Lynda Dion : destructrice tiédeur

Bien qu'elle emploie cette fois-ci la troisième personne... (IMACOM, JESSICA GARNEAU)

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Bien qu'elle emploie cette fois-ci la troisième personne plutôt que le je, Lynda Dion poursuit dans Monstera deliciosa son travail d'auscultation de l'intime.

IMACOM, JESSICA GARNEAU

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À la manière d'une coroner du coeur, Lynda Dion dissèque dans Monstera deliciosa, son troisième roman, une relation qui n'aura jamais creusé de racines dans la passion. Parce que c'est fou, ce qu'on peut faire pour ne plus dormir seule.

« Eh boy... » laisse tomber Lynda Dion à qui nous demandons par où elle aimerait que notre conversation débute. C'est que, voyez-vous, même si Monstera deliciosa a été écrit à la troisième personne plutôt qu'au je, afin d'imposer une « mise à distance », ce nouveau roman n'est pas moins une autofiction que La Dévorante ou La Maîtresse.

« Je veux faire très attention, parce qu'éventuellement, quelqu'un va se reconnaître », précise-t-elle au sujet de cette histoire toute simple et toute douloureuse d'une femme s'engageant malgré son intuition dans une relation enracinée dans un terreau complètement dénué de passion, donc forcément condamnée à se flétrir. Tout le contraire de la plante exotique qui donne son titre au livre et qui, elle, déploie avec flamboyance ses feuilles.

« Le premier titre que j'avais choisi, c'est La compromission. Parce que lorsque tu es en relation, tu fais des compromis, mais si tu vas jusqu'à la compromission pour ne plus être seule, ça donne ça. Ça donne un gâchis. »

Bien que l'on convienne que tout travail d'écriture suppose une forme de fictionnalisation, l'écriture de Lynda Dion soulève à nouveau l'éternelle question du droit de l'écrivain à piger dans sa propre vie et, surtout, dans celle de ses proches. Pourquoi ne pas avoir maquillé davantage les éléments empruntés au réel? « Ce qui m'intéresse, c'est cartographier l'intime, et l'intime que je connais le plus, c'est le mien. Raconter des histoires pour raconter des histoires, ça m'intéresse pas. Le mieux que j'ai pu faire dans ce cas-ci, c'est de ne pas mentionner le nom de la ville où ça s'est déroulé et de tout faire pour que ça ne ressemble pas à un règlement de comptes. »

« Il faut qu'il y en ait une qui le fasse »

Comme dans ses deux premiers romans, Lynda Dion mène au cours de Monstera deliciosa un véritable strip-tease de l'âme et du coeur, avec une impudeur admirablement frondeuse, qui pousse parfois le lecteur au bord du malaise, parce que renvoyé à ses propres déchirures personnelles.

« Probablement qu'aux yeux de la majorité, je suis impudique, mais c'est cette écriture-là que je trouve nécessaire, rappelle la Sherbrookoise. Ce qui est important dans l'écriture, c'est cet effort de lucidité. Oui, je m'expose, mais je pense à Diane Dufresne qui disait : "Il faut qu'il y en ait une qui le fasse." »

Il faut qu'il y en ait une qui fasse quoi? Il faut qu'il y en ait une qui questionne ce despotique besoin d'être vue et validée par l'autre masculin, désir qui tyrannise ici une femme pourtant épanouie et indépendante. Il faut aussi qu'il y en ait une qui déboulonne dans une des plus troublantes scènes du roman le tabou du viol conjugal. « La vague de dénonciations est survenue cet automne pendant que je retravaillais le roman. Je sentais que j'avais une responsabilité de raconter ce que vivent beaucoup de femmes. »

Doit-on conclure, au terme de cet examen d'une relation fade et sans saveur, que l'amour doit toujours être d'emblée catapulté par une fulgurante passion? « Franchement, je ne le sais plus du tout, soupire Lynda. J'ai essayé tout le spectre. J'ai vécu des histoires folles de passion et je n'en regrette aucune. Mais la dernière, je ne la referais pas. Je suis sortie plus meurtrie de cette histoire que des autres. Les relations tièdes, c'est plus destructeur à la longue. Le pire, c'est que je suis convaincue qu'il y a plein de gens qui vivent comme ça, qui restent ensemble juste pour le confort. » Monstera deliciosa pourrait avoir sur eux l'effet d'une douche d'eau froide.

Lancement de Monstera deliciosa

Mardi 17 février à 17h30

Hall d'entrée du Pavillon Montcalm

2050, boul. de Portland

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