Jipé Dalpé : nourrir le feu

Jipé Dalpé lance un nouveau EP, L'homme allumette,... (IMACOM, MAXIME PICARD)

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Jipé Dalpé lance un nouveau EP, L'homme allumette, à la fois appendice de son précédent album et mise en bouche de celui à venir en 2016.

IMACOM, MAXIME PICARD

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Jipé Dalpé a eu raison de faire sa tête dure. L'homme allumette, EP de cinq titres à paraître le 17 février, jette une nouvelle bûche dans le feu allumé en 2012 par son deuxième album.

Quelqu'un de plus ésotérique que Jipé Dalpé y lirait sans doute un message de l'univers, qui finit toujours par exaucer vos voeux juste au moment où vous cessez de le harceler. En 2012, le Sherbrookois d'origine se réconciliait sur son deuxième disque, La tête en bois, avec le chemin de traverse que sa carrière avait emprunté. Album du lâcher-prise et de la belle obstination, sur lequel le chanteur répétait ne pas vouloir lancer la serviette, tout en admettant humblement que sa vie d'artiste ne serait pas couverte des tapis rouges dont il avait rêvé à ses débuts. « Ce disque-là m'a bizarrement apporté beaucoup plus de succès alors que je n'espérais pas forcément les grands honneurs », observe-t-il aujourd'hui. La douce ironie.

Son nouveau EP L'homme allumette, à la fois appendice de La tête en bois et mise en bouche d'un prochain album complet à paraître en 2016, avance toujours dans la direction d'une assurance et d'une liberté accrues. Mais alors que l'abandon se manifestait surtout en 2012 dans ses textes aux allures de professions de foi envers la musique, les cinq nouvelles chansons de Dalpé respirent d'un désir de se prévaloir de toutes les couleurs à sa disposition. À commencer par Attends pas, sur laquelle Jipé déploie sa voix comme on ne l'en savait pas capable pendant que derrière, sa trompette et d'autres cuivres flamboient comme d'oniriques feux de Bengale.

« Je me suis battu avec la trompette à l'école », se rappelle-t-il au sujet de son instrument fétiche, qui avait pourtant peu été entendu sur ses enregistrements à lui. « La trompette, c'est terriblement exigeant, tu dois pratiquer quatre ou cinq heures par jour et pour moi qui voulait surtout écrire des tounes, ça ne fonctionnait pas. Je voulais mettre mon côté auteur-compositeur de l'avant. J'ai essayé d'arrêter d'en jouer, sauf que tout m'a ramené à la trompette. Je m'en fais énormément parler après les spectacles, mais on me faisait souvent remarquer qu'il n'y en a pas beaucoup sur mes albums. Là, j'en ai mis en masse. »

Éloge de la sobriété

L'homme allumette, on le disait, s'inscrit dans la même lignée que La tête en bois, qui contenait son lot de chansons-constats, mais aussi quelques titres plus guillerets dans le genre de Ne craque pas pour un homme, premier extrait de ce EP racontant l'histoire d'une fille qui fait flancher tous les gars, mais qui préfère les demoiselles.

Quant à Dans les vapes, confession d'un abonné aux paradis artificiels, la pièce pourrait indiquer une tempérance nouvelle chez celui qui chantait en 2008 son plaisir d'être Défoncé.

« Je n'ai pas de problème de consommation, assure Dalpé en rigolant [ouf!], mais comme j'aime beaucoup prendre un verre, je me soumets parfois à un exercice de prise de conscience et je me demande : "Est-ce que je bois trop?" J'ai adopté pour cette chanson-là l'angle du personnage pour qui c'est difficile et qui dit à sa blonde : "Pour toi, je ne boirai plus jamais, parce que je suis en train de me détruire." »

Nous lui rappelons qu'il avait décliné la bière que nous lui avions offerte en avril dernier lors du lancement de l'album La faute au silence de David Goudreault (dont il signe la réalisation). « Je suis un déséquilibré, il n'y a pas beaucoup de zones de gris dans ma vie. Alors parfois, juste pour me souvenir que c'est moi qui ai le contrôle, j'aime ça tout arrêter pendant quelques semaines. Ça me grounde et je me réveille de bonne humeur. C'est plus le fun que de se réveiller scrap, surtout que je suis un bourreau de travail. Être totalement sobre, terre à terre, ne pas pouvoir se mentir, ça m'ouvre des portes merveilleuses pour créer. La sobriété totale, c'est étonnement un super moteur. »

D'un moteur fiable, Dalpé en a particulièrement besoin à l'heure où ses services de réalisateur et de musicien accompagnateur sont de plus en plus sollicités et que ses chansons séduisent sans cesse de nouveaux adhérents. Il retournera cet automne en Europe, sa deuxième maison, pour une énième tournée - il compte parmi les artistes québécois qui jouent le plus souvent de l'autre côté de la flaque.

« Je n'ai jamais été aussi heureux quand je fais de la musique qu'aujourd'hui », dit-il. La phrase résonnerait comme un gros cliché dans la bouche de n'importe qui d'autre, ou presque, mais pas dans la sienne. « J'ai mis de côté toutes les petites patentes qui m'éloignent de l'essentiel et j'ai arrêté de m'attarder à tout ce qui n'a pas rapport. Ça doit être une pas pire méthode, parce ça donne des résultats. » On prend des notes.

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