Dumas : revenir à soi

Dumas présente au Granada les chansons de son... (Archives, La Presse)

Agrandir

Dumas présente au Granada les chansons de son sixième album, créé avec de nouveaux collaborateurs.

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le plus court chemin jusqu'à soi suppose souvent un détour dans la cour de l'autre, rappelle Dumas en racontant la création de son sixième album. Discussion autour des vertus du changement avec le jeune vétéran de la pop d'auteur.

« Je continue à y croire », clame Dumas dans Ne me dis pas, deuxième extrait de son plus récent album homonyme.

« Vivre sans danger, c'est vivre à moitié », ajoute-t-il dans un des couplets.

Sous le couvert d'une chanson d'amour, le dandy à l'éternel veston parlerait-il plutôt de son métier, auquel il continue de croire, malgré le doute et malgré l'accueil assez bof réservé à son précédent disque, L'heure et l'endroit? Célébrerait-il le danger avec lequel il flirte en s'arrogeant cette fois-ci les services de nouveaux musiciens-réalisateurs?

« Cette manière-là de lire le texte, je l'assume complètement, oui. À 35 ans, tu commences à avoir un bout de fait et à te demander : "Est-ce que je suis dans le bon chemin?" C'est une remise en question que plusieurs de mes chums traversent à cet âge. Et ce qu'il y a d'encore plus complexe en musique, c'est le long terme. Je regarde les groupes que j'ai aimés et ils ont duré six ans, maximum. »

La sienne de carrière, elle, dure depuis quinze ans, minimum. En 1999, Dumas décrochait à l'aube de la vingtaine la couronne de roi du Festival international de la chanson de Granby.

Le goût des autres

Parce que « les blessures ne changent pas de forme », comme il le susurre de sa voix de fausset dans Compte à rebours, et qu'il a beaucoup puisé dans cette matière brute pour écrire à partir de l'adolescence la centaine de chansons qu'il a enregistrées jusqu'ici, il fallait pour Dumas oxygéner son atelier de création en sollicitant les lumières de l'écrivain Alexandre Soublière. L'auteur du roman Charlotte before Christ cosigne ironiquement les textes les plus essentiellement Dumas qu'ait chantés depuis un moment le prénommé Steve.

Coréalisé par deux nouveaux jeunes collaborateurs, Jonathan Dauphinais et Étienne Dupuis-Cloutier, ce plus récent album ramène le gars de Victo à certaines des choses qu'il sait faire le mieux : groover, ourdir des ambiances clair-obscur, se lover dans les bras ensorcelants de mélancolie. Retour à soi-même grâce aux autres.

« Tu vois, c'est drôle, parce que "Les blessures ne changent pas de forme", c'est une phrase d'Alexandre, pas de moi. C'est vrai qu'en vieillissant, le changement, il faut que tu le provoques un peu plus, tu es moins dans la spontanéité. Après L'heure et l'endroit, je me demandais où aller. Le renouveau est beaucoup venu pendant la tournée de petites salles que j'ai faite en trio l'an dernier. Je voulais retourner à l'intimité qu'il y avait sur Le cours des jours. »

Mission accomplie, surtout avec la cafardeuse Silence radio, qui a presque les allures de l'offrande enfin accordée à tous les disciples de cet album culte au sujet duquel on ne cesse de rabattre les oreilles de Dumas, même dix ans après sa parution. Ça t'agace?

« Pas vraiment. Je trouve ça cool qu'au moins un de mes disques occupe cette place dans la vie des gens. C'est précieux. En même temps, ça crée une attente. Je me bats toujours contre une impression que les gens ont eue en écoutant Le cours des jours. En tant que mélomane, je sais que souvent, tu ne t'ennuies pas tant d'un disque que d'une époque. Moi, par exemple, j'écoute des trucs des années 90 qui sont tellement imprégnés de mon adolescence. Je me dis toujours que je vais faire un jour un autre album aussi important. »

Avancer à contre-courant

Il y a comme une hésitation au bout du fil. Palpable pudeur. Nous venons tout juste de demander à Dumas ce qu'il a en tête lorsqu'il murmure « J'avance à contre-courant » dans Ann Peebles.

« C'est une chanson assez sombre. Le combat dont il est question, c'est la lutte que je continue de mener contre mon côté sombre, c'est ça le courant contre lequel j'avance. Je suis dans toutes les parties de ma vie quelqu'un d'assez moody. Avec le nouveau disque et la tournée, je vais vers l'avant, autant en ce qui concerne mon moral personnel que ma carrière », confie celui qui a toujours soigneusement évité de décrire ses albums à l'aune des événements qui jalonnent sa vie privée, un procédé qu'embrassent pourtant nombre de ses collègues en évoquant en entrevue leurs enfants, leurs déprimes ou leurs histoires de coeur.

« Je suis quelqu'un d'assez timide, d'assez secret, explique-t-il. Je pense que la vérité est dans les chansons. Je n'ai jamais vu l'intérêt de les mettre en contexte en parlant de mes démons. Il y aurait de la matière, pourtant! [Il éclate de son grand rire d'ado.] »

Au moins, tu n'as pas écrit l'inévitable chanson de paternité par laquelle passent tous les nouveaux papas. « Tu vois, tu te trompes! Une journée parfaite, je l'ai écrite quand mon fils est arrivé. »

« Tu redonnes un sens à mon existence », entend-on Dumas répéter dans la plus lumineuse de ses chansons nouvelles, qui nous réjouit encore plus maintenant que nous en connaissons l'origine.

À RETENIR

Dumas

Samedi 14 février, 20 h

Théâtre Granada

(53, rue Wellington Nord)

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer