Ça se lit en une séance...

Lire quinze minutes avant d'éteindre la lampe de chevet, c'est un beau rituel.... (Archives, La Presse)

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Lire quinze minutes avant d'éteindre la lampe de chevet, c'est un beau rituel. Mais rien ne vaut une longue plongée dans les pages d'un roman que l'on parcourra d'un couvert à l'autre en une seule séance - « at one sitting » comme disent les Anglos - un luxe rare qu'autorise enfin le congé des Fêtes. Retour sur cinq livres québécois qui ont chacun à leur manière marqué 2014.

Faire l'amour

Anne-Marie Olivier

Atelier 10

Faire l'amour. C'est une activité souvent pas mal agréable (du moins, on vous le souhaite). C'est aussi le titre d'une pièce d'Anne-Marie Olivier présentée au Périscope de Québec en avril dernier puis à l'Espace Libre de Montréal en novembre. Composé d'authentiques témoignages recueillis auprès du « vrai monde » par la dramaturge et comédienne, ce texte documentaire montre le cul dans tous ses états.

Sexe salvateur, sexe pourri, sexe tragique, sexe le fun, sexe loufoque se croisent ici et dressent l'inventaire des potentialités nombreuses du corps (on vous vole le punch : elles peuvent être aussi mortifères que divines). L'équipe d'Atelier 10 (responsable du magazine Nouveau Projet) inaugurait sa nouvelle collection trimestrielle consacrée au jeune théâtre québécois, Pièces, avec ce livre qui se lit comme une série de courtes nouvelles.

La vie littéraire

Mathieu Arsenault

Le Quartanier

Cette fiévreuse logorrhée à la ponctuation très, très clairsemée pose un diagnostic aussi implacable que tendre sur une littérature de plus en plus marginalisée par la culture du divertissement. Narré par une fille orbitant autour du « milieu littéraire », le troisième roman de Mathieu Arsenault vomit le discours gnangnan du plaisir de lire (vous savez, ces gens qui frôlent l'orgasme en parlant du bonheur olfactif que leur procure les livres) en même temps qu'il affirme un parti pris non négociable pour tout ce que représente la littérature.

Quiconque a déjà assisté à ce défilé d'ego que sont souvent les soirées de lecture de poésie se tapera sur les cuisses en traversant cette petite centaine de pages toutes irriguées par une seule et grande question : à quoi bon encore écrire en 2014, alors que la littérature n'intéresse visiblement plus personne?

Bienvenue aux dames

Collectif

VLB éditeur

Les ouvrages collectifs regroupant des nouvelles inédites champignonnent ces dernières années sur les rayons des libraires pour des raisons qui semblent souvent tenir davantage du marketing que du réel désir des écrivains de donner le meilleur d'eux-mêmes. Exception à cette observation à l'emporte-pièce : Bienvenue aux dames, couverture sous laquelle VLB éditeur est parvenu à rassembler autour du thème de la taverne ce qui a toutes les allures d'une équipe d'étoiles de la littérature québécoise au masculin.

Les trois faits saillants du match? 1. Daniel Grenier qui, en véritable P.K. Subban, fait à sa tête, contourne le thème imposé et marque quand même. 2. Fabien Cloutier, dont on admire toujours les costaudes mises en échec. 3. William S. Messier, qui se poste devant le filet et finit par tricoter un jeu époustouflant à partir de pas grand-chose (une aile de poulet). Notons aussi la participation du vénérable vétéran Jean-François Beauchemin, de la mascotte Jean-Paul Daoust et de la merveille des unités spéciales, le bédéiste d'origine sherbrookoise Samuel Cantin.

El beso del amor

Robin Aubert

L'Oie de Cravan

Parce qu'on avait vu ses films, on se doutait qu'au fin fond de Robin Aubert se terrait un des ces indomptables romantiques pour qui l'amour est le début et la fin de tout ce qui mérite d'être vécu. Son premier recueil, Entre la ville et l'écorce, confirmait en 2011 nos lourds soupçons : un digne successeur au trône des poètes faussement bourrus était né (Patrice Desbiens pouvait enfin aller se reposer).

Avec ce deuxième recueil au joli titre en espagnol, Aubert élargit son champ d'action amoureux. S'il se pâme toujours pour madame Aubert, il s'émeut aussi devant les villes du vaste monde dont il foule les rues (de Saint-Zénon à Amsterdam) ainsi que devant son petit bébé tout neuf, cette « livre de beurre » qu'il aime bercer et faire rire en se dandinant au son d'Elvis.

L'enfance de l'art

Jérôme Minière

Éditions XYZ

Les paroles de chansons de Jérôme Minière ont toujours dégagé un doux parfum d'OuLiPo, ce groupe mené par Raymond Queneau pour qui la littérature devait d'abord et avant tout être un laboratoire. Que le chanteur se soit attelé à la création d'un roman n'étonne donc pas tout à fait.

Ce qui étonne pour vrai : à quel point L'enfance de l'art n'a rien du projet enraciné dans la vanité (c'est souvent le cas avec les « romans de chanteurs »). Minière observe la très déprimante Plaza Saint-Hubert avec les yeux de Lewis Carroll au cours de ce voyage de l'autre côté du miroir organisé par un sans-abri surnommé « The Duke of North East St Hubert ». Le réalisme vous emmerde? Ce livre-là est pour vous.

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