TIRE LE COYOTE

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Benoit Pinette : « Je suis très préoccupé face à... (ARCHIVES, LE SOLEIL)

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Benoit Pinette : « Je suis très préoccupé face à ce qu'on devient comme société. »

ARCHIVES, LE SOLEIL

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Pour Benoit Pinette, vouloir laisser des traces constitue une des rares manières de s'engager sincèrement dans la vie. Sur Panorama, troisième album de Tire le coyote, le barbu scrute l'horizon à la recherche de raisons de croire en demain.

Il y a une chanson sur le nouvel album de Tire le coyote, Panorama, une chanson intitulée Rapiécer l'avenir, dans laquelle Benoit Pinette adopte le point de vue d'un vieux marin de L'Isle-aux-Coudres. Mais derrière ce personnage se dressent aussi, vous l'aurez deviné, les tourments personnels du chanteur.

« Je suis très attaché à cette région-là, j'ai des amis qui y restent, j'ai rencontré leurs parents, leurs oncles. La chanson est inspirée d'un de mes amis dont le père partait en mer pendant des périodes de cinq, six mois. Il ne voyait son fils que quelques semaines par année. Ce bonhomme-là est rendu à 70 ans et il a beaucoup de regrets. Faire cette chanson-là, c'est une manière de parler du temps qui passe, du sens qu'on donne à ce qu'on fait, à ce qu'on est. À un moment donné, tu arrives à un certain âge et tu te rends compte que tu n'as peut-être pas fait les bonnes choses au bon moment. S'il y a un beau sens que je peux trouver à la vie, c'est celui de vieillir en beauté et de laisser des traces. »

Laisser des traces veut plus que jamais dire pour le natif de Fleurimont s'engager, autant intimement que socialement. C'est sans doute le changement le plus saillant de Panorama : alors que Pinette tenait surtout jusqu'ici la chronique des temps du coeur, il ose désormais quelques flèches politiques, ce qu'il ne s'était auparavant permis que lors d'occasions (et de lois) spéciales, pendant le printemps érable entre autres. « On détient le record du plus long saut en profondeur/Et on décollera les pires angoisses en détrônant Harper », balance-t-il dans Les miracles se vendent à rabais.

« Je n'ai jamais été aussi frustré, à boutte, explique-t-il dans un soupir. Je trouve que c'est affreux ce qui se passe présentement, je dirais même que c'est dangereux ce qui se passe à Radio-Canada ou au plan environnemental et scientifique. Je me sens plus interpellé que je l'étais à une certaine époque. C'est peut-être le fait d'avoir des enfants. Ça m'amène à me projeter plus loin dans l'avenir. Le mot avenir, d'ailleurs, revient sur quatre tounes. Je suis très préoccupé face à ce qu'on devient comme société. »

Le blues de Sidney

La bonne nouvelle, c'est que Tire le coyote, lui, devient quelque chose d'assez beau. On vous parlait d'engagement intime; écoutez bien Benoit dire à sa douce qu'il veut avec elle « chevaucher la nuit/faire grisonner le temps/pour voir si la rosée/peut perler nos corps/pour laisser l'avenir/nous couvrir d'aurores ». Cette lettre d'amour s'appelle Ma filante, et c'est un peu sa version à lui de la Chanson pour durer toujours de Séguin.

Il est fort, Benoit Pinette, pour trouver dans la trivialité du quotidien des images fortes, à l'instar de Stéphane Lafleur, qui lui offre Les chemins de serviettes, texte inspiré d'un dégât d'eau qu'a vécu le leader d'Avec pas d'casque.

La signature musicale de Tire le coyote, déjà considérablement singularisée par la voix atypique de Pinette, revêt quant à elle une nouvelle et belle étrangeté grâce à l'apport, inusité dans un contexte country-folk, de la clarinette.

« L'idée m'est venue est en écoutant du Sidney Bechet. C'est un grand clarinettiste, mais il était très influencé par les formes blues. Je suis un grand passionné de l'histoire du folk américain, mais aussi des premiers balbutiements du blues des années 20-30 : Skip James, Charley Patton, Robert Johnson. J'ai donc voulu essayer avec mon répertoire folk d'explorer mon côté blues. Pour moi, les racines de tout ça sont les mêmes. »

C'est l'évidence même : pour laisser des traces, il faut d'abord connaître ses racines.

Tire le coyote en spectacle

Le vendredi 6 mars, 20 heures

Au théâtre Granada de Sherbrooke

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