Jesuslesfilles

Orfèvres du rock garroché

Guillaume Chiasson, Martin Blackburn, Philippe Hamelin, Benoit Poirier... (Archives, La Presse)

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Guillaume Chiasson, Martin Blackburn, Philippe Hamelin, Benoit Poirier et Azure De Grâce forment Jesuslesfilles.

Archives, La Presse

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Jesuslesfilles devait jouer à la Petite Boite Noire. Mais parce qu'il n'y a plus, pour l'instant, de Petite Boite Noire, Jesuslesfilles jouera au Saloon. Coup de fil au batteur Benoit Poirier.

C'est de l'orfèvrerie mélodique qui se donne des airs de rock garroché. C'est des chansons de deux minutes trente secondes, rarement plus. C'est des textes improbables qui finissent parfois par se frayer un chemin par-dessus le magma sonore. C'est des concerts expédiés en moins d'une demi-heure, top chrono, « parce qu'après ça, t'as l'impression que tu n'en as pas eu assez et que tu en veux plus ». C'est quatre gars ainsi que la bien nommée Azure De Grâce (à la voix et au tambourin). C'est Jesuslesfilles, un des meilleurs groupes au Québec, pas de discussion.

« Quand Les Guénilles [rare formation metal francophone] ont fait leur show d'adieu, j'ai pogné de quoi. J'étais triste, parce que c'était à peu près le seul band qui était loud et baveux », regrette Benoit Poirier, batteur à l'inextinguible énergie de Jesuslesfilles et observateur avisé de ce qu'on appellera la scène musicale émergente (ses schizophréniques reportages ont fait les beaux jours de Bande à part et il occupe présentement la chaise du directeur musical de CISM, la radio de l'Université de Montréal).

« On dirait qu'aujourd'hui, tout le monde est trop propre. J'aimerais que les groupes redeviennent un peu plus heavy, un peu plus irrévérencieux. Nous sommes, notre génération, condamnés à devenir les boomers de demain, oui, mais il me semble qu'on est encore un peu trop jeunes pour faire de la musique que nos parents aiment. »

Benoit Poirier parle de ses amis Les Guénilles, il pourrait aussi très bien parler de son groupe à lui, qui ne joue certainement pas aussi fort que le regretté trio, mais qui fomente une turbulente et salvatrice alternative à l'assommante quantité de folk sage et d'indie pop policée qui accapare présentement les tribunes pourtant dites marginales. À côté des somnifères que tentent de nous faire avaler les innombrables émules de Half Moon Run, les brûlots écrits par le chanteur et guitariste Martin Blackburn résonnent comme une mutine invitation à en découdre, à se dépenser, à foutre le bordel. Gros postillon au visage de l'esprit de sérieux.

Juste les titres des chansons du plus récent et deuxième disque du quintette, "Le grain d'or" (avec des guillemets anglais, « parce qu'on trouve ça joli »), donnent une idée des impertinentes intentions de Jesuslesfilles.

Évoquons presque au hasard Bicyclette, Super Mastermind et Manteau de poil, trois petits morceaux de poésie punk traitant respectivement de bicyclette, du jeu de société Super Mastermind et de manteau de fourrure. Qui traitent aussi de relations amoureuses, mais il faudra à ce compte faire confiance à Benoit, l'essentiel des paroles étant péniblement audibles.

Voyez, il n'y a bien que Jesuslesfilles pour rendre hommage avec autant de distorsion à cette icaresque figure de la variété française qu'est Daniel Balavoine (Gentil). « On montait à Toronto pour un show et j'avais fait une playlist de tounes de karaoké avec du Laurence Jalbert, du Marjo, du Gerry Boulet, du Marie-Denise Pelletier, raconte Benoit. On s'est rendu compte que Tous les cris les S.O.S., c'était une reprise de Daniel Balavoine. Alors on s'est intéressés au bonhomme et on a compris que c'était une icône. On l'aime ben Daniel Balavoine. Martin en met souvent dans son char. »

Ne pas être

un légume contemporain

On aura compris que Jesuslesfilles incarne sur la scène musicale québécoise une indocilité que personnifiait déjà adolescent Benoit Poirier, alors qu'il animait l'émission Je ne suis pas un légume contemporain au micro de CFLX. Il faut lire les textes que le batteur et critique rock signe aujourd'hui de sa plume surréaliste et raffinée sur le site web BRBR pour mesurer à quel point, par-delà son irrévérence, le natif d'East Angus tient en haute estime la téméraire et nécessaire démarche de ceux qui opèrent en marge. Benoit Poirier est un trublion, mais un trublion animé par un idéal.

Tu n'as jamais eu envie de rentrer dans le rang, Benoit? « Tout ce que j'ai pu faire comme journaliste ou comme musicien est enraciné dans le fait que j'ai vu le clip du P'tit bonheur de Groovy Aardvark à MusiquePlus quand j'étais au secondaire. Ça a été le déclic qui m'a tourné vers tout ce que je fais aujourd'hui. Les textes en français de Groovy étaient vraiment bons et la musique avait quelque chose de réellement insolent qui se différenciait du NOFX ou du Korn que tout le monde écoutait à l'époque. »

Il conclut avec un sain pragmatisme que négligent d'honorer bien des gens au moment d'entrer dans l'âge adulte : « Je n'ai juste pas envie de faire quelque chose qui m'ennuie. »

À voir

Jesuslesfilles et Heat

Ce vendredi 23 janvier, 21 heures

Bar Le Saloon, 244 Dufferin

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