présentement, on est vraiment très relax, on est parfois trop maternants. Tu leur dis tellement "Good job", aux jeunes, qu'ils ont l'impression d'être top. Oui, tu es peut-être le meilleur de ton école, mais tu peux faire beaucoup mieux. C'est bien, viser l'excellence. Je suis vraiment loin de me transformer en prof tyrannique, mais il m'arrive parfois de les brasser juste un peu. Je leur demande : "Vous trouvez-vous vraiment bons?" Les jeunes musiciens talentueux ont souvent tendance à être paresseux. Ils dominent leur classe, leur école, mais s'ils n'ont pas été poussés au secondaire, ils frappent un mur en arrivant au cégep ou à l'université, quand ils se mesurent à l'autre meilleur batteur, à l'autre meilleur saxophoniste de toutes les autres écoles. »

Dominic : Plusieurs scènes montrent le personnage d'Andrew, le jeune batteur interprété par Miles Teller, qui plonge ses mains couvertes de sang dans un sceau de glace, pour apaiser la douleur. Il y a plus de sang dans certains plans de Whiplash que dans la salle de découpe de la boucherie du coin. C'est aussi taxant que ça, jouer de la batterie?

Sébastien : « Ça, c'est n'importe quoi, mais c'est efficace pour illustrer la souffrance du personnage. J'ai déjà suivi des classes de maîtres durant lesquelles les profs regardaient nos mains. Si tu as des ampoules, c'est signe que tu n'as pas une bonne technique. Stresser, forcer, c'est aux antipodes de ce que tu cherches derrière une batterie. Tu cherches la fluidité. Si tu as mal quand tu joues, c'est parce que tu fais quelque chose de pas correct. »

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