Histoires de jazz

Le Sherbrookois d'origine Jonathan Turgeon lance un premier... (IMACOM, René Marquis)

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Le Sherbrookois d'origine Jonathan Turgeon lance un premier album avec son trio.

IMACOM, René Marquis

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Comment Jonathan Turgeon parvient-il à raconter des histoires avec ses deux mains, sans ouvrir la bouche? La réponse du pianiste d'origine sherbrookoise à quelques jours du lancement du premier album de son trio, Au fil des feuilles qui craquent.

Cinématographique. C'est l'adjectif passe-partout que la plupart des scribes emploient lorsque vient le temps de décrire de la musique instrumentale. Mais c'est pourtant un autre adjectif que l'on emploiera pour décrire le jazz du Trio Jonathan Turgeon contenu sur son premier album, Au fil des feuilles qui craquent. Lequel adjectif? Narratif. Écoutez une pièce comme Les joues roses, mélancolique soliloque digne d'un piano-bar où jouerait un musicien particulièrement enivré par sa muse, et revenez nous dire si vous avez, vous aussi, l'impression de vous faire raconter une histoire dans le creux de l'oreille.

D'ici là, demandons au principal intéressé ce qu'il en pense : entre toi et nous et nos précieux lecteurs, elle est aussi jolie qu'on l'imagine la fille pour qui tu joues dans cette pièce-là? Le visage de Jonathan Turgeon se fend d'un sourire gêné; le jeune jazzman n'a pas des milliers d'entrevues dans le corps.

«Oui, t'as raison. Les joues roses, je l'ai effectivement écrite pour une fille. Pour ma blonde, en fait. Elle s'appelle Rosie, d'où le titre. C'est toujours difficile de raconter des histoires quand on joue de la musique sans paroles comme la nôtre, mais je voulais vraiment qu'on sente bien dans cette pièce-là toutes les tensions que peut faire naître un amour, des tensions qui renforcissent une relation et qui se transforment éventuellement en complicités.»

On aura compris que Jonathan Turgeon ne conçoit aucun scrupule à orienter l'écoute, à placer l'oreille de son auditeur d'une manière telle à ce que l'intention derrière l'écriture de chacun de ses morceaux n'échappe à personne. Un désir d'ouverture qui n'est sans doute pas sans lien avec l'arrivée tardive du pianiste au jazz (quelque part vers la fin du secondaire) par le biais du rock progressif, un genre où on aime aussi raconter des histoires. «Il y a plusieurs jazzmen québécois qui choisissent des titres en anglais, alors que ce n'est pas leur langue d'origine, regrette-t-il. C'est difficile de sortir des clichés dans ce temps-là. Moi, j'essaie de donner au moins un indice de ce que j'ai voulu dire.»

Exemple : J'ai préféré me taire, une des pièces ironiquement les plus bavardes de l'album, les mains de Turgeon courant follement sur les touches comme pour imiter un véritable moulin à paroles. «Je dépeins là-dedans une de ces situations sociales où il y a tellement de gens qui parlent que tu préfères ne rien dire.»

Émergence du jazz indie?

Le Trio Jonathan Turgeon joue du jazz; ce serait con de tenter de le nier. Comme il serait difficile de ne pas entendre affleurer à la surface de certaines pièces le hip-hop auquel s'abreuve le batteur Jean-Philippe Godbout (aussi vu en compagnie de Noem) ou le folk qu'affectionne le contrebassiste Hugo Blouin. Bien qu'Au fil des feuilles qui craquent demeure dans son essence un album oscillant entre un penchant pour la mélodie limpide (héritière du hard bop) et l'appel d'une modernité plus flagrante (l'improvisation à trois de la bien nommée Précipice), ce premier album pioche nombre de ses idées ailleurs que dans le coffre à outils traditionnel de la note bleue.

Une approche à ranger aux côtés de celles du Trio Jérôme Beaulieu ou de 5 for Trio, formations à la fois portées par un réel amour pour le jazz et animées par une volonté de parler un langage que comprendra un certain public de mélomanes ayant davantage été biberonnés aux beats de Biggie qu'aux impros de Thelonious Monk. Assisterait-on à la naissance d'une sorte d'indie jazz québécois? Rarement en tout cas a-t-on vu un tel contingent de jeunes jazzmen avoir la volonté de ne pas prêcher qu'aux convertis.

«Il y a beaucoup de musiciens qui se plaignent, qui disent que c'est difficile en jazz, que moins de gens écoutent ça qu'avant», observeTurgeon, qui poursuit depuis cet automne ses études à l'École de musique de l'Université McGill. «Jean-Philippe, Hugo et moi, on arrive avec un bagage qui contient plein d'autres choses que du jazz et ça tombe bien, les gens de notre génération ont écouté plein de musiques : du rock, du hip-hop, du folk, et parfois aussi, oui, du jazz. Si on met tout ce qui nous intéresse dans notre musique, il y a davantage de chance que quelqu'un trouve sa porte d'entrée.»

À retenir

Lancement de Au fil des feuilles qui craquent

Jeudi 22 janvier, à 19 h

Boquébière (50, Wellington Nord)

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