Le petit dico Dead Obies

Le groupe Dead Obies lance cette semaine un... (Archives La Presse)

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Le groupe Dead Obies lance cette semaine un premier livre. Sur la photo, cinq des six membres de la formation : Charles-André Vincelette, Pierre Massé, Jean-François Ruel, Jonathan Quirion et Vincent Banville.

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Dans Montréal $ud - Le livre, ouvrage relevant à la fois du petit dico, du bréviaire et du récit de l'enregistrement de leur premier album, les six agitateurs de Dead Obies contredisent ceux pour qui leur post-rap, c'est du gros n'importe quoi.

Pratiquer ce merveilleux métier qu'est le journalisme culturel, c'est se heurter souvent à des auteurs-compositeurs-interprètes qui refusent de commenter ou d'analyser leurs propres textes, en invoquant le droit de l'auditeur à entendre une chanson comme il veut bien l'entendre et à se «construire sa propre histoire par lui-même». C'est leur choix, mais c'est un peu ennuyant.

Qu'un groupe comme Dead Obies consente non seulement à décortiquer ses rimes, mais aussi à se soumettre à un sérieux exercice de décryptage entre les pages d'un livre, comme il le fait ces jours-ci, relève donc de l'événement. Du salutaire événement, surtout que les textes de Dead Obies, s'ils brillent par leur luxuriance, ne brillent pas toujours par leur transparence.

Mais un livre, vraiment? N'est-ce pas un peu pompeux? Doit-on désormais vous vouvoyer, messieurs? «Je comprends qu'on peut avoir l'air de vouloir être pris au sérieux, mais il y a avant tout un désir d'être sûr qu'on donne les bons codes aux gens pour nous comprendre», explique le rappeur Yes Mccan, délégué par ses collègues 20some, O.G. BEAR, RCA, Snail Kid et VNCE. «On recevait beaucoup de commentaires de gens qui trouvaient que c'était n'importe quoi ce qu'on disait, et c'est faux. On a passé beaucoup de temps à plancher sur un album [Montréal $ud, paru en novembre 2013], on l'a conceptualisé, on y a encodé plein de choses, alors on s'est dit qu'on pourrait donner les outils aux gens pour tout voir ce qu'on a mis là-dedans.»

Salutaire idée, répétons-le, parce que même pour qui est souvent monté à bord du Dead Obies Express, les mises en contexte et le petit lexique que contient Montréal $ud - Le livre jettent une avantageuse lumière sur de nombreuses références soigneusement ensevelies sous des couches et des couches de franglais et de syntaxe zigzagante. Une série de notes en bas de pages fait reluire les pépites de lignes cabotines ou fulgurantes que recèle le dense magma de leurs brûlots. «En recueillant les annotations de tout le monde, je me suis moi-même retrouvé à comprendre des affaires, même si ça fait un an qu'on fait l'album sur scène, rigole Mccan. "Ah, c'est ça que tu dis!"»

Mais ne donnez-vous pas raison à vos adversaires en assemblant ce livre? Ne devrait-on pas être en mesure de tout piger ce que vous débitez en vous écoutant, tout simplement? «On ne va pas faire semblant que nos textes sont dans le grand lieu commun. C'est très rapide, il y a beaucoup de choses qui se passent en même temps. C'est sûr que c'est hermétique si on ne partage pas les mêmes référents culturels. Le livre, c'est une volonté d'aller de l'avant et d'ouvrir ces référents culturels-là à tout le monde.»

Félix Leclerc rencontre Run DMC

Mathieu Bock-Côté et Christian Rioux accusaient cet été les Dead Obies de plomber l'avenir du français. Mais ont-ils bien écouté leur album? oserions-nous demander si nous étions assez impolis pour sous-entendre que non. Quoi qu'il en soit, nos vaillants chroniqueurs auraient au moins pu avoir l'élégance de souligner comment le sextuor multiplie les clins d'oeil à des figures tutélaires de la culture québécoise, qu'il place souvent aux côtés de figures tutélaires de la culture hip-hop. Nommez-nous un autre album québécois où se côtoient le docteur Jacques Ferron et Ol' Diry Bastard (Trafic). Nommez-nous une autre pièce qui pioche autant dans Moi, mes souliers de Félix Leclerc que dans My Adidas de Run DMC (Runnin').

«La culture hip-hop fonctionne par hypertexte, elle est très autoréférentielle, rappelle Mccan. La musique et les textes sont basés sur l'échantillonnage. Je vois dans cette rencontre entre la culture québécoise et celle du hip-hop un portrait de ma génération, ou en tout cas de la culture que je partage avec mes amis. Nous avons grandi dans la culture québécoise, oui, mais grâce à internet, nous avons eu la possibilité plus que n'importe quelle génération avant nous de participer à la culture qui parlait le plus à nos sentiments. Dans notre cas, c'était la culture hip-hop.»

Assez pour attendrir leurs ennemis, ce livre? On en doute, d'autant plus que les rappeurs ne s'éloignent jamais trop longtemps de l'irrévérence. Voyez un peu comment ils superposent, en épigraphe, une citation de Socrate («Une vie sans examen ne mérite pas d'être vécue») et une phrase de Snail Kid, pas exactement le vers le plus révélateur de l'érudition du clan («Hey sucka, nwi***! Twist another swisha, tant qu'à rien câ******, bi***!»; Traduction : puisque tu ne fous rien, pourquoi ne roulerais-tu pas une autre cigarette de marijuana?).

«Ça me faisait vraiment rire, explique Mccan. Je suis arrivé avec la citation de Socrate en me disant : "Quelle belle introduction pour le livre!" Sauf que je trouvais que ça faisait un peu prétentieux d'ouvrir notre petit livre de rap avec une citation de Socrate. On a mis celle de Snail Kid pour rappeler qu'on fait tout ça avec un sourire en coin, sur un ton un peu narquois.»

VOUS VOULEZ VOIR?

Dead Obies

Samedi 29 novembre, à 21 h

Boquébière (50, Wellington Nord)

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