Jean-Paul fait son show

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Jean-Paul Daoust tente jour après jour d'ériger sa vie au rang d'oeuvre d'art.

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En prévision de son passage à la prochaine édition du cabaret Lis ta rature, Jean-Paul Daoust explique pourquoi il faut absolument qu'un poème sonne et résonne. Entretien avec celui qui tente chaque jour de faire de sa vie une oeuvre d'art.

Relisez tous les textes parus au sujet du flamboyant, de l'étincelant, du pétillant Jean-Paul Daoust, que vous verrez inévitablement apparaître ce mot, dandy, comme le mot drogue apparaît toujours inévitablement quand il est question de Keith Richards. Il faut dire qu'il a souvent lui-même épinglé au revers de son veston à paillettes cette étiquette dont se sont revendiqués nombre de poètes avant lui. Le dandy : c'est d'ailleurs le titre du recueil aux allures d'autoportrait qu'il faisait paraître en octobre dernier aux Éditions de La Grenouillère, un des trois livres (!) avec son nom dessus à être atterris en librairies cette année.

Mais qu'est-ce que ça mange en hiver un dandy, cher Jean-Paul? « Être dandy, c'est essayer de faire de sa vie une oeuvre d'art. C'est la chose la plus difficile au monde. Parce qu'évidemment, le matin, il faut toujours tout recommencer, même si parfois, on se lève avec une tête à la Picasso. Ça va avoir l'air bizarre ce que je vais dire, mais la chose la plus difficile, c'est être ce qu'on est, malgré les codes sociaux. C'est ce que tente d'accomplir le dandy. »

Cette farouche et éblouissante manière d'embrasser sa très singulière singularité sera demeurée l'unique ligne de conduite de Jean-Paul Daoust, de ses premiers poèmes imprimés dans les revues contre-culturelles des années 70, jusqu'aux odes radiophoniques qu'il déclame de sa voix de rossignol sur l'acide chaque vendredi à l'émission Plus on est de fous, plus on lit! d'ICI Radio-Canada Première. Entre-temps, le plus entertainer des poètes québécois aura échafaudé sur plus d'une quarantaine de livres une importante oeuvre au goût de champagne et aux effluves de parfum cher.

Une oeuvre certes tendue entre l'auscultation d'une intimité transgressée (Les cendres bleues) et une célébration de l'urbanité (L'Amérique), mais toujours traversée par un désir de faire sonner et résonner les mots. Le slameur David Goudreault, animateur des cabarets Lis ta rature, était à peine né que Daoust modelait déjà ses textes afin qu'ils puissent électriser la foule comme un solo de guitare.

« Tout ça a commencé avec le Festival de poésie de Trois-Rivières, il y a trente ans, se rappelle-t-il. Comme je savais que j'étais pour lire devant du monde, dans des bars, j'ai voulu que la poésie soit directe et accessible, et en même temps un peu festive. Pour moi, c'était important que les gens qui étaient là pour m'écouter ne s'ennuient pas. »

Un parti pris pour le spectacle qui aura bien sûr fait sourciller les trop nombreux curés qui peuplent ce milieu où l'on finit parfois par embaumer la poésie à force de la sacraliser. « Au début, il y en a qui disaient que je nuisais à la poésie. Moi, j'en ai fait qu'à ma tête. Il y a quelques poètes qui, lorsque je montais sur scène, disaient : "Bon, Jean-Paul fait son show à soir." Arriver sur scène avec des lunettes de soleil, un boa autour du cou, des plumes dans la tête, des masques, ça frappait. »

Se tenir en shape

Contrairement à bien des poètes de sa génération qui savourent une retraite le plus loin possible de l'agitation de la vie littéraire, Jean-Paul Daoust, 68 ans, papillonne toujours avec une énergie dont peuvent s'enorgueillir peu de vingtenaires. On le disait : le poète faisait paraître trois recueils cette année, et vous l'apercevrez souvent un verre à la main dans les lancements de ses collègues.

Ne lisait-il pas la semaine dernière à Plus on est de fous, plus on lit! un texte de son jeune camarade François Guerrette, élégant geste de la part de cet éternel défenseur de la nouvelle poésie québécoise?

« Je me tiens au courant de ce qui se fait dans la jeune poésie parce que ça me tient en shape. En vieillissant, il faut continuer de s'intéresser à ce qui se passe autour. La vie ordonne de bouger. Si on veut rester dans le coup, il faut suivre. Moi je ne veux pas vieillir aigri comme j'en connais plusieurs, ceux qui disent "Ah, c'était mieux avant!" Je trouve ça complètement stupide. »

L'impression d'avoir tout dit, après tant de livres, lui traverse-t-elle parfois l'esprit? « Non. Écrire me donne un certain contrôle sur les émotions qui autrement me feraient peut-être perdre la carte. Mettre en mots des choses qui nous bouleversent, ça aide à apprivoiser l'angoisse et l'invisible, à apprivoiser tout ce monde qui est plus ou moins physique, mais qui a un impact terrible sur nos vies. Écrire de la poésie, ça me permet de comprendre des choses et d'avancer. »

Estimez-vous, Jean-Paul, avoir réussi à ériger votre vie au rang d'oeuvre d'art? « C'est toujours à recommencer. C'est un work in progress. Baudelaire disait que le dandy se doit d'étonner. Moi, je dis qu'étonner, c'est bien, mais éblouir, c'est mieux. »

À RETENIR

Lis ta rature : Cabaret Arial

12 Jeudi 11 décembre à 20 h

Centre de diffusion ArtFocus (94, King O)

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